LE TRAVAIL
Le travail est indispensable à la plupart des aliénés. « Faites en sorte, disait Leuret (1), qu'un aliéné soit si bien occupé qu'il ne puisse pas songer à ce qui fait l'objet de son délire ; que le reste du temps soit donné au sommeil, et la guérison ne se fera pas longtemps attendre. »
L'organisation du travail manuel dans quelques asiles, en occupant dans les ateliers des groupes de malades, sert de dérivatif au regret obsédant de la liberté, atténue la mauvaise impression du voisinage ; mais elle ne supplée pas au manque de plein air.
La création des fermes-asiles, qui permet d'employer un certain nombre de malades aux travaux agricoles, ne les met à l'abri ni du contact, ni de la discipline commune.
D'ailleurs, le travail manuel des ateliers et des fermes ne convient guère aux malades adonnés à certaines professions spéciales, aux professions libérales, et qui sont confinés dans l'inaction, dans les asiles spéciaux, sous une surveillance
(i) Leuret, Du traitement moral de la folie, 1840, p. 181.
8 l'isolement dans les asiles
plus ou moins bien dirigée, mais qui ne se laisse
pas oublier.
Quant au second desideratum formulé par Leuret, la sécurité du sommeil, elle n'est guère assurée dans l'asile. La réunion des agités dans des salles spéciales est loin de constituer un remède suffisant : les malades qui y sont confinés passent souvent une partie de la nuit à troubler le sommeil des autres et pendant le reste ils sont tenus éveillés par leurs voisins. Or le repos, sur lequel Guislain insistait déjà, dont Hilton (1) et Weir Mitchell ont montré la nécessité dans toutes les affections, est tout particulièrement indispensable à la guérison des psychoses dont Tétiologie est pour ainsi dire dominée par la fatigue et Tinsomnie.
La réforme du régime des aliénés qui s'est opérée à la fm du siècle dernier, a eu surtout pour but de constituer pour ces malades, alors en butte aux mauvais traitements et à la moquerie publique, des asiles, où on se préoccupa surtout de leur
(1) Hilton, Rest and Pain. ¥é(\., London, 1887.