‹ Le traitement des aliénés dans les familles (volume 2)Chapitre 32 sur 60 · SIMULATIONS · texte numérisé non relu

SIMULATIONS

L'infirmier ou l'infirmière doivent être tenus au courant des idées fausses, prédominantes ou même occasionnelles, du malade : ce n'est que cette connaissance qui peut les mettre en garde contre les tentatives de destruction, d'homicide, de suicide, de mutilation, etc. Lorsque l'on a à craindre des tentatives de ce genre, il faut exercer une surveillance spéciale sur les couteaux^ les ciseaux et autres instruments dangereux dont on devra toujours connaître le nombre et la place, sur les médicaments toxiques qui devront toujours être tenus sous clefs, etc.

Il est rare que les individus soignés dans des habitations privées soient dans des conditions qui puissent permettre de supposer la simulation ; mais les aliénés sont capables de simulation de troubles étrangers à leur maladie, pour détourner l'attention et déjouer la surveillance dont ils sont l'objet, poiir exciter l'intérêt de leur entourage. Lorsqu'on a surpris ]à simulation chez un malade, il ne faut pas se laisser aller à un scepticisme absolu ; il peut arriver, particulièrement chez les hystériques, qu'tiiie siinulation de suicide soit

suivie à courte échéance d'une tentative sincère.

Les aliénés, en général, ont perdu le souci de leur aspect extérieur ; livrés à eux-mêmes, ils ont une tendance à ne prendre aucun soin de propreté et à se laisser aller à la plus grande négligence dans leur tenue. Les conseils et la contrainte sont souvent impuissants àlutter contre cette tendance qui n'est pas seulement regrettable au point de vue de la forme, mais qui est déplorable au point de vue de l'hygiène.

Il est donc important que ces malades aient toujours sous les yeux l'exemple de Tordre et de la propreté la plus scrupuleuse. Il faut remarquer d'ailleurs que les aliénés, négligents pour euxmêmes, n'ont pas perdu tout jugement relativement aux convenances. Souvent ils apprécient parfaitement ce qui manque à ceux qui les entourent et qui peuvent facilement devenir pour eux un objet de mépris. Les personnes chargées de la direction d'un aliéné ne peuvent maintenir leur autorité sur lui qu'à condition d'avoir une tenue

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parfaite, une propreté et un ordre irréproehables.

L'aliéné n'est pas moins relâché dans sa discipline morale et intellectuelle que dans sa tenue et son vêtement ; il a besoin encore à cet égard de n'avoir que de bons exemples sous les yeux. Les personnes qui vivent avec lui doivent éviter tout écart de lansfa^fe ou toute démonstration excèssive; ellesdoiventconserver leur calme en face des objurgations, des injures ou des menaces. Revenus de leur excitation, les malades se rendent compte des moindres défauts de tact que Ton peut avoir montré à leur égard, et on n'arrive pas à ressaisir l'autorité qu'on a perdue. Si certains stratagèmes peuvent se trouver justifiés dans quelques circonstances, en général les malades ne doivent pas être trompés; le moindre mensonge peut compromettre la meilleure discipline. Les aliénés sont plus difficilement dupés qu'on ne pense ; ils n'ont que trop de tendance à la simulation et à la dissimulation; leur en donner l'exemple ne peut qu'être nuisible. Autant que possible, il ne faut pas les leurrer par des promesses.

Si l'on peut quelquefois plaisanter les malades

Féré. Trait, des aliénh. 7

sur leurs idées fausses, il serait blâmable d'insister sur leurs ridicules, et tout autant de les encourager dans leur délire. On ne doit jamais se relâcher des convenances qui sont dues aux malades, et il faut avoir présent à Fesprit que le malade d'aujourd'hui peut être demain parfaitement sain d'esprit, et reprendre sa place dans la société.

Le repos de l'esprit étant une des premières conditions du traitement des troubles mentaux, Finfirmier ou l'infirmière doit éviter de parler trop; il est surtout nécessaire de ne pas s'entretenir devant le malade, soit avec le médecin, soit avec toute autre personne de la nature de la maladie, de sa marche probable. Il faut particulièrement éviter de prononcer le nom d'hystérie dans lequel beaucoup de malades verraient une sanglante injure. Malgré leur inattention apparente, les malades comprennent parfaitement ce qui se dit, peuvent s'en préoccuper, et en faire le point de départ d'idées de suspicion, de vengeance, etc. Les infirmiers et infirmières doivent encore se garder de parler de leurs malades avec les étran-

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gers, de révéler leurs noms, les particularités de leur maladie. 11 est plus nuisible qu'utile, dit Mills, d'essayer de corriger une infirmière constitutionnellement bavarde ; aussi le mieux est de se passer de son concours.

L'infirmier ou Finfirmière, de même qu'il ne doivent pas se laisser aller à une tenue négligée, ne doivent pas exagérer les soins qu'ils prennent de leurs personnes au point de frapper l'attention et d'irriter leur malade. De même qu'ils doivent éviter de prendre des allures arrogantes, ils ne doivent pas non plus manquer de dignité, ils doivent particulièrement éviter les rapports familiers avec les domestiques dont ils doivent toujours se faire distinguer.

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