CHAPITRE VllJ
SOINS PARTICULIERS A QUELQUES CATÉGORIES d'aLIÉNÉS
Plusieurs catégories d'aliénés méritent des soins spéciaux.
Tels sont les malades violents : il faut se tenir au courant autant que possible de leurs illusions, de leurs hallucinations , de leurs idées délirantes et se renseigner sur les circonstances qui provoquent leurs accès d'exaltation, afin de pouvoir les éviter. Lorsqu'on connaît bien les phénomènes qui précèdent l'accès, il est plus facile d'en atténuer la conséquence, surtout quand on sait aussi dans quelle direction ces violences doivent s'exercer. Ces malades ne doivent jamais rester seuls et il faut éviter de laisser à leur disposition tout objet dont ils pourraient faire une arme.
11 est rare que l'excitation violente dure longtemps et soit constamment dangereuse, soit pour
COMEÎNTION 12
le malade, soit pour son entourage. D'ailleurs, il faut bien retenir qu'un malade n'est pas dangereux par le seul faitqu'il vocifère, gesticule, saute, court, grimace, etc. Ces malades très bruyants se calment souvent au bout de peu de temps, si on les laisse s'agiter, sans contrôle, à l'air libre. Lorsque le malade est vraiment dangereux pour luimême ou pour les autres, il faut s'assurer de lui et le contenir pour l'empêcher de frapper, de briser, etc. Il ne faut jamais tenter de lutter avec un aliéné, lorsqu'on n'est pas en force pour le réduire sans violence et sans risque.
Lorsqu'il est nécessaire de s'assurer d'un malade, trois personnes peuvent suffire. M. Granger donne cette manière de faire qui est assez pratique : « Deux personnes saisissent chacune un bras au niveau du poignet et du coude et le tiennent droit en dehors ; la troisième placée derrière passe le bras autour du cou et maintient le menton pour éviter les morsures et les crachats ; le patient peut alors être entraîné en arrière et assis sur une chaise fixée au parquet ». S'il est indispensable de porter le malade, on se rend plus
loO SOINS PARTICULIERS A QUELQUES CATÉGORIES d'aLIÉNÉS
facilement maître de lui en le mettant la face en bas, pour éviter de tordre les membres, il faut le porter par les épaules et la poitrine en prenant soin de ne pas serrer le col.
Lorsque l'on doit user de force avec un malade violent, il faut toujours le faire avec modération et conserver son sang-froid ; on doit se préoccuper non seulement de ne pas blesser le patient mais aussi de ne pas se laisser blesser.
Lorsque le malade a été mis en lieu sûr, il ne faut plus essayer de Fempêcher de crier ou de s'agiter; ces essais ne font souvent que l'exciter ; il se calme plutôt de lui-même si on le laisse seul, sans toutefois le perdre de vue.
La manière de faire des gardiens doit être telle que le malade en vienne à la conviction qu'il n'est pas maître de la situation, mais qu'on n'use de la force que pour l'empêcher de se nuire et de nuire aux autres, mais jamais pour le châtier.
Bien que l'emploi des moyens de contrainte ait été considérablement réduit dans ces dernières années, on n'a guère pu y renoncer et le principe