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Des colonies cV aliénés; Gancl. IS8i

trouver en contact avec des aliénés. A cet effet, il importe de procéder d'abord avec beaucoup de circonspection, quant à l'admission des malades ; on ne doit au début n'admettre que trois ou quatre aliénés tranquilles , choisis de préférence parmi les travailleurs.

« Non seulement les habitants chez qui ils sont placés profitent de leur travail, mais ils sont, en outre, remboursés intégralement des frais de leur entretien.

« Ces avantages sont bientôt appréciés et la plupart des autres habitants ne tardent pas à solliciter spontanément la faveur d'obtenir la garde d'un aliéné.

« Quant à l'objection relative à la contagion, il suffit pour la combattre de citer les chiffres suivants : le recensement des aliénés, au 30 juin 1878, accuse l'existence de 17 aliénés pour la commune de Gheel, dont la population est de 10.502 habitants, tandis que la commune de Braine-L'Alleud, qui n'a que 6.617 habitants, en a un nombre égal.

« Il importe de tenir rigoureusement la main à ce que, dans le principe, on n'y reçoive aucun aliéné qui n'ait passé préalablement par

Féré. — Aliénés. 4

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un asile. On ne doit pas perdre de vue que la création d'une colonie de cette espèce constitue pour les nourriciers et pour la commune même où elle est établie une source de grand bienêtre. On en jugera par ce fait que le compte de la colonie de Gheel, pour l'exercice 1883, accuse une recette d'au delà de 700.000 francs. »

La commune de Lierneux où a été établie la nouvelle colonie est située dans la province de Liège, dans les Ardennes belges, à une trentaine de kilomètres au sud de Spa. Elle comprend un territoire presque aussi étendu que celui de Gheel, divisé en dix-neuf hameaux. Il n'y a non plus aucune industrie : la population d'ailleurs y est peu dense, elle n'est guère que de 2.500 habitants. Cette commune présentait donc de grands avantages au point de vue de l'isolement, d'autant quelle n'est traversée par aucune ligne de chemin de fer. La population y est assez pauvre et pouvait désirer profiter de la fondation ; cependant l'arrivée des premiers aliénés souleva de vives protestations.

La colonie a été inaugurée le 19 avril 1884, par l'envoi de deux hommes et de deux femmes

détachés de la colonie de Gheel, etclassés parmi les plus tranquilles et les travailleurs. Peu à peu les habitants se sont familiarisés avec les aliénés, ont cessé de les redouter, et se sont rendu compte des avantages qu'ils pouvaient retirer de la fondation de cette colonie ; les demandes de pensionnaires se sont bientôt multipliées, et la colonie, qui était d'abord considérée comme une succursale de Gheel, a reçu la consécration légale par un arrêté royal du 11 février 1885. Elle est régie suivant un règlement analogue à celui cle Gheel. Au 31 décembre 1885, la colonie de Lierneux comptait 109 aliénés, 68 hommes et 46 femmes. Au 31 décembre 1886, 152 aliénés, 90 hommes et 62 femmes ; pendant l'année 1886, 8 pensionnaires aisés y ont été admis. Le compte rendu officiel des établissements d'aliénés de la Belgique pour 1886 nous donne les renseignements suivants sur cette colonie :

« Organisée d'après le régime familial et libre, l'institution présente des ressources variées pour fournir aux malades des occupations utiles à eux-mêmes comme à leurs nourriciers : deux d'entre eux sont forgerons ; un autre ébéniste ;

trente-neuf travaillent aux champs ; cinquantesept vaquent aux soins du ménage.

« Parmi eux, trente-cinq rendent des services si réguliers que leurs nourriciers ne reçoivent, à titre de prix de journée d'entretien, que 90 centimes au lieu d'un franc. — Deux malades ont fréquenté l'école, etc.

« La députation permanente et le comité permanent d'instruction et de surveillance ne peuvent que se féliciter des progrès de la nouvelle colonie. Depuis à peine deux ans que celle-ci existe, elle a reçu deux cent vingt-sept malades et aucun accident n'a été à déplorer.

« Les nourriciers sont fiers de leurs malades ; ils se font un plaisir de les associer à leurs travaux, et même ils s'imposent des sacrifices pécuniaires pour leur procurer les outils nécessaires à l'exercice de leur métier.

a Durant l'année 1886, huit aliénés sont sortis complètement guéris et l'un d'entre eux, un jeune homme, est revenu clans la localité pour travaille/ï^^Synète^^iL de la nouvelle infirmerie^? ^^

« fcent 'cmqiitmd 9cMambnes au moins sont encoreVdisponibles chez ^Hvers habitants de

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Lierneux. Cette situation indique suffisamment que l'œuvre a acquis toutes les sympathies de la population locale et qu'elle est entrée dans toute sa vitalité. »

La colonie de Lierneux continue à se développer : pendant Tannée 1887, quatrième de son existence, le nombre des malades s'est élevé de 152 à 181. Au 31 décembre 1888, il atteignait 218, 143 hommes et 75 femmes. Au 31 décembre 1889, la colonie comptait 235 aliénés, 161 hommes et 74 femmes.

Cette prospérité montre clairement que, malgré la nouveauté de l'institution, on n'éprouve dans le pays aucune difficulté à trouver des maisons hospitalières pour recueillir les aliénés.

Cependant l'état des lieux ne paraissait guère favorable ; le pays est pauvre, les habitations mal construites, peu confortables ; il a fallu improviser des chambres qui manquent souvent de la capacité nécessaire, mais sont en général propres. Les nourriciers paraissent remplis de bonne volonté, mais manquent encore de l'expérience de ceux de Gheel, et ils semblent moins sûrs d'eux. Au point de vue administratif, tout se passe comme à Gheel ; il

faut noter pourtant qu'il n'existe aucune marque distinctive pour les aliénés, dont les vêtements, achetés dans le pays, sont aussi divers que ceux des habitants ; ceux seulement qui ont des tendances à l'évasion sont chaussés de sabots (chaussures inusitées dans le pays) marquées CL. Le prix d'entretien est un peu plus élevé qu'à Gheel : le nourricier reçoit 90 centimes par jour pour les malades qui travaillent, et 1 franc pour ceux qui ne travaillent pas.

Jusqu'à présent, les malades envoyés à Lierneux ont été choisis parmi les chroniques. Depuis la fondation de la colonie, une mauvaise maison du village a servi d'infirmerie ; c'est là que restent les malades pendant les cinq jours qui précèdent leur placement ; l'installation en est peu confortable, mais elle prouve au moins que l'on peut tenter la fondation d'une colonie sans aucuns frais préalables.

On construit à Lierneux une infirmerie sur le type de celle de Gheel, qui pourra contenir près de soixante malades, et sera destinée aux aliénés séquestrés par mesure d'ordre, aux admissions et aux maladies intercurrentes.

Malgré un certain nombre d'imperfections,

la colonie de Lierneux peut être considérée comme définitivement établie ; il paraît démontré qu'il ne faut pas des siècles pour faire un Gheel. 11 suffit peut-être, pour réussir l'expérience, qu'il se rencontre un homme dont l'intérêt coïncide avec l'intérêt général et soit amené à pousser l'affaire comme sienne.

On ne peut pas dire que le régime colonial soit appelé à remplacer les asiles, mais il peut s'appliquer à des cas bien déterminés et constituer une ressource importante tant au point de vue économique qu'au point de vue thérapeutique. 11 nous a semblé que le patronage familial pouvait surtout rendre des services en tant qu'établissement de refuge pour les aliénés incurables ou n'exigeant que des soins hygiéniques. Parmi les malades qui pourraient bénéficier de ce régime on peut ranger un bon nombre d'épileptiques qui n'ont que de rares accès, sans troubles mentaux graves, et qui ne recourent à l'hospitalisation que parce que ces rares accès les font chasser des ateliers1 ; en

1. On a proposé (Chariûy Organisation Review, 188b). de créer pour les épileptiques des hôpitaux-ateliers où les fra-

leur procurant des patrons qui ne craignent pas la vue de leur mal, on réaliserait une grande économie et on leur procurerait une vie meilleure.

L'accroissement progressif de la colonie de Gheel et le succès récent de la colonie de Lierneux semblent préparer un avenir prospère pour le patronage familial des aliénés. Cependant M. le Dr Peeters a déjà signalé à Gheel un élément de dissolution. Une longue expérience a montré que les crimes et les actes d'indiscipline sont extrêmement rares dans la colonie ; c'est tout au plus si chez ces aliénées on

vail leurs pourraient être l'objet d'une surveillance spéciale. — La colonie de Bethel, fondée en 1807 à Bielefeld (Westphalie) par Von Bodelschwingh, contenait en 1888, 868 épileptiques vivant dans une trentaine de maisons isolées. Les malades, hommes ou femmes, y sont groupés suivant leur profession, et sont sous la surveillance d'un infirmier avec sa femme pour chaque maison ; ces derniers vivent et mangent avec les malades. Cette colonie est complètement ouverte et la circulation y est libre. Le travail des malades concourt dans une large mesure à l'entretien de l'institution. Elle s'est encore étendue depuis jusqu'à contenir 3.000 malades répartis dans 100 maisons. Cette colonie d'épileptiques, à laquelle se sont annexées d'autres institutions du même genre, reçoit des pensionnaires1.

1 . Julie Sutter, A colony ofmercy ; or social Christianity al work, London. 1893.

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a observé une demi-douzaine de grossesses depuis un demi-siècle. Si ces actes regrettables se sont produits un peu plus souvent dans ces dernières années, ils sont souvent suggérés ou commis par une catégorie d'individus, les pensionnaires libres, qui ont été introduits depuis un certain temps dans la commune. Ces pensionnaires libres sont des indigents, infirmes, souvent affectés de troubles mentaux, mais non légalement placés, et qui sont placés chez des habitants de Gheel par les municipalités d'Anvers ou de Bruxelles. Ces individus, qui sont quelquefois de simples vagabonds, ne sont pas soumis au contrôle de l'administration de la colonie : leur présence est de nature à causer le plus grand préjudice à la fois moral et matériel au système ; non seulement ils sont une cause de trouble et de désordre, mais ils peuvent éloigner les pensionnaires payants.

Une autre catégorie de pensionnaires peut nuire encore aux intérêts de ces colonies, ce sont les individus qui, accusés ou même condamnés pour vagabondage ou autres délits ou crimes, sont aussi envoyés dans les colonies

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après avoir été reconnus aliénés. A Lierneux, plusieurs habitants m'ont affirmé qu'il y avait déjà un certain nombre de pensionnaires de cette espèce qui inspirent de la répugnance et même delà crainte, et en tout cas sont capables de retarder les progrès de l'institution. Si la présence d'individus de cette catégorie était confirmée à Gheel et à Lierneux, il n'y aurait pas lieu d'en être surpris, puisqu'ils coudoient les autres malades dans la plupart des asiles publics et des maisons de santé privées ; mais il nous semble que si les aliénés délinquants ou criminels doivent être séparés des autres, c'est bien dans ces institutions ; et si l'on veut les faire bénéficier du régime colonial, c'est dans d'autres colonies qu'il faut les placer.

La nécessité qui s'est imposée d'installer à Lierneux, comme à Gheel, une infirmerie destinée à recevoir les aliénés agités ou malades1

1 . La mortalité relativement considérable qui s'est montrée parmi les aliénés de Lierneux, 21 en 1887, 35 en 1888. 32 en 1889, peut trouver son explication soit dans le retard qui a été apporté à l'installation de l'infirmerie, soit à ce que les asiles y ont envoyé les cas les moins favorables. Le dernier ouvrage de M. le l)1' Depéron signale que la mortalité est tombée à 4 p. 100 en raison des améliorations.

La colonie de Lierneux contenait, au 31 décembre 1003.

établit un rapprochement entre les colonies annexées à un asile fermé, et montre bien que le système colonial ne peut pas constituer un mode exclusif d'assistance des aliénés.

Si ce mode d'assistance a pu être improvisé dans un pays si voisin du nôtre, on a quelques raisons d'espérer qu'il pourrait aussi s'acclimater en France.

303 hommes et 178 femmes, contre 477 en 1902. Le chiffre des admissions pendant l'année 1903 s'est élevé à 97. Dans le classement des admissions par provinces, la province de Liège fournit seule pour 73 entrées ; les autres provinces wallonnes profitent peu1.

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