CHAPITRE III
LES RAPPORTS DU PHYSIQUE ET DU MORAL ET LES INDICATIONS GÉNÉRALES DE L HYGIÈNE DES ALIÉNÉS
Ceux qui ont la charge d'un aliéné doivent savoir qu'un trouble mental est toujours lié à un trouble organique, et ne pas perdre de vue que si à l'état de santé les conditions organiques et les influences extérieures sont capables d'agir sur l'état mental, il en est de même chez les aliénés.
Toutes les maladies corporelles agissent sur la santé de l'esprit; tous ceux qui souffrent sont irritables et jugent pour le pire les personnes et les choses qui les entourent. Un accès de goutte, la constipation, la surcharge de l'estomac, le défaut de nourriture, le séjour dans une atmosphère d'air confiné, le froid, la chaleur extrême, la malpropreté de nos vêtements ou de l'appartement, le manque de confortable en général
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influent de la même manière sur nos sentiments. Les aliénés sont influencés de même et plus vivement parce qu'ils sont plus faibles et plus irritables.
Leur santé physique et toutes les conditions de l'environnement qui sont susceptibles de l'influencer doivent être l'objet de la constante préoccupation de ceux qui veillent sur eux.
L'habitation, les vêtements, les soins du corps, l'alimentation, doivent être également l'objet. de la sollicitude de ceux qui en ont la charge.
Les impressions des sens agissent même sans l'intervention de la conscience sur les fonctions somatiques. 11 faut le considérer vis-à-vis des aliénés comme si tout ce qui les entoure était capable de les impressionner, c'est ce qui se produit en effet dans certaine mesure.
L'habitation et son ameublement doivent avoir autant que possible un aspect riant, tenu avec une propreté et un ordre irréprochables.
Les repas doivent être préparés et servis de telle façon qu'il excitent, autant que possible, les désirs. Cette sorte de suggestion est souvent plus active qu'on ne saurait croire. Toutes les
négligences peuvent avoir pour effet d'abaisser le sens émotionnel du malade, et par conséquent d'empirer son état.
Les soins corporels ne sont pas moins importants.
Le traitement familial est déjà, comme on le voit, sujet à quelques réserves relatives aux convenances générales et aux difficultés du choix des malades qui courent des risques de différente nature. Maïs ces difficultés ne sont pas les seules, il s'en rencontre dans le choix du local et des garde-malades.
Le choix du local mérite la plus grande attention et est nécessairement influencé par la forme du trouble mental et des accidents concomitants que présente le malade.
Quelle que soit l'exubérance de la manifestation, la folie est toujours caractérisée par un défaut mental qui n'est que la traduction extérieure d'un défaut de la nutrition. Il est donc particulièrement nécessaire que tout malade de cette catégorie soit placé dans des conditions d'hygiène générale irréprochables. Quelle que soit la forme de sa psychose, son habitation doit être située de telle sorte qu'il puisse vivre autant
que possible au grand air, faire de l'exercice à pied. Le repos de l'esprit étant le principal moyen de réparation du déficit, on doit veiller à ce que le sommeil ne soit pas troublé par aucun voisinage bruyant. « Le plus sûr remède aux maux de la vie civilisée, dit Weir Mitchell, doit être trouvé dans quelque forme de retour à la barbarie1 ». Plus les tourments de la vie urbaine ont joué un rôle évident dans la production des troubles mentaux, plus il est nécessaire de le reléguer loin du bruit et de tout ce qui peut lui rappeler le genre de vie qui a compromis sa santé psychique.
On doit se préoccuper du voisinage si le malade a des tendances au suicide, s'il est sujet à des attaques convulsives, s'il est disposé à faire des fugues.
L'habitation elle-même doit être convenablement installée au point de vue de la ventilation, de l'éclairage, du chauffage, et ne présenter aucun vice de construction qui constitue un danger pour les malades ou une difficulté pour la surveillance.