‹ Le traitement des aliénés dans les famillesChapitre 47 sur 57 · W. Harding., Mental nursing, 2e éd., 1894, p · texte numérisé non relu

W. Harding., Mental nursing, 2e éd., 1894, p

rein, aussi celle-ci doit-elle être entretenue avec les plus grands soins de propreté.

L'antisepsie de la peau est bien réalisée par la solution de permanganate de chaux qui n'est nullement irritante et peut être utilisée aussi pour les soins de propreté des muqueuses1.

Les soins généraux de propreté ne nécessitent aucune recommandation spéciale. Il n'en est pas de même des bains de toute nature. Aussi bien dans les maisons privées que dans les asiles, on ne doit pas perdre de vue les aliénés au bain.

Les sujets affaiblis, les déments se tiennent souvent difficilement assis, et tendent à glisser dans la baignoire en courant risque d'y plonger. On peut les garantir de tout danger en les suspendant dans la baignoire sur un drap fixé aux deux extrémités et formant hamac.

La température des bains doit être surveillée avec soin, et on ne doit jamais laisser l'eau chaude à la disposition du malade ; souvent des brûlures mortelles ont été la conséquence de l'oubli de cette précaution. Enfin le malade lui-

1. Cli. Féré, L'hygiène de la peau dans la bivmuration [Jouvn. des eonn. méd. prat., 1895. p. 398).

même doit être constamment sous la vue parce qu'il peut se noyer, soit volontairement s'il a des idées de suicide, soit involontairement s'il a une syncope ou une faiblesse. Il peut s'exposer à un refroidissement s'il s'agite hors de l'eau. La durée des bains et leur température doivent d'ailleurs être réglées par le médecin.

On emploie quelquefois pour calmer les malades agités des bains tièdes prolongés. Ou doit souvent y maintenir le malade de force à l'aide d'un couvercle placé sur la baignoire et percer d'un orifice pour laisser passer la tête. Ces bains doivent être surveillés avec le plus grand soin en raison des dangers qui résultent du couvercle ; et des changement de température de l'eau qui doit être maintenue constante. Le bain tiède est souvent combiné avec les applications froides sur la tête. Ces applications ne sont utiles aussi que si l'abaissement de la température est constamment maintenu ; on peut arriver à ce résultat avec des compresses d'eau froide fréquemment renouvelées avec des appareils à circulation d'eau froide, avec une vessie de caoutchouc remplie de glace pilée.

Les bains froids aussi sont souvent conseillés

dans les états délirants aigus1, il ne faut les administrer que lorsqu'on est bien en force pour empêcher le malade de se blesser.

L'alimentation doit être l'objet d'une sollicitude toute particulière. Le régime alimentaire doit être abondant: on a vu en effet que dans certains asiles une simple augmentation de la quantité d'aliments diminuait la mortalité et augmentait le nombre des guérisons. Mais il faut se souvenir que ce qui nourrit n'est pas tant ce que l'on introduit dans le tube digestif que ce que l'on digère et que l'on assimile. 11 faut donc à la fois surveiller la quantité d'aliments et leur qualité et favoriser les conditions d'une bonne digestion.

Certaines formes d'aliments conviennent mieux en dehors de toute condition individuelle à quelques catégories de malades. Pour les malades agités et violents le régime lacté et végétal est préférable ; l'alimentation carnée et légèrement excitante convient mieux aux mélancoliques. On a conseillé les aliments qui con-

1. H. Molinié, Traitement du delirum t remens suraigu par les bains froids, Th. 1899.

tiennent des graisses phosphorées, les poissons, les œufs, pour ceux qui ont une tendance à la déchéance psychique. 11 faut éviter tout ce qui peut troubler le malade pendant son repas. Les uns ne mangent pas si on ne les excite de la parole et de l'exemple, tantôt par indifférence, tantôt par crainte d'empoisonnement ; d'autres au contraire préfèrent manger seuls et même sans être vus. Il ne faut pas compromettre l'alimentation pour leur imposer une discipline contraire à leurs préférences.

Pour favoriser l'appétit, il est nécessaire que le malade prenne, avant les repas, de l'exercice au grand air. La régularité des fonctions digestives est aidée par la régularité des heures des repas. îl faut veiller à ce que chaque opération nécessaire à l'assimilation des aliments se fasse d'une façon convenable. Pour que la digestion s'opère bien, les aliments doivent être divisés en parties suffisamment petites pour être facilement attaquées par les sucs digestifs. La mastication est donc une opération de première nécessité ; il faut veiller à ce que les malades mâchent bien leurs aliments et ne les avalent pas tels qu'ils les ont introduits dans la bouche,

même lorsqu'il s'agit de substances molles et dont le passage est facile. Le séjour dans la bouche est en effet utile à certains aliments, aux féculents qui subissent un commencement de digestion sous l'influence de la salive. Les mouvements de la mastication provoquent non seulement la sécrétion de la salive mais aussi celle du suc gastrique. Lorsque les malades sont dépourvus de dents, il faut leur faire diviser suffisamment leurs aliments avant de les introduire dans la bouche, et donner la préférence aux liquides ou demi liquides. Les malades gloutons doivent être surveillés avec soin, car non seulement l'introduction de morceaux trop volumineux gêne la mastication, mais elle leur fait courir le risque de s'engouer, de faire pénétrer des substances alimentaires dans les voies respiratoires, et de provoquer ainsi la suffocation.

Les sujets édentés réduits à introduire dans leur bouche de petites parcelles d'aliments qu'ils mâchonnent oublient souvent de les avaler et continuent toujours à en introduire de nouvelles. Au bout d'un certain temps leur bouche se trouve remplie d'une masse dont la

déglutition est impossible sans danger, et qui ne sert pas à les alimenter. 11 faut surveiller leur déglutition et ne les laisser introduire une nouvelle parcelle alimentaire qu'après s'être assuré de la déglutition de la précédente.

Le froid anesthésie et paralyse les nerfs de l'estomac comme les autres nerfs ; aussi les aliments froids sont-ils souvent difficilement digérés et à plus forte raison chez les aliénés dont les fonctions nerveuses sont en déficit. Il est donc nécessaire de veiller avec soin à ce que les aliments leur soient présentés à une température convenable.

Enfin, pour ménager la paresse de leurs organes digestifs tout en leur procurant une alimentation surabondante si nécessaire à leur organisme en faillite, il est bon de recourir à des aliments qui se présentent sous un petit volume1, les poudres de viande, etc.

Les malades dont la nutrition est lente et qui ont une tendance au refroidissement se trouvent bien de l'introduction d'une forte proportion de sucre dans leurs aliments.

1. Semai, la Médecine nutritive en psychiatrie (BulL acad. de Médecine, 1889, p. 32).

Les mets doivent toujours être préparés avec soin : « Un bon cuisinier, dit M. Clouston *, est un aide pour tous, un plaisir pour beaucoup et une nécessité pour quelques-uns. »

Campbell Clark prétend que le régime lacté et végétarien est capable à lui seul de refréner les habitudes de masturbation 2, il est difficile de partager cet optimisme.

Le sommeil est d'autant plus nécessaire à l'individu qu'il est plus faible. Chez l'adulte bien portant il favorise l'entretien des forces : chez l'enfant, il doit en outre favoriser l'accroissement, chez le malade la réparation.

Dans les maladies mentales où il est indispensable à la guérison, il est fréquemment troublé. Aussi est-il nécessaire de le favoriser par tous les moyens que fournit l'hygiène : l'exercice au grand air, la régularité des heures du coucher et du lever. Il faut aux malades assurer la tranquillité la plus complète. Tout en laissant la chambre suffisamment éclairée pour que la surveillance soit possible, il faut avoir soin que

1. Clinical lectures on mental diseases, 2e éd., 1887, p. 131.

2. Campbell Clarck, Clinical monnal of mental diseases, 1897, p. 186.

Féré. — Aliènes; 14

la lumière ne soit pas assez intense pour tenir le malade éveillé. Il faut se souvenir d'ailleurs que toutes les excitations sensorielles sont capables d'empêcher le sommeil ; on doit donc éviter le bruit, les odeurs fortes, les contacts irritants quels qu'ils soient, l'excès de chaleur. Certains aliments ou certains médicaments, qui laissent clés sensations gustatives persistantes peuvent être causes d'insomnie. Certains malades qui se réveillent souvent se rendorment plus facilement s'ils se sentent veillés, si on vient leur dire un mot, ou ajuster leur couverture.

L'ingestion d'une petite quantité d'aliments, d'un liquide chaud ou légèrement stimulant, avant le coucher, favorise le sommeil. Des malades qui se réveillent après trois ou quatre heures de sommeil peuvent se rendormir si on leur fait prendre quelque aliment, une tasse de bouillon ou de lait ; ce moyen simple peut toujours être tenté sans inconvénient, quelquefois il suffit à calmer les plus agités. Dans la clémence sénile, l'agitation et l'insomnie sont quelquefois soulagées par des petites doses d'alcool1. Les

1. Campbell Clark, Clinical manual of mental diseases, 1897, p. 41.

mouvements de l'intestin, la flatulence, la distension de l'estomac et des intestins dérangent le sommeil. L'hygiène de la digestion mérite donc au point de vue du sommeil d'être surveillée avec soin.

Les aliénés qui ont toujours une tendance au refroidissement doivent être plus couverts pendant la nuit que d'autres personnes. Souvent (surtout les vieillards et les mélancoliques), l'insomnie est entretenue par le froid général ou local, le froid aux pieds ; il suffit alors de chauffer le lit ou de mettre une boule d'eau chaude pour ramener le sommeil.

Si on veut bien se rappeler que la condition physiologique du sommeil est l'anémie du cerveau1, on comprendra mieux l'utilité de ces moyens simples et d'autres qui s'en rapprochent par leurs effets. Tout ce qui tend à attirer le sang vers une partie éloignée de la. tête peut provoquer le sommeil. C'est ainsi qu'agissent le travail de la digestion ou encore les sinapismes au creux de l'estomac (Newington), aux pieds, les bains sinapisés, le drap mouillé sina-

1. Durham, The physioiogy of sleep (Guy's hosp. Rep. 1860, 3e série, t. VI, p. 149).

pisé, la ventouse de Junod, la ligature circulaire des membres inférieurs à leur racine1. Chez les jeunes gens, les pédiluves froids suivis d'une friction sèche avec un* linge rude produisent le même effet. Les coiffures de nuit trop chaudes peuvent produire l'insomnie qui peut au contraire être calmée par des applications froides sur la tête : les femmes du Kachmir ont la réputation de faire dormir leurs enfants en leur faisant une irrigation avec de l'eau froide sur la tête. Mais la simple exposition prolongée à l'air frais2 sans exercice fatiguant est une des meilleures préparations au sommeil, et elle devient tout à fait efficace si elle est suivie d'un repas suffisamment copieux.

Chez les malades excités ou fébricitants, l'insomnie peut tenir à l'exagération générale de l'activité circulatoire3. Les lotions froides agissent heureusement à la fois par la perte de chaleur et par la réaction cutanée qu'elles provoquent.

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