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CHAPITRE X

SOINS A DONNER AUX ALIÉNÉS DANS QUELQUES ' CIRCONSTANCES EXCEPTIONNELLES

En dehors des soins généraux convenant à la plupart des aliénés ou à quelques catégories particulières de malades, les personnes chargées de les assister doivent être préparées à les secourir dans quelques circonstances où la présence d'esprit est d'autant plus nécessaire qu'elles sont plus exceptionnelles.

Il est de première nécessité de ne laisser à la portée des malades aucun médicament et en particulier aucun médicament toxique; et il est indispensable, lorsqu'on leur en administre, de constater s'ils les prennent réellement. Quelques-uns peuvent s'emparer de médicaments ou économiser des doses quotidiennes pour les avaler plus tard en masse, dans un but de suicide.

Malgré ces précautions, il peut arriver qu'un

aliéné s'empoisonne, en particulier avec l'opium qui lui est si souvent prescrit, ou avec la morphine.

L'empoisonnement par l'opium et ses dérivés se caractérise principalement par un sommeil profond, comateux, une contraction extrême des pupilles qui sont insensibles à la lumière, une respiration extrêmement lente et pénible. Lorsque l'ingestion est récente, il faut tâcher de faire évacuer une partie du poison par le vomissement, en donnant le sirop d'ipéca ou une grande quantité d'eau tiède, si on n'a pas autre chose sous la main, et en provoquer mécaniquement le rejet en introduisant les doigts dans la gorge. S'il est trop tard pour faire rejeter le médicament, il faut essayer de contrebalancer son action en donnant du café très fort ou du thé.

Les aliénés peuvent d'ailleurs faire des tentatives d'empoisonnement avec toutes les substances qui leur tombent sous la main. Les personnes qui en ont la charge doivent donc savoir que les antidotes des alcalis sont les acides faibles, le vinaigre, le jus de citron ou d'orange, le cidre; pour les acides, la magnésie, l'eau de

savon, l'eau de chaux, les bicarbonates de soude et de potasse, le lait, l'huile, l'eau albumineuse, l'eau gommeuse. Parmi les substances qui ont le plus de chances de tomber entre les mains des malades, il faut citer le sel d'oseille (boissons émollientes, chlorure de calcium), le phosphore (eau albumineuse, eau de chaux, lait, inhalations d'oxygène), la strychnine (vomitifs, café, bromure de potassium, 6 ou 8 grammes), le sublimé (vomitifs, eau albumineuse, eau sulfureuse, stimulants).

Lorsque les aliénés se font des plaies dans un but de suicide ou de mutilation, il faut être en mesure de leur porter un secours immédiat. Si la plaie est superficillee, n'atteint que la peau et ne donne lieu qu'à un écoulement de sang en nappe, on peut se borner, après avoir nettoyé la plaie, à exercer une légère compression avec du linge imbibé d'un liquide antiseptique ou d'eau alcoolisée ; si l'écoulement sanguin est plus abondant, il faut essayer des applications d'eau froide ou de glace ou d'eau aussi chaude que le malade peut la supporter ; si le sang s'écoule en jet, il faut comprimer au-dessus et au-dessous de la plaie, en tâtonnant, jusqu'à

ce qu'on arrive à supprimer l'écoulement ; alors on maintient la compression avec le doigt ou avec une clef enveloppée de linge, jusqu'à ce qu'un médecin puisse venir porter secours.

Dans le cas de fracture, de luxation, d'entorse, il faut se contenter de coucher le malade sur un lit, débarrasser la partie malade des vêtements qui la couvrent, en les décousant ou en les coupant, de telle sorte que le membre soit aussi peu déplacé que possible, et on se contente de le mettre sans effort dans une position aussi rapprochée que possible de celle que le même membre du côté opposé occupe spontanément.

Les aliénés et en particulier les paralytiques généraux et les déments ont souvent une fragilité morbide des os qui se cassent sous le moindre effort; aussi la règle c'est de ne jamais négliger d'avertir le médecin quand un malade a reçu un choc ou a fait une chute ; une fracture de côte négligée peut avoir des suites mortelles et il en est de même d'autres lésions accidentelles qui peuvent passer inaperçues.

L'asphyxie peut se produire chez les aliénés par des procédés très divers. Quelques-uns, en

particulier les déments et les paralytiques généraux, mangent souvent avec gloutonnerie, avalent des morceaux démesurés et non mâchés ; il peut en résulter une obstruction de la partie supérieure des voies aériennes. Il faut placer le malade la face en bas, la tête penchée, et introduire le doigt dans le fond de la gorge, en suivant la paroi latérale de la bouche, de façon à pouvoir accrocher le corps étranger latéralement ou au pis aller irriter le pharynx pour provoquer le vomissement.

Les malades peuvent faire des tentatives de pendaison ou de strangulation, enfin ils peuvent se noyer. Dans ces différents cas, il peut être nécessaire de faire la respiration artificielle le plus rapidement possible, après avoir fait cesser la strangulation ou la submersion. Pour cela, après avoir débarrassé la bouche de tout ce qui peut obstruer le passage de l'air, on met à nu le cou et la poitrine ; le corps couché à plat sur le dos est revêtu de couvertures légères et chaudes. Pendant qu'un aide tient la bouche ouverte et attire la langue en avant pour que sa base ne tombe pas par son propre poids sur l'orifice des voies aériennes, on se place

derrière la tête du sujet, on saisit ses deux bras au niveau des coudes et on les attire fortement en dehors vers soi pour élever les côtes aussi fortement que possible, puis on ramène les bras contre les côtes en les pressant pour provoquer l'expiration. On répète cette manœuvre dix-sept à vingt fois par minute, et tant qu'on a lieu d'espérer la survie, on la prolonge pendant vingt ou trente minutes.

La syncope est due à l'anémie du cerveau ; quand on voit un malade pâlir et perdre connaissance, il faut l'étendre à plat sur le dos et débarrasser son cou, sa poitrine, sa ceinture de tout ce qui peut les comprimer, et faire prévenir le médecin.

Féré. — Aliénés. 18

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