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Le traitement des infections staphylococciques. Le protéol

Le pouvoir thérapeutique des levures de bière et de vin dans un certain nombre d’affections microbiennes, notamment dans les cas d’infection par le staphylocoque doré, m’a conduit à rechercher le mode d’action de ces ferments.

J’ai pu me convaincre, après un certain nombre d’expériences cliniques, que les levures n’agissaient aucunement à titre de ferment et que le produit actif était une substance albuminoïde soluble, dénuée de toute action sur les solutions sucrées.

Cette substance albuminoïde, extraite des cellules de levure, se présente à l’état sec, sous l’aspect de lamelles d’un jaune plus ou moins foncé, très hygrométriques et facilement altérables au-dessus de la température de 45®. (C çn k l’Académie de Médecine, 13 Février 1900.)

L’inconstance dès effets thérapeutiques de la levure de bière, fraîche ou desséchée, tient à cette particularité que l’extraction des substances actives contenues dans les cellules de levure doit se faire dans l’êstomac et dans l’intestin et que le pouvoir extractif des sucs digestifs n’est pas identique d’un sujet à l’autre.

Il y avait donc un intérêt majeur à isoler la substance active, de manière à l’administrer sous une forme rapidement assimilable.

Toutes les levures, d’autre part, sont loin d’être douées d’un pouvoir thérapeutique égal, et il est nécessaire, pour

obtenir des produits toujours identiques et très actifs, de traiter exclusivement des races de levures sélectionnées.

Ce sont ces substances albuminoïdes qui sont 1 élément actif de la Stapbylase et du Sérum végétal antistaphylococcique, dont les indications se multiplient de jour en jour.

La découverte dans les cellules de levure d’une antitoxine de l’infection staphylococcique, injectable par la voie hypodermique et susceptible d’agir aussi efficacement contre cette infection que le sérum de Roux contre la diphtérie, a donc marqué dans la thérapeutique par les infiniment petits une étape dont l’importance a été méconnue jüsqû’ïci.

En effet, la découverte des sérums thérapeutiques provenant d’animaux vaccinés et immunisés soit contre un microbe, soit contre une toxine ou contre un poisony comme le venin des serpents, a orienté dans cette voie la plupart des expérimentateurs.

Les résultats ont été loin de correspondre aux espérances de la première heure et il n’existe actuellement comme sérums antitoxiques de provenance animale que le sérum antidiphtérique, le sérum antitétanique et le sérum antivenimeux dont les effets soient indiscutables.

Il était donc du plus haut intérêt de démontrer qu’une solution albuminoïde extraite de certaines espèces de levures, administrée par la voie hypodermique, pouvait déterminer, dans les cas d’infection par le staphylocoque doré, des effets thérapeutiques absolument identiques à ceux que produit le sérum de Roux dans la diphtérie.

On a voulu critiquer le nom de « sérum antistaphyloeoccique ».

Je répondrai que l’usage a consacré l’emploi du mot sérum pour des liquides injectables même exclusivement salins, et que le meilleur moyen d’éviter toute confusion est de faire suivre, pour les sérums animaux d’origine équine ou autre, le mot sérum du qualificatif « animal » : sérum animal antidiphtérique ; pour les autres le qua-

lificatif végétal ou artificiel , par exemple : sérum végétal antistaphylococcique .

Le motif principal qui m’a fait donner à l’antitoxine staphylococcique le nom de sérum antistaphylococcique, est que le mode d’action de cette antitoxine rentre dans la catégorie des effets dits sérothérapiques.

Les effets du Sérum antistaphyloeoceique sont même plus intenses et plus rapides que les effets des sérums d’origine animale, car il suffit le plus souvent de 5 centimètres cubes pour obtenir en deux ou trois heures, dans l’infection staphylococcique, une sédation de la douleur et une résolution des phénomènes inflammatoires locaux et généraux.

L’injection sous-cutanée de ce sérum en petite quantité modifie donc presque immédiatement, comme on Pobserve pour le sérum antidiphtérique, les propriétés du sérum sanguin, des leucocytes et peut-être même de toutes les cellules de l’organisme. Cette action est tellement précise qu’il suffit de la constater pour conclure que l’affection, impétigo, angine, bronchite, était une infection à prédominance staphylococcique.

Les résultats de l’usage interne de la Staphylase ont démontré à leur tour cette nouvelle proposition : que l’antitoxine de l’infection staphylococcique peut agir parla noie stomacale et par conséquent qu’il est possible d’obtenir des effets de « sérothérapie » sans recourir à la méthode hypodermique.

On jugera combien cette nouvelle voie peut être féconde pour la thérapeutique des infections microbiennes si nombreuses où les méthodes connues n’ont pas donné de résultats positifs.

En effet, la découverte de la Staphylase et du Sérum antistaphylococcique a eu un résultat immédiat : c’est d’étendre considérablement le champ thérapeutique, encore si restreint, de la médication par les levures fraîches ou desséchées.

Le résultat le plus inattendu peut-être a été la guérison

du coryza, aigu : au début du coryza , au moment où les éternuements se multiplient, où la conjonctive est congestionnée et larmoyante, où la sécrétion nasale devient âcre et abondante et se complique de douleurs sourdes dans les sinus frontaux et maxillaires, il suffit d’absorber 4, 5 à 6 cuillerées de Staphylase pour voir disparaître en une ou deux heures tous les symptômes si pénibles de cette affection, jusqu’ici rebelle à toute thérapeutique.

L’action si rapide de la Staphylase contre le coryza a également démontré que l’agent pathogène de cette affection désagréable est habituellement le staphylocoque doré. Cette démonstration indirecte est très importante et confirme mes recherches bactériologiques des années 1887 et 1888, où j’ai trouvé presque exclusivement, dans les cas de coryza aigu, le staphylocoque doré. Ce microbe existe, comme agent pathogène exclusif, dans le furoncle et l’anthrax sans exception, dans la plupart des acnés suppurées, dans l’orgelet, dans beaucoup d’angines, dans un grand nombre de suppurations, dans les neuf dixièmes des cas d’ostéomyélite infectieuse, et se trouve, associé à d’autres microbes, à la surface des plaies ouvertes, dans beaucoup d’angines, de bronchites aiguës, dans la broncorrhée, dans les états inflammatoires de l’intestin et en particulier dans l’entérite chronique, dans l’eczéma, l’impétigo et presque , toutes les dermites à sécrétion séro-purulente.

Parmi les affections dans lesquelles il convient d’administrer la Staphylase et le Sérum antistaphylococcique, je citerai:

Le coryza aigu ou chronique, l’ozène, l’impétigo, l’acné, l orgelet, le chalazion, la dacryocystite, la conjonctivite -aiguë, la kératite phlycténulaire ou ulcéreuse, l’hypopion, l amygdalite simple et chronique, l’angine pultacée Ou phlegmoneuse, la furonculose, l’anthrax et ses complications, telles que la phlébite déjà veine ophtalmique et du sinus caveimeux, la bronchite et la broncorrhée, la pneumonie franche ou grippale, l'ostéomyélite, l’appen-

dicite, l’entérite, la salpingite, la leucoirrhée, la blennorrhagie chronique, et, en général, la plupart des cas de lymphangite, d’abcès chauds, de phlegmons et d’écoule- : ments purulents, où le staphylocoque doré se trouve presque toujours, sinon comme agent pathogène unique, au moins comme association microbienne.

Le Sérum antistaphylococcique a les mêmes indications que la Staphylase, mais son action est plus énergique dans les cas très graves : j’ai vu trois fois céder en quelques heures, après une injection de Sérum antistaphylococcique, une phlébite de la veine ophtalmique et du sinus caverneux consécutive à un anthrax de la face.

L’action du Sérum antistaphylococcique, bien que ce soit un sérum végétal et sans la moindre analogie d’origine avec les sérums d’animaux immunisés contre un microbe déterminé, est identique à l’action de ces derniers.

Le Sérum végétal antistaphylococcique agit contre les infections à staphylocoques de la même manière que le Sérum antidiphtérique agit contre l’infection par le bacille de Lœffler ; il neutralise les effets généraux de la toxine staphylococcique et immunise en même temps les cellules du foyer inflammatoire contre l’action directe du staphylocoque doré.

Les ganglions enflammés cessent d’être douloureux et diminuent de volume, les bourbillons se liquéfient et s’éliminent par une petite ouverture et la cicatrisation se fait en quelques jours. L’action thérapeutique du Sérum antistaphylococcique est donc plus remarquable encore que l’action du Sérum antidiphtérique, puisque les lésions matérielles, dans bien des cas d’infection par le staphylocoque doré, sont plus profondes que les lésions de la diphtérie.

Il y a donc là un fait original et nouveau en thérapeutique, qu’un liquide albuminoïde, extrait d’un ferment végétal, puisse agir sur diverses affections microbiennes n’ayant avec lui aucun rapport de parenté ni d’origine,, d’une manière identique au mode d’action du sérum antidiphtérique dans la diphtérie.

J’insisterai donc sur cette particularité déjà signalée plus haut, que ce sérum végétal peut avoir sur l’organisme, dans des cas bien déterminés, une action thérapeutique plus rapide et plus constante que les sérums d’origine animale les mieux connus et les plus actifs.

Le Sérum antistaphylococcique, en effet, s’injecte à la dose de 1 à 2 centimètres cubes- chez l’enfant, de 4 à 5 centimètres cubes chez l’adulte, tandis que les sérums d’origine animale doivent souvent être employés à des doses beaucoup plus considérables. Leur action est également moins sûre et moins constante.

Un dernier point mérite de nous arrêter : beaucoup de collègues sont frappés par la multiplicité des affections où la Staphylase et le Sérum antistaphylococcique exercent une action thérapeutique indéniable, et nous lont observer que beaucoup des affections citées dans ce mémoire ne sont pas sous la dépendance habituelle du staphylocoque doré.

Or, les observations les plus minutieuses, faites avec un contrôle bactériologique rigoureux, ont démontré que le Sérum antistaphylococcique est également très actif dans les cas d’infection à pneumocoque et qu’il peurtexercer une action favorable dans certains cas d infection à streptocoque et même d’érysipèle franc.

Il n’y a là rien de contradictoire, le processus inflammatoire étant sensiblement identique dans ces différentes infections.

Les lignes qui précèdent démontrent dès aujourd hui .

1° Que la Staphylase et le Sérum antistaphylococcique sont au nombre des produits les plus utiles en thérapeutique.

2° Qu’il est possible de découvrir, en dehors des méthodes de préparation des sérums thérapeutiques d’ origine animale, des sérums d'origine végétale doués d une valeur thérapeutique au moins égale, sinon supérieure, à celle des premiers.

D r DOYEN.

JVIODE D’EIVIPüOI

du

Sérum Antistaphylococcique et de la Staphylase

Sérum antistaphylococcique.— Il suffît, dans les cas aigus, d’injecter 5 centimètres cubes chez l’adulte. La piqûre doit être faite profondément, dans les muscles de la fesse, avec toutes les précautions antiseptiques d’usage, et en s’assurant que l’aiguille n’est pas dans un vaisseau sanguin.

La douleur et la réaction fébrile assez vive qui se produit parfois ne persistent pas, en général, au delà de deux heures.

Dans les cas graves d’infection staphylococcique, il peut être nécessaire de répéter plusieurs jours de suite l’injection à la même dose.

Dans la furonculose chronique, il suffit de faire une ou deux injections par semaine, pendant deux ou trois semaines.

L’injection sous-cutanée du sérum antistaphylococcique, qui est un sérum végétal, n’expose à aucun des accidents qui ont fait renoncer beaucoup de médecins à 1 emploi des sérums d’animaux immunisés , ces derniers pouvant varier considérablement, d’un lot à un autre, comme pouvoir anti toxique.

Dans tous les cas où on a fait usage du sérum antistaphylococcique, on devra ordonner de la Staphylase pour accentuer et prolonger l’action du sérum.

Staphylase. — L’administration de la Staphylase liquide, qui se prend par la voie buccale, suffit dans les cas d’infection légère, et remplace, dans les cas graves, l’injection sous-cutanée, pourvu que la dose soit suffisante et que le traitement soit continué, s’il y a lieu, pendant plusieurs semaines . Il suffit, dans les cas aigus, de prendre

1 cuillerée à soupe toutes les deux heures pour un adulte, et 1 cuillerée à café pour un enfant ; il est souvent utile de prendre au début une dose massive : 5 à 6 cuillerées à soupe pour un adulte, et 5 à 6 cuillerées à café pour un enfant.

L’observation la plus facile à faire est la guérison d’un coryza, aigu intense, avec larmoiement, rougeur des conjonctives, sécrétion nasale abondante et douleur vive dans les sinus frontaux et maxillaires II est rare que, moins d’une heure après l’ingestion de 5 à 6 cuillerées de Staphylase, les symptômes si pénibles de cette affection, jusqu’ici rebelle à toute thérapeutique, n’aient pas. complètement disparu.

L’influenza, la grippe, l’angine pultacée ou phlegmoneuse cèdent le plus souvent en quelques heures.

La Staphylase liquide est un emploi journalier pour tous les médecins qui en ont constaté les effets thérapeutiques.

Mode d’action de la médication antistaptiylococcique.

Dans Yinfection staphylococcique la nouvelle médication agit doublement, en neutralisant dans tout l’organisme l’effet des toxines de ce microbe, et en rendant les tissus et les humeurs réfractaires à son développement et à son action pathogène locale.

La Staphy lase liquide et le Sérum antistaphy lococçïque, immédiatement absorbés, agissent en un temps remarquablement court, souvent en moins de deux heures.

Ces produits sont inaltérables à la seule condition de ne pas être soumis à une température supérieure à 45°.

Sécurité absolue, régularité et rapidité d’action, telles sont les caractéristiques de la nouvelle thérapeutique de Vinfection staphylococcique .

, P a sta phylase et le Sérum antistaphylococcique ont été expérimentés avec un succès constant en Russie, no-

tamment à Moscou, à Berlin, à la polyclinique du Professeur von Bergmann, à Madrid, à Liège et dans les hôpitaux de Paris, par les D" Labadie-Lagrave, Moutard-Martin et particulièrement par le D r Toupet, auxquels nous devons un grand nombre d’observations intéressantes, et plus récemment par un grand nombre de médecins de la République Argentine et du Brésil.

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