‹ Le traitement des infections staphylococciques. Le protéolChapitre 5 sur 6 · SECTION IV · texte numérisé non relu

SECTION IV

Combinaison de la caséine et de l’aldéhyde formique.

Son action bactéricide .

Beaucoup de chirurgiens ont abandonné les poudres antiseptiques parce qu’elles n’avaient aucune action microbicide réelle et se montraient souvent irritantes. Seul peut-être Tiocloforme a conservé des défenseurs, en dépit de son odeur désagréable, qui s’ajoute, sans y remédier, à l’odeur fétide de certaines plaies.

L’iodoforme a été longtemps considéré comme un antiseptique parfait et il a fallu des expériences répétées et indiscutables pour démontrer que ce corps était suffisamment insoluble dans les bouillons de culture pour ne s’opposer aucunement au développement des bactéries.

Absence d’action microbicide, odeur désagréable et persistante, voici plus de défauts qu’il n’aurait dû falloir pour faire rejeter par tous les médecins ce produit jadis tellement en faveur.

Action bactéricide du Protéol. — Lorsque après avoir expérimenté de nombreux succédanés de l’iodoforme, pour la plupart aussi peu microbicides tout en se montrant moins odorants, j’ai découvert un procédé chimique capable de fixer l’aldéhyde formique sur la caséine dans des proportions inusitées, j’ai constaté immédiatement que le nouveau produit possédait, sans être irritant et sans avoir aucune odeur appréciable, un pouvoir microbicide considérable.

L’épreuve du pouvoir bactéricide du Protéol est facile à faire. Les deux poudres antiseptiques les plus employées en clinique sont le Salol et l’Iodoforme.

Prenez trois tubes à essai de 15 centimètres de hauteur environ, versez dans chacun d’eux, jusqu’au tiers de leur hauteur, du bouillon de culture neutre ou légèrement alcalin, et ajoutez à volume égal, soit un centimètre cube environ 5 du Protéol dans le premier, de l’iodoforme dans le deuxième, du salol dans le troisième ; agitez et laissez déposer. Vous ensemencerez ensuite chacun des trois tubes avec une même quantité de culture mixte contenant les bactéries les plus virulentes et les plus résistantes : streptocoques et staphylocoques, bacterium eoli, bacilles saprophytes, bacillus subtilis, etc.,ou simplement avec une petite quantité de liquide fécal : les tubes 2 et 3, qui contiennent l’iodoforme et le salol, donneront une culture abondante au bout de douze à vingt-quatre heures ; seul, le tube N° 1, qui contient le Protéol, restera stérile.

Or le tube 2, qui contient l’iodoforme, renferme un poids de ce produit près de quatre fois supérieur au poids du Protéol contenu dans le tube N° 1, le Protéol étant d’une densité trois fois et demie à quatre fois moindre que celle de l’iodoforme.

Cette expérience, qui estàlaportée de tous, est concluante.

Dosage de la Formaldéhyde régénérable du Protéol. — Au point de vue chimique, le Protéol e stune nouvelle combinaison de la caséine et de l'aldéhyde formique, qui présente les particularités suivantes :

Le Protéol renferme à l’état de combinaison chimique une quantité de formaldéhyde régénérable de 2,6 “A tandis que les combinaisons antérieurement connues de caséine et d’aldéhyde formique n’en contenaient qu’une moyenne de 0,81 %-

Il en est de même de la teneur en azote* le Protéol contient i4,4% d’azote dosable par la méthode de Kjédahl,

tandis que les autres caséines formiques analysées n’en contiennent que 5,8 °/«.

Ces particularités tiennent au procédé de préparation du Protéol , où la combinaison de la caséine et de l’aldéhyde formique se fait à froid et selon leurs affinités chimiques, tandis que, dans les produits obtenus parles méthodes de Schering et de Classen, on fait agir la formaldéhyde sur la caséine dans un autoclave, à la température de 100°, pendant 4 à 5 heures pour le premier, et, pour le second, à 130° pendant 24 heures.

Or, à ces températures élevées, la formaldéhyde se polymérise presque entièrement en présence des sels minéraux contenus dans la caséine et devient inactive ; d’autre part, la caséine est elle-même décomposée.

Le Protéol se distingue donc très nettement des caséines formiques antérieurement préparées par les particularités suivantes :

1° — Le Protéol est le résultat de l’action directe de la formaldéhyde sur la caséine naturelle, et la soude n’a aucune action de décomposition sur cette, caséine déjà formolée.

2° — Le Protéol contient une proportion de formaldéhyde régénérable de 2,6 °/ 0 , c’est-à-dire plus de trois fois supérieure à la proportion contenue dans d’autres caséines formiques (.0,81 %}.

8° — Les propriétés physiques et bactéricides du Protéol classent ce produit au premier rang de toutes les poudres antiseptiques insolubles déjà connues.

En effet, un des grands inconvénients de l’emploi dans la chirurgie des combinaisons de l’aldéhyde formique soit avec la gélatine, soit avec l’albumine de l’œuf ou la caséine, est le gonflement de ces substances en présence de la sérosité des plaies, où elles adhèrent comme un empois d’amidon à demi desséché.

Le Pro¬téol ne contient pas de formaldéhyde à l’état libre; il demeure pulvérulent au contact des liquides des

plaies et jouit d’un pouvoir micrôbicide réel comme il a été démontré ci-dessus.

Le Protéol ne conserve toutefois son pouvoir antiseptique qu’à la condition d’être conservé à l’abri de l’humidité et à une température inférieure à 60° centigrades.

Cette poudre est donc, parmi les poudres dites antiseptiques, la seule qui jouisse d’un pouvoir micrôbicide réel et indiscutable.

Usages du Protéol- — Le Protéol a des usages multiples :

1° — Lavage des mains. — Le Protéol nous sert en premier lieu au lavage des mains. Si on n’a pas à sa disposition une Crème de Savon au Protéol , il suffit, après s’être bien savonné les deux mains, de. les saupoudrer de Protéol. Cette poudre, mêlée à la mousse de savon, nettoie et aseptise l’épiderme sans le blesser.

On sait combien les savons mêlés de sable sont précieux pour décaper l’épiderme maculé d’un enduit gras et noirâtre par exemple. La crème de savon au Protéol agit à peu près aussi rapidement, mais avec cette supériorité considérable sur les savons à la poudre de grès, qu’elle purifie et aseptise en même temps l’épiderme sans le blesser, tandis que le savon au sable agit en usant l’épiderme à la manière de la pierre ponce.

2° — Désodorisation de la peau. — L’usage du Protéôl en poudre et de là crème de savon au Protéol est également un des seuls moyens pratiques de désodorisèr les mains, quand on n’a pu éviter, par exemple, le contact de liquides fétides, dont l’odeur désagréable est d’habitude si tenace et résiste à de nombreux lavages à l’eau pure et même au savon siliceux.

3° — Désinfection du champ opératoire. — Le Protéol présente les mêmes avantages pour la désinfection du champ opératoire. La région est savonnée au savon gras dissous dans une solution d’aldéhyde formique à 1 °/ 0 et saupoudrée, alors qu’elle est couverte de mousse de savon,

avec du Protéol en poudre. On peut aussi faire un premier lavage avec le savon noir formolé, puis un second avec la brosse et la crème de savon au Protéol. On lave ensuite au sublimé à 1 %, à l’eau phéniquée et boratée à 2 %, ou bien à l’eau stérilisée, et le champ opératoire est prêt pour l’incision.

4° — Pansement de la ligne de réunion. — L’opération terminée, que la suture ait été faite avec les agrafes, ou bien, dans les régions où les agrafes ne peuvent pas être employées, à la soie, au crin de Florence ou au catgut, la ligne de réunion est recouverte de poudre de Protéol, puis d’une compresse stérilisée longuette, que l’on fixe avec une pièce de sparadrap Vigier à l’oxyde de zinc. S’il doit y avoir un certain écoulement de liquide parles drains, on dispose au niveau de chacun d’eux une bandelette de gaze stérilisée, qui conduira la sérosité hors des limites de l’emplâtre adhésif.

5° — Tamponnement des plaies. — Une* des constatations les plus intéressantes que j’ai faites lorsque j’étudiais l’action de divers topiques sur les foyers tuberculeux traités par le curettage, c’est que la gaze iodoformée n’avait pas une action différente de la simple gaze aseptique. La gaze iodoformée est même, le plus souvent, souillée de microbes, et si l’odeur pénétrante de ce corps n’avait pas illusionné la plupart des médecins sur son prétendu pouvoir bactéricide, il y a longtemps qu’il serait abandonné définitivement. Ce qui agit, c’est le contact de la gaze aseptique avec la plaie, la gaze pénétrant dans toutes les anfractuosités et prévenant la • stagnation des liquides organiques où se développeraient des bactéries septiques. La gaze stérilisée est donc le meilleur agent pour le tamponnement des plaies aseptiques. S’agit-il d’une plaie infectée, il suffit de préparer une gaze antiseptique en saupoudrant largement de la gaze stérilisée avec de la poudre de Protéol et l’on sera certain d’obtenir les résultats les plus satisfaisants.

Certains sujets présentent à l’égard du Protéol une susceptibilité particulière et accusent au contact de cet antiseptique une eiiissou assez vive. Cette contre-indication est exceptionnelle.

6° — Traitement des plaies ulcéreuses. — Le Protéol est encore le meilleur topique pour le pansement des grands ulcères de jambe, si difficiles à cicatriser. Le malade doit conserver pendant tout le temps nécessaire le décubitus dorsal. L’uleère est largement recouvert de Protéol, puis d’un emplâtre adhésif Vigier à-l’oxyde de zinc. On peut aussi, s’il y a indication, employer par-dessus le Protéol un pansement humide chaud, ou bien des cataplasmes d’amidon renouvelés matin et soir.

Nous avons vu se cicatriser en quelques semaines, sous l’action du Protéol, sans curettage et sans greffes, d’énormes ulcères variqueux rebelles depuis de longues années à tous les traitements.

Avantages du Protéol:

Le Protéol présente donc, sur toutes les autres poudres antiseptiques connues, la double supériorité de n’avoir pas d’odeur et de jouir d’un pouvoir antiseptique indiscutable. Cette poudre est la seule poudre antiseptique qui soit employée à ma clinique depuis plusieurs années. Les résultats obtenus sont d’une constance et d’une régularité parfaites.

D r DOYEN

Observation n° 61. — Impétigo de la lace.

Actiondela.Sta.-phyla.se.

Observation n° 62. — Plaie par arme à feu.

Action du Protèol.

Rovigo (Alger), 21 mars 1905.

Monsieur,

Je vous rem.ercie de votre gracieux envoi de janvier dernier.

J’ai expérimenté la Staphylase et le Protéol.

J’ai donné la Staphylase à un malade atteint d’impétigo de la face. L’amélioration a été rapide.

J’ai employé le Protéol pour soigner une plaie par arme à feu ayant enlevé toute la face dorsale d’une main et fait une profonde blessure au cou. Ces plaies salies par la poudre et la bourre, négligées pendant plusieurs jours — il s’agit d’un indigène atteint à bout portant—étaient en très mauvais état. Après nettoyage, extraction des plombs, lavage à l’eau bouillie, pansement sec au Protéol.

Après trois pansements, les plaies étaient roses et bourgeonnaient admirablement.

Pour essayer d’améliorer une malade souffrant de furonculose depuis de longues années, je vous prie de m’envoyer deux flacons de Staphylase.

J’ai proposé le sérum, mais, par appréhension sans doute, on veut commencer par la voie buccale.

Le sérum ne sera accepté que si l’amélioration est trop lente.

Joignez à cet envoi deux flacons de Protéol.

Expédiez contre remboursement en gare de Rovigo (Alger).

Civilités empressées.

Dr BÜRLAT.

Observation n° 63.— Traitement des Plaies torpides par le Protéol.

Dompierre, 7 janvier 1905.

Monsieur,

Veuillez avoir l’obligeance de m’adresser quatre flacons de Staphylase Doyen et deux flacons de Protéol.

C’est là première fois que je me sers du Protéol en chirurgie.

J’estimais jusqu’ici qu’aucune poudre antiseptique ne remplaçait avec avantage L’iodoforme malgré ses inconvénients.

J’estime aujourd’hui que le Protéol lui est infiniment supérieur. J’ai eu un résultat extraordinaire sur des plaies torpides, ulcérées, de la jambe et, malgré le prix élevé de cette substance, je compte bien y avoir recours désormais.

Je vous serais obligé de me faire le prix de pharmacien pour la commande que j’ai l’honneur de vous adresser, car j’exerce ici la pharmacie.

Veuillez agréer, Monsieur, mes salutations les plus distinguées.

D r DICQUEMARE.

Dompierre (Haute-Vienne).

Observation n° 64. — Ulcère variqueux de la jambe.

Guérison par le Protéol.

Champaghole (Jura), 24 février 1906.

Monsieur,

Je dois d’abord vous remercier des échantillons que vous avez bien voulu m’envoyer et dont je suis très content.

Le Vin de Bugeaud a beaucoup de succès par son goût exquis et ses propriétés éminemment fortifiantes. Mais le.produit auquel je dois les plus beaux résultats est votre Protéol.

J’ai soigné bien des plaies avec ses échantillons de Protéol et les effets les plus heureux ont été obtenus, particulièrement sur un vieil ulcère variqueux de la jambe chez une dame de 70 ans.Depuis plusieürs années cétte malade en souffrait beaucoup, ne pouvant quitter son fauteuil, et après deux mois de soins au Protéol et à l’Hamamélis elle va et vient maintenant et ne sent plus de douleur. La plaie est complètement fermée.

J’ai encore une autre malade atteinte d’ulcère variqueux à laquelle je vais prescrire le même traitement. Je vous prie de bien vouloir m’envoyer deux boîtes de Protéol pour elle et pour d’autres. Espérant que vous me ferez une réduction sur le prix de 4 fr. marqué, je ne joins pas demandât à ma lettre; mais vous voudrez bien m’envoyer en même temps la facture que je réglerai immédiatement par mandat-carte.

D r M. CANTENOT.

Observation N e 65. — Traitement d’une plaie rebelle par le Protéol.

Nantes, le 26 Novembre 1904.

J’ai expérimenté le Protéol du D r Doyen dans un cas de plaie réfractaire jusque-là à tout autre traitement, et j’en ai obtenu des effets merveilleux. N’eût-il, à effet égal, que le mérite de ne pas avoir d’odeur, ce serait déjà un avantage énorme sur l’iodoforme ; mais il a surtout une sûreté, et une rapidité d’action très supérieures. D r LACAMBRE.

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