‹ Le traitement des kystes du mésentèreChapitre 26 sur 44 · EM ADI · texte numérisé non relu

EM ADI

Mais la gravité de telles interventions firent considérer pendant longtemps cette méthode comme une « méthode de nécessité ». C’est ainsi qu’en 1913 CHa- VANNAZ et GUYOT écrivaient dans le traité de chirurgie de LE DENTU et DELBET : « L’extirpation du kyste avec résection d’une portion de l'intestin correspondant constitue une opération grave, dont les indications seront fournies par les adhérences intimes de la tumeur à l'intestin, par la multiplicité des kystes, et aussi par la nécessité dans laquelle se trouve parfois l’opérateur de sacrifier, volontairement ou non, un des gros vaisseaux mésentériques. L’enterectomie est, dans ces cas, de nécessité, mais elle aggrave notablement le pronostic de l’intervention ».

Cependant, en 1917, dans sa thèse sur « les kystes du mésentère déterminant l’occlusion intestinale », Dorra, élève de ViLLar, tout en reconnaissant Ja gravité de telles interventions, estime que ce sont elles qui donnent les meilleurs résultats dans les kystes du mésentère « s’accompagnant de sténose et d’adhérences ». « La seule opération qui ait été fréquemment pratiquée et qui ait donné des résultats, c’est l’extirpation de la tumeur en masse, avec résection intestinale et entéroanastomose. La gravité de ce procédé est très grande par le fait de la résection intestinale et de l’anastomose, il constitue néanmoins

PORTE | ASE

l'opération de choix. Aussi les chirurgiens modernes, habitués à la technique des opérations intestinales, n’ont-ils pas hésité à lui donner la préférence. La présence du kyste n’allonge pas, par elle-même, de beaucoup la durée de l'intervention et l’on ne perd pas ici un temps précieux à essayer une décortication souvent pénible et dangereuse ».

Malgré tout, jusqu’à ces toutes dernières années, il semble que les chirurgiens se soient montrés très peu partisans de cette méthode, dont la mortalité restait très élevée (60 % d’après FLyNN, 1930). C’est ainsi que LEMONIET, au sujet d’un kyste du mésentère publié à la Société de chirurgie en 1924, écrivait : « Lorsque l’opération ne présente aucune dificulté, 1l est évident que cette méthode (l’énucléation) lorsqu’elle est applicable, est bien préférable à l’ancien procédé de la marsupialisation et à l’extirpation avec résection de l’anse intestinale adhérente qui comporte des risques plus sérieux ». De même LECENE, dans son traité de thérapeutique chirurgicale, écrivait en 1926 : « Je préférerais terminer de cette façon un peu archaïque (la marsupialisation) une extirpartion difficile de kyste du mésentère, plutôt que de vouloir quand même enlever la totalité du kyste au risque de blesser les gros vaisseaux mésentériques ou d’être âmené à faire une résection intestinale étendue ».

Fees à DS

Mais depuis ces cinq dernières années, comme le montrent les observations publiées tant en France qu’à l'étranger ainsi que les communications faites à la Société de chirurgie par REINHOLD (rapport de PicoT, avril 1932), LÉONTÉ (rapport de PROUST, juin 1932) et MicraniTcH, octobre 1933, la résection en bloc du kyste et de l’anse intestinale adjacente a été de plus en plus employée.

En 1930, FHYNN, tout en reconnaissant que « l’énucléation est la meilleure méthode quand elle est possible », estime que « la résection est la méthode indiquée dans le plus grand nombre de cas, en particulier lorsque la tumeur est si volumineuse ou si adhérente que la circulation de l'intestin serait lésée par tout essai d’enlever la tumeur par une autre méthode », ef, en 1933, MILIANITCH considère cette résection comme « la méthode de choix toutes les fois que l’état générai du malade n’est pas trop atteint ou que l’exécution de l’énucléation du kyste ne se présente, ce qui doit être bien exceptionnel, comme devant être aisée ».

La statistique la plus récente que nous avons retrouvée, celle de WARFIELD (1932) et qui porte sur vingt-deux cas publiés depuis 1920, ne donne d’ailleurs plus à cette intervention qu’une mortalité de 27,3 %, mais, d’après cette même statistique, la résection n'aurait été utilisée, toujours depuis 1920, que vingt-

Pa Le MES

deux fois sur cent vingt-six opérations de kystes du mésentère, c’est-à-dire seulement dans 18 % des cas.

La technique de cette intervention ne présente aucune particularité importante, signalons simplement la nécessité sur laquelle Prousr et MoNop ont insisté, dès 1912, de bien veiller « à ce que la longueur de la portion intestinale réséquée ‘soit sensiblement plus étendue que le grand diamètre de la tumeur, de manière que les deux extrémités anastomosées de l'intestin soient bien nourries ». Cette nécessité oblige « à réséquer une portion d’intestin qui peut atteindre une longueur égale à la circonférence du kyste ». Quant au genre d’anastomose utilisé, il varie avec les chirurgiens qui, pour abréger la durée de l’intervention, se contentent parfois d’une anastomose au bouton.

Toupet, rapporteur d’un cas de kyste du mésentère de Cabouat (Nîmes), a insisté tout dernièrement, à l’Académie de Chirurgie (séance du 18 Mars 1936), sur la nécessité d'employer plus souvent, pour les anastomoses, les sutures à points séparés qui permettent d’obtenir des anastomoses élastiques, même sur les intestins de calibre très réduit, et même en réunissant des segments intestinaux de calibre très différent. Le seul inconvénient est la longueur de la technique, que l’habitude réduit d’ailleurs.

12e HUE

Un seul reproche peut être fait à cette méthode, c'est sa gravité. Nous avons vu que c’est elle qui présente la mortalité la plus élevée : 60 %, d’après FHYNN, 1930 ; 27 %, d’après WARFIELD, 1932. Mais elle présente cette supériorité incontestable d’être toujours radicale, d'éviter les occlusions post-opératoires et de raccourcir le tenfps de guérison.

Cependant on comprend facilement que le plus grand nombre de chirurgiens, malgré les assez nombreuses observations de guérison publiées ces années dernières, hésitent encore souvent à la pratiquer.

Page 1