‹ Le traitement des maladies du cœur et de l'aorte en clientèleChapitre 11 sur 58 · I. — Le régime alimentaire · texte numérisé non relu

I. — Le régime alimentaire

Hackenzie * dit que le régime alimentaire des cardiaques n*a point atteint le degré de précision conve-

1. HncHARD et Ch. Fibsbinobr. La thérapeutique en vingt médicamenU. Ch. Pibssinosr. Vingt régimeê alimentaires. A. Maloine et fils, éditeurs.

2. Mackbnzii. Les maladies de cceur, trad. française» 1911. AlcaD, édit.

nable. Cela prouve que l'auteur anglais néglige quelque peu de se tenir au courant.

Nous mangeons trop, nous buvons trop ; c'est là une vérité d'ordre général, mais applicable surtout aux cardiopathies avec dilatation du cœur. La quantité de 3.000 à 3.500 calories nécessaires pour alimenter un homme bien portant est souvent dépassée ; de môme la quantité de boissons indispensable. Un homme bien portant boit d'ordinaire 1.200 à 1.500 grammes de liquide dans les vingt-quatre heures, y compris son café au lait du matin et son potage du soir. Seulement ce chiffre de 1.200 à 1 .500 grammes de liquide ne constitue une limite que pour les hommes sobres. Les autres, les buveurs de bière surtout, consomment des quantités autrement imposantes de liquide : 3, 4, 5 litres et audessus. C'est un excès évident.

Le foie se fatigue chez les gros mangeurs, le cœur se fatigue chez les gros buveurs, et quand ces buveurs absorbent de l'alcool, ce sont à la fois le cœur et le foie qui sont touchés. Un autre organe, de son côté, ne supporte pas sans dommage les grandes quantités d'aliments ou de boissons : c'est le rein. Le rein est irrité par l'élimination des déchets nutritifs et des toxines alimentaires (irritation par qualité); d'autre part, il peut être irrité par le passage surabondant des liquides, ces derniers fussent-ils dépourvus de toute action irritante (irritation par quantité). Le rein est un filtre ; ce filtre a besoin de repos. L'absorption d'une quantité surabondante de liquide, entrave ce repos; d'où une irritation possible consécutive à la fatigue de l'organe, irritation d'autant plus manifeste que lorgane est déjà préalablement malade.

Il en résulte que le médecin, dans le traitement des cardiopathies, doit toujours avoir l'œil ouvert sur trois organes : le cœur, le foie, le rein. Tant que le cœur ne fléchit pas, cette vue sur le fonctionnement des trois organes n*a pas besoin d'être si attentive. Le muscle cardiaque se contracte comme il convient. Nuls désordres de ce côté, nuls troubles du côté du foie ou des reins. Le malade use de la nourriture de chacun. A la période d'asystolie par cardiectasie, il n'en est plus de même. Le cœur défaille, le foie s'engorge, les reins se congestionnent. Avec les seules ressources de Thygiëne alimentaire, il est possible de tonifier le cœur, de réduire le volume du foie, de congestionner les reins.

Un moyen très simple est à notre disposition pour tonifier le cœur : la réduction des boissons. C'est la diététique et primordiale. Elle a pour effet de ramener la diurèse, de dissiper les œdèmes, de rendre de l'énergie aux battements cardiaques, de décongestionner le rein. Nous savons qu'une quantité de boissons atteignant 1 litre et demi est largement suffisante : dans les néphrites aiguës et les néphrites chroniques^ ce chiffre de 1 litre et demi de liquide par jour assure une élimination urinaire suffisante en même temps qu'il laisse reposer Porgane. Un rein se fatigue moins à éliminer 1 litre et demi de liquide que 3 à 4 litres. Ce liquide sera composé le premier jour d'eau pure, les trois à cinq jours suivants de lait tiède et non bouilli (pour ne pas détruire les ferments du lait) mêlé d'eau dans les proportions de 2/3, puis de moitié, puis de 1/3 d'eau, puis de lait pur à prendre par verres à bordeaux toutes les heures de manière à ne pas faire pénétrer du coup une trop grande quantité d'eau dans l'appareil circulatoire.

Dans les cas graves, le chiffre des boissons peut même être abaissé à 800 grammes (mélange de lait et d*eau) jusqu'à apparition de la diurèse libératrice (Karell).

Après la cure de réduction de liquides, il importe pendant quelque temps de peu donner d'aliments; sinon leur abondance pourra valoir un retour immédiat des accidents. En général, on aura droit vers le huitième jour, de permettre le lait pur ; vers le douzième ,1 jour, 1 litre et demi de lait, S potages au lait, ration

d'entretien suffisante.

Ou encore commencer le système des petits repas : de 8 heures du matin à 8 heures du soir, toutes les deux heures, un repas composé d'un plat : à 8 heures du matin, à 4 heures du soir, 150 à 200 grammes de cacao au lait, 20 grammes de pain. A 10 heures du matin, à 2 heures après midi : S à 8 cuillerées de pâtes ou de purées de pommes de terre (au beurre) ; un verre à bordeaux d'eau, à midi, un à deux œufs à la coque, 30 grammes de pain. Un verre à bordeaux d'eau, à 6 heures un potage maigre aux légumes. A 8 heures, un verre de lait (250 gr.). Ne pas saler tant qu'il y a des œdèmes; autoriser ensuite de légères quantités de sel (3 à 6 gr.). Voici, par exemple, un homme de 38 ans ; il désenfle après sa cure de réduction des liquides ; atteint d'une insuffisance mitrale et aortique, avec forte dilatation cardiaque, il voit son cœur revenir sur lui-même et le foie, animé de battements hépa^ tiques, se dégorge. On permet le retour à l'alimentar tion solide déchlorurée : à savoir 1 litre de lait, à midi pain sans sel, pommes de terre sans sel, riz, compotes de fruits, beurre frais. Ce repas de midi est trop abon-

dan t. Le malade, affamé, mange beaucoup; dans le jour^ il consomme SOO grammes de pain sans sel. Dès le quatrième jour de ce régime, le foie grossit de nouveau, déborde le rebord costal de quatre travers de doigt, les battements hépatiques reparaissent.

Nouveau retour à l'alimentation réduite : le premier jour, 1 litre et demi de lait par verre k bordeaux ; les jours suivants, de trois heures en trois heures, une bouillie au lait (S50 gr.) et deux œufs par jour.

Le réglage de Talimentation par cette série de petits repas est suivi d'une amélioration immédiate. Le foie se rétracte et l'amélioration primitive est regagnée.

On ne saurait trop insister sur cette alimentation du cardiaque. Même dans des conditions où il semble qu*elle ne doive jouer aucun rôle, on obtient des résultats remarquables par la diminution des quantités d'aliments. C'est ainsi que nous avons soigné un Américain atteint d'angine de poitrine. Avec son angine de poitrine, il fait le tour du monde, passe trois mois en Chine, trois mois dans les Indes. Dans ces pays exotiques, il ne trouve pas l'alimentation que nous lui avions ordonnée, réduitde ce fait sa quantité d'aliments. Déjà maigre, il maigrit encore de 10 livres, se sent bien mieux, revient en France, pouvant marcher à pied et assez vite sans ressentir le retour de ces crises angineuses. La guérison des crises angineuses par l'amaigrissement du si:uet s'observe fréquemment comme nous le verrons plus loin.

A \e^ période asystoliqtte des cardiopathies, cette organisation du régime alimentaire apparaît comme un facteur de premier ordre. Les repas trop abondants dilatent

Testomac, refoulent le diaphragme, nécessitent un travail musculaire considérable du tube digestif, fatiguent le cœur déjà épuisé du fait de la cardiectasie, risquent d'irriter le foie déjà congestionné du fait de la dilatation cardiaque. La viande nous semble nécessiter un travail digestif souvent plus considérable que les purées de légumes; peut-ôtre amène-t-elle une irrigation plus active des parois de Testomac : d'où fatigue plus grande pour le cœur; peut-être aussi le foie congestionné supporte-t-il plus mal la viande. Le régime lacté exclusif, par la quantité excessive de boissons qu'il nécessite, risque de fatiguer le cœur. Il faut donc manger peu à la fois et, tout en buvant peu, manger souvent.

Il convient de fournir sous un petit volume une ration alimentaire suffisante. M. Bardet pense avec raison que le chiffre des calories indiqué par les classiques pour alimenter un homme bien portant est exagéré.

On parle de 3.000 à 3.500 calories. La ration est trop élevée. Pour un homme pesant 60 kilogrammes et atteignant 70 centimètres, 1.800 calories suffisent. Calculés sur des hommes bien portants, ces chiifres nous semblent d'autant plus applicables à des cardiaques à la période d'asystolie et qui, du fait de leur asystolie, sont condamnés à un repos relatif. N'ajoutons pas d'ailleurs une trop grande importance à cette manière trop exclusivement mécanique de compter la valeur d'un aliment. Il faut encore réserver une place à l'action excitante de Taliment sur la muqueuse stomacale et à sa richesse en substances ferments, ces dernières nécessaires à l'assimilation et à Tutilisation des éléments chimiques fournis par l'alimentation.

On sait que la suppression de ces ferments de l'ali-

meataiion est susceptible de produire des maladies spéciales (scorbut, béribéri, maladie de Barlow) que Ton a appelées maladies par carence, c'est-à-dire par manque de cette substance ferment ^.

Le système des petits repas remplit à peu près les conditions requises et suffit à Talimentation. Quand le malade ira un peu mieux, on augmentera légèrement sa ration de chaque plat ; de plus on pourra lui autoriser 100 grammes de Tin de Bordeaux à midi et le soir. Mais la quantité générale de boissons, y compris le chocolat et les potages n'excédera jamais douxe à quinze cents grammes.

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