VII. — La tachycardie paroxystique
La tachycardie paroxystique dont nous avons déjà parlé à diverses reprises avec ses battements qui atteignent en moyenne un chiffre de 160 à 300 par minute^ est liée à l'excitabilité anormale d'une région toute spéciale du cœur. Celle-ci siège en général à l'entrée du ventricule, le long du faisceau de His (nœud de Tawara). En pareil cas, le mécanisme de la contraction cardiaque est fortement troublé. A l'état normal, l'excitation cardiaque part de l'oreillette et se transmet au bout de 15 centièmes de seconde au ventricule. Ici l'excitation, tout juste parce qu'elle naît dans la région médiane du cœur, se propage à la fois et en même temps en haut vers l'oreillette et en bas vers le ventricule. L'intervalle de 15 centièmes de seconde n'existe plus. Les deux contractions sont simultanées. La contraction auriculaire chasse le sang dans un
1. L'origine thyroïdienne de la maladie qui a été jadis admise ne saurait tenir devant ce fait : la tachycardie basedowienne ne dépasse jamais 120 à 140 battements, elle ne monte pas aux 160 et 200 battements de la tachycardie paroxystique.
Teotricule qui est lui-même contracté. Une fatigue rapide de Torgane s'en suit : tachycardie, distension de l'oreillette qui ne peut plus se vider, asystolie.
L'excitabilité anormale du faiséeau de His tient à deux causes : i* tantôt une cause organique, myocardite» péricardite, symphyse cardiaque, affection valvulaire du cœur ou de l'aorte, début du pouls lent permanent ; ce dernier en effet étant lié à une lésion destructire du faisceau de His, on comprend que l'excitation de ce faisceau qui précède sa destruction puisse aboutir à des crises préalables de tachycardie ; 3* une cause nerveuse : excitation toxique, infectieuse, parfois cause indéterminée.
Les crises sont passagères, quelques heures, ou permanentes, quelques jours à quelques semaines. Le traitement s'inspirera de ces différentes données. 1* Il faut dépister, si possible, Vaffection causale. Puisque la tachycardie paroxystique peut précéder le pouls lent permanent, on se rappellera que ce dernier est presque toujours d'origine syphilitique. En cas de syphilis douteuse, tout de suite le traitement mercuriel.
La maladie organique du cosur concomitante (en général, il s'agit d'une insuffisance aortique ou d'un rétrécissement mitral) sera traitée par le repos au lit, les applications de glace et la digitaline. La durée du repos au lit sera commandée par la longueur des accès.
11 n'est point rare de voir des insuffisances aortiques compliquées de crises paroxystiques durant de 4 à
12 heures ; 5 à 8 jours de repos au lit suffiront. Seule» ment si la crise est permanente, il ne faut pas hésiter à faire coucher les sujets 1 mois, 6 semaines et plus. Cette précaution est d'autant plus indispensable que les
malades atteints de tachycardie paroxystique ne sonffrentguère de leur crise. A peine un peu de gène dans la région précordiale. Un malade de 65 ans, atteint d'insuffisance aortique, avait 190 pulsations sans qu*il s'en doutât. Un employé supérieur du Louvre continuait son service avec un pouls qui marquait 160 à la minute.
La suspension des mouvemenis en inspirations profondes^ la compression du pneumogastrique droit au niveau du cou ontparfois, prolongées quelques secondes, pouvoir d'abréger la crise. Avec le D' Pescher (de Paris) nous avons instantanément arrêté une crise grave avec son procédé de la bouteille qui met en œuvre des inspirations fortes suivies d'expirations profondes. Seulement comme l'asystolie guette à la porte et pour les raisons que nous avons dites, le repos au lit immédiat sera renforcé par le maintien sur la région précordiale d'une vessie de glace qui agit à la manière d'un tonique cardiaque et aussi par Tadministration de la digitaline suivant la méthode qui nous est habituelle : à savoir, V gouttes de la solution de digitaline cristallisée à 1/1000, 10 jours. Interrompre 8 à 4 jours. Reprendre 10 jours. Ainsi tant que se prolongera la crise.
Pendant tout ce temps, une diététique sévère réglera l'alimentation : nous n'autorisons, les premiers jours de la crise, qu'un mélange de lait et d*eau, pris par moitié et par verre à bordeaux toutes les heures. Environ 12 à 15 verres à bordeaux dans les 94 heures et cela de 3 a 4 jours de suite. Régime lacté, puis lacto* végétarien par la suite
3* En l'absence d'affection organique du cœur, suivre le même régime. Si le malade digère mal, il recevra
des cachets de poudres (ibsorbantes ; s'il ne dort pas, il usera de préparations de valériane ; une anxiété trop grande sera arrêtée par des injections de morphine à très faibles doses (1 à !2 milligr.) ; dans tous les cas, le régime hydro-lacté sera institué. En cas d'antécédents infectieux ou toxiques, il offre en plus l'avantage de favoriser l'élimination des principes nocifs.
La poudre iï hypophyse (3 cachets de 0**',10 par jour) sera d'une utilité incertaine mais inoffénsive d'action ; plus pénible est la médication vomitive que recommandent MM. Devic et Savy : ces derniers ordonnent du sirop d'ipéca : une cuillerée à bouche à 10 minutes d'intervalle jusqu à production de vomissements. Nous l'avons prescrit à deux malades atteints de tachycardie paroxystique d'origine nerveuse. Aucun résultat, sinon une faiblesse plus grande et une accentuation des malaises. Chez une troisième malade âgée de 73 ans, atteinte de crise grave avec pouls à 200 et extrémités froides, nous n'avons osé ordonner le remède, crainte d'une syncope. ^
Les mouvements de déglutition profonds ont paru, à certains auteurs, avoir une action favorable : on peut faire avaler un gros cachet de poudres inertes, une grosse pilule de mie de pain. Seulement, le mouvement de déglutition ne suffît pas toujours. 11 faut agir fortement sur le psychisme du sujet, lui affirmer la vertu du remède, la guérison certaine. C'est sans doute par un semblable procédé qu*ont réussi nombre de médications dissemblables : la faradisation de la glande thyroïde qui, jadis, nous a permis d'arrêter une crise qui se prolongeait depuis six semaines et avait déjà amené
un ëtatasystolique du cœur, la galvanisation des nerfs vagues (pôle positif à la nuque, p61e négatif entre le sterno-mastoTdien et le cartilage thyroTde : 2 à 4 milliam pères), les injections de sérum artificiel, les pointes de feu sur la nuque, les pulvérisations d'éther sur la nuque, Vadrénaline par voie gastrique (solution à i/iOOO, X à XXX gouttes), le sulfate de quinine, etc. La compression des globes oculaires ne nous a donné aucun succès non plus que les médications opothérapiques différentes de la poudre d'hypophyse.
V hydrothérapie^ recommandée par quelques-uns, nous semble devoir être maniée avec de grandes précautions. Elle ne saurait guère intervenir que pour les accès courts. Dans les crises prolongées, l'asystolie étant toujours à craindre, on comprend le danger d'une excitation cutanée vive, laquelle est toujours suivie d'une excitation du cœur. Toutefois aucune règle absolue ne peut être formulée. Un malade, que nous avons jadis soigné avec Huchard, arrêtait sa crise en courant après son auto. Chez de pareils sujets on comprend qu'un traitement hydrothérapique puisse réussir. Seulement, ce malade coureur fit très vite de l'asystolie. Pour un résultat favorable passager, il amena un fléchissement irrémédiable du myocarde. Cet exemple n'est pas très encourageant. Nous en dirons autant pour le traitement hydro-minéral. Ce dernier, toutefois, dans les crises passagères qui accompagnent les lésions valvulaires, peut rendre des services. Bourbon-Lancy est, en pareil cas, la station de choix.
3* Lorsque le malade entre en période asystolique, ce qu'il convient d'éviter par la pratique des mesures
antérieures, le traitement est celui de toutes les affections cardiaques à cette période : digitale, repos au lit, régime lacto-hydrique, glace dans la région précordiale. Nous avons vu plus haut ^ que sur une forme de tachycardie liée à une lésion irritative des parois auriculaires et appelée tachysystolie auriculaire, la digitaline est également indiquée ; mais dans cette forme, le pouls n'atteint jamais l'accélération de la tachycardie paroxystique et ne dépasse guère 120-150 battements.