‹ Le traitement des maladies du cœur et de l'aorte en clientèleChapitre 9 sur 58 · D' Francis Hbccbl. Culture physique, 1913, p · texte numérisé non relu

D' Francis Hbccbl. Culture physique, 1913, p

à des malades dont le myocarde est plus dégénéré. Parmi ceux-là, nous citerons comme les mieux tolérés : 1* les mouvements en décubitus dorsal : flexion du tronc, jambes jointes ; avec les mains, toucher la pointe des orteils; S"" les mouvements de flexion des bras en haut, en avant et en arrière ; 3^ les mouvements inspiratoires suivis d'expirations prolongées, les mains croisées derrière le dos. Le procédé de la bouteille de Pescher, qui consiste à chasser par l'air expiré Teau contenue dans une bouteille, est une excellente méthode ; elle exige des inspirations profondes, des expirations prolongées, est graduée à volonté et nous a permis avec l'auteur d'arrêter instantanément une crise grave de tachycardie paroxystique ; voilà la série d'exercices permis aux obèses cardiaques et à condition que le myocarde ait reconquis toute sa tonicité. Cinq, dix, quinze fois chaque exercice, et en s'arrétant au moindre essoufflement.

Les mouvements de résistance .'contracter un muscle auquel est opposée une résistance, lever une jambe alors qu'une pression est exercée au-dessus d'elle, fléchir un bras qu'un aide maintient tendu, tous ces mouvements, entravés dans leur accomplissement par la volonté du médecin, entraînent une fatigue rapide. L'essoufflement vient très vite. Il faut y renoncer.

De môme les sports : bicyclette, tennis, footrball, boxe, natation, escrime. Tout cela fatigue et s'interdit comme dangereux.

En fait, la marche demeure l'exercice le plus simple et celui qu'il est le plus aisé de graduer ; dix minutes,

IIALAOIM DO CCKCR IT DE L*AORTB 3

un quart d'heure de marche lente, après la cure de repos préalable au lit, cette dernière ayant duré de huit jours (légère insuffisance cardiaque chez un valvulaire mitral) jusqu'à deux mois (pouls lent perma« nent) et plus longtemps encore (anérrjsme de l'aorte).

La marche sur un terrain en pente modérée ne peut ôtre utilisée qu'avec réserve. OerteU promoteur des cures de terrain, ne devait améliorer que des obèses au cœur gras; 'ce sont ceux qui supportent le mieux quelques exercices. Pour tous les autres, et même visà-vis de ces derniers, si le cœur a fléchi précédemment, que de prudence pour ne pas amener le retour de l'asystolie antérieure !

Pendant les intervalles de repos qui séparent la marche, tous les 20 ou 80 mètres en moyenne, le malade s'arrête pour faire, par les narines, une inspiration profonde, suivie d'une expiration prolongée. Cette forme d'exercice, marche lente, coupée de mouvements respiratoires, nous semble la moins dangereuse et la plus profitable.

Seulement, tous les cardiaques n'en tirent pas un avantage égal. Deux sortes de sujets sont exposés à des retours d'asystolie immédiats : ceux qui sont atteints d'insuffisance aortique et ceux qui ont un coBur rénal.

Une fois que l'asystolie s'est déclarée chez ces malades, elle a beau ôtre réduite : les rechutes menacent continuellement. Pour les éviter, la digitaline devra être administrée plus longtemps qu'à tout autre, — toujours à faibles doses, c'est entendu, — mais avec des intervalles médicamenteux qui ne dépasseront pas 3 à 10 jours.

Ces malades, dont la digitale constitue la nourriture journalière, ne feront jamais de longues marches.

Seront plus solides, les rétrécissements mitraux, les insuffisances mitrales et surtout les cœurs gras. Une fois remis d'aplomb, les cœurs pourront se tenir des années en bon équilibre.

Pour les angineux, aucune règle fixe. Ceux dont la douleur s'éveille par la marche feront particulièrement attention. Mais, comme parmi ces derniers il suffit de faire maigrir les uns (angines de poitrine des obèses), de faire digérer les autres (angines des aérophages), d'éviter la distension du cœur (angines d.es myocardiques), d'instituer le traitement mercuriel (coronarite syphilitique), pour obtenir l'amélioration, celle-ci une fois obtenue, la marche pourra être conseillée d'une manière progressive.

Dans une maladie plus rare, ce n'est pas la marche, mais les inspirations profondes suivies d'expirations prolongées, qui peuvent enrayer les accidents : nous avons nommé la tachycardie paroxystique. Une jeune femme asystolique, dont le pouls battait depuis plusieurs jours à 180 et 200 par minute, a été instantanément guérie par le procédé de la bouteille du D' Pescber.

Nous avions vu la malade avec ce dernier ; il était 10 heures du soir, pas de pharmacie ouverte. Le danger menaçait. Les inspirations profondes suivies d'expira-tions prolongées — dans la bouteille du D** Pescher — ont amené le sommeil et la guérison.

Si la marche est bonne, on se méfiera davantage

d'autres modes de locomotion. La voiture convient, une promenade d'une heure tous les jours^ par un temps doux et sur des ressorts bien suspendus, les roues étant matelassées de pneumatiques. Au bout d'une 1/2 heure, le cardiaque descendra de voiture, fera quelques centaines de mètres à pied et remontera ensuite dans son véhicule. L'auto fatigue davantage ; il y a le choc de l'air et la trépidation. Il faudra un auto fermé et des promenades qui ne dépasseront pas une heure. Il y a quelques années, avec le D' Zerlaut, d'Écueillé (Indre), nous avons vu une malade, qui, se croyant bien portante et allant dtner dans un château voisin, fit 40 kilomètres d'auto et fut prise d'urémie comateuse au moment de se mettre à table.

Au même titre, les longs voyages en chemin de fer sont dangereux chez les cardiaques rénaux. Au bout de 6 à 8 heures de chemin de fer, attention! La trépidation du trajet provoque de la congestion rénale ; une crise d'œdème aigu du poumon est h craindre. Huchard avait cité des faits de ce genre. Nous-môme comptons deux morts survenues en semblable circonstance.

[1 y a 15 ans, un cardio-rénal part contre notre avis à Monte-Carlo. A son arrivée, 18 heures de chemin de fer, il est pris d'une crise d'œdème aigu du poumon, et le D' Vivant nous annonce sa mort au bout de 3 heures.

En 1910, un confrère de Madrid nous annonce l'envoi d'un cardio-rénal. Ce dernier est obligé de descendre du train à Biarritz (12 heures de trajet). Une crise d'œdème aigu du poumon se déclarait et le malade succombait avant que nous ayons pu nous rendre à son appel.

Il faut toujours se méfier des royages chez les sujets qui ont de Thypertension artérielle unie à un galop cardiaque. Lorsque le déplacement est indispensable, quelques précautions mettront à Tabri des accidents : un repos relatif la veille^ l'usage exclusif du lait (1 litre 1/2 dans les 24 heures), et l'emploi, en cas de galop, de la digitaline à faible dose (1/10 de milligr.) administrée les 5 ou 6 jours avant le départ. Pendant le trajet, le malade ne boira que du lait. Nombre de cardio-rénaux, qui. ont accepté de se soumettre à ces conditions, ont pu effectuer de longs trajets sans être incommodés.

L'aéro/>{an6 constitue un mode de locomotion certainement dangereux. Il y a trop de vent et il fait froid. Néanmoins, comme toutes les contradictions se rencontrent dans la nature, l'un de nos premiers aviateurs est atteint d'insuffisance aortique d'origine rhumatismale. Le cœur, il est vrai, n'avait point encore fléchi quand, désespéré de l'existence oisive à laquelle le condamnait son infirmité, il décida de faire de Taviation. Un jour, à Saint-Quentin, il s'accroche dans le faîte d'un arbre, dont il descend en se glissant le long des branches ; le lendemain il tombe, avec son appareil, d'une hauteur de 40 mètres. Nous sommes mandé d'urgence : des contusions multiples, mais le cœur tient bon. Aujourd'hui, l'aviateur continue ses exploits; réformé du service militaire, en tant que soldat, il fait les manœuvres en tant qu'aviateur, et le Gouvernement le nomma chevalier de la Légion d'honneur. La guerre de 1914 Ta vu tomber dès les premiers jours d'une hauteur de quinze à vingt mètres. Aujourd'hui (janvier 1917) au bout de

deux ans, il continue ses exercices sans signe de fatigue.

II. Le mariage des cardiaques n*est entravé que par une hyposystolie durable et l'asystolie nettement constatée ou le diagnostic de cœur rénal. La femme ne se mariera pas, Thomme pas davantage, fin dehora de cette double exception (des affections congénitales du cœur il sera parlé plus loin), le mariage sera permis. On ne compte plus les jeunes femmes atteintes de lésions valvulaires qui ont accouché heureusement. Nous connaissons une jeune femme atteinte d'/nsu/yZêance mitrale avant son mariage ; elle a eu cinq enfants. ^insuffisance aorlique est plus dangereuse ; néanmoins une autre de nos malades a eu trois enfants et continue de se bien porter.

Une distinction doit ôtre ici faite entre Tinsuffisance aortique d'origine endocardique et celle d*origine artérielle, cette dernière dans l'espèce est le plus souvent de nature syphilitique. Celle-ci est plus grave, s'accompagne de lésions rénales précoces, prédispose aux dilatations rapides du cœur. Le mariage sera interdit aux sujets atteints d'aortite syphilitique — hommes ou femmes.

Le rétrécissement mitral, maladie dyspnéisante à l'état normal verra la difficulté respiratoire s'accentuer en cours de grossesse. On n'interdira pas le mariage à une femme atteinte de rétrécissement mitral. Seulement, en cas de grossesse, elle sera soumise au traitement digitalique subcontinu (Y gouttes de la solution de digitaline crist. à 1 p. 1000 B à 10 jours; inter-

rompre 3 à S jours, reprendre 10 jours). Si la dyspnée s'aggrave, repos au lit, régime lacto*bydrique de réduction. Aucune amélioration ne se reproduisant, confier la malade à un accoucheur pour provoquer Tavortement. Bien souvent, alors que les accidente du début s'aggravent, la grossesse peut néanmoins être menée à bonne fin avec la triple médication du repos, de la digitaline, et du régime lacto* hydrique suivi de Tem* ploi des petits repas : un plat toutes les deux heures. Pour les cœurs rénaux, comme ches les sujets qui ont montré de l'asystolie, le mariage demeure interdit. S'il a lieu pour une femme, une fois la grossesse déclarée les accidents se précipitent. La médication dont nous venons de parler à propos du rétrécissement mitral est impuissante. Il faut intervenir.

Chose curieuse, surtout remarquable chez les hommes, l'existence d'une maladie cardiaque, à la période hyposystolique, exagère maintes fois les désirs sexuels. Nous avons entendu les doléances de femmes nous suppliant de recommander l'abstinence à leurs maris anbélants et qui n'en pouvaient plus.

D'autres sujets, une fois améliorés, ne songent qu'à contracter mariage. Naturellement, ils se passent de l'autorisation médicale. C'est ainsi qu'un de nos malades, âgé de 62 ans, a épousé une jeune fille de 18 ans. « C'est la grande sottise, je le sais, nous disait-il un jour en souriant. » Par mesure de précaution, il avait placé son flacon de digitaline sur la table de nuit.

m. Habitation et professions. -* En ville, il importe que le malade n'aille pas se loger trop haut.

Nous connaissons plusieurs sujets jeunes qui, atteints d'une insuffisance yalrulaire de l'aorte ou de la mitrale, grimpent plusieurs fois par jour leurs cinq étages. Pareil effort risque fort de dépasser la force du myocarde. Les mineurs de Ck)rnouailles qui remontent de la mine à l'aide d'échelles sont sujets aux dilatations cardiaques^ bien plus que les ouvriers des autres mines qui sont remontés avec des machines.

A plus forte raison, si une lésion valvulaire du cœur existe préalablement, un effort musculaire considérable peut-il être pernicieux. Dans les maisons dépourvues d'ascenseurs, les cardiaques feront bien de ne pas habiter au-dessus du second et du troisième étage. — Ils éviteront par contre les rez-de-chaussée si ces derniers sont humides. — Il importe, chez un cardiaque, que les fonctions de la peau s'accomplissent normalement. Une certaine humidité de l'air entrave cette nécessité d'hygiène. De plus, le retour des rhumatismes est plus à craindre en pareil milieu.

Quant dkwxpro fessions, inutile d'insister sur le danger des efforts musculaires.

Ils risqueront d amener tout d'abord un fléchissement plus rapide du myocarde et une reprise constante des accidents, alors môme que ceux-ci auront été conjurés.

Rien d'affligeant comme la vie des cardiaques obligés de gagner le pain à la sueur de leur front.

Seulement entre un effort violent et une existence confinée dans sa chambre, il y a de la marge. Un cardiaque valvulaire peut atteindre l'âge le plus avancé en s'occupant à titre d'employé dans une administration ou un bureau.

On a Thabitude de refuser, lors de leur demande d'admission, les jeunes gens atteints d'une lésion très bénigne, comme l'insuffisance mitrale — par exemple. — Ils auraient pu maintes fois réaliser une belle carrière. Dans cette méfiance vis-à-vis nombre de maladies de cœur, il se glisse un sentiment de crainte né d*une appréciation erronée des faits.

La guerre de 1914 a du reste amplement démontré la vérité de cette notion. Nombreux sont les officiers ou soldats qui sont partis aux armées, atteints d'une affection valvulaire, môme du myocarde. Les cœurs rénaux n*ont naturellement pu affronter les fatigues de la campagne et nous avons cité *■ Thistoire d'un cardio-rénal âgé de cinquante-buit ans, qui atteint' préalablement de galop cardiaque avec forte hypertension artérielle (T. 25 et 12) fit une dilatation de cœur aux armées. Il voulut persister quand même; une embolie se déclara dans la fémorale gauche ; la gangrène du pied s'ensuivit. En pleine asystolie, sous le chloroforme, le professeur Quénu pratiqua l'amputation de la cuisse au tiers supérieur. Guérison immédiate et amélioration de l'état général. Quinze jours plus tard, embolie de la fémorale du côté opposé avec gangrène des extrémités.

On ne tenta pas une nouvelle intervention et les progrès de la gangrène emportèrent le malade au bout de quelques semaines.

Deux autres officiers atteints de myocardite furent tués à l'ennemi. Un instituteur, atteint de crises de tachycardie paroxystique, dut reprendre sa classe.

i. Gh. Pibssingkr. Les maladies de cœar aax armées {Acad. Médec.déc. 1914).

4â LES MALADIES DU CŒUR ET DE L*AORTE

Une dizaine de lésions mitrales (rétrécissements ou insufQsance) ont pu continuer leur service grâce à l'emploi préventif de petites doses de digitaline (5 gouttes 2 à 3 jours par semaine).

Les insuffisances aortiques résistent moins bien ; notre secrétaire de rédaction, interne du professeur Quénu, a été emporté en quelques semaines, trois autres malades ont dû rentrer chez eux. Nous ne voyons guère que notre aviateur atteint d'insuffisance aortique qui contiuue ses vols sans signe de fatigue.

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