J. — LA TECHNIQUE DE DAKIN
C’est pourquoi Dakin chercha le moyen d’obtenir une solution dépourvue d’alcali caustique libre et dont la teneur en hypochlorite soit rigoureusement comprise entre 0,45 et 0,50 pour 100. Des expériences ultérieures faites par Daufresne montrèrent qu’au-dessous de 0,45 pour 100 la solution est insuffisamment active, tandis qu’au-dessus de 0,50 pour 100 elle est irritante. Lors de sa communication à l’Académie des Sciences, Dakin avait donné un mode de préparation de cette solution qui permettait de l’obtenir avec un appareillage des plus réduits et saris qu’aucune connaissance chimique soit nécessaire. •
« 140 grammes de carbonate de soude sec, ou 400 grammes de sel cristallisé sont dissous dans 10 litres d’eau ordinaire et 200 grammes de chlorure de chaux de bonne qualité y sont ajoutés. Le méhmge est bien agité, et au bout d’une demi-heure le liquide clair est séparé par siphonnage du précipité de carbonate de chaux et filtré à travers du coton. On ajoute au filtrat 40 grammes d’acide borique et la solution ainsi obtenue peut être employée directement ; elle ne colore pas la phtaléine en suspension dans l’eau (‘). »
Cette préparation très simplifiée était d’une exécution facile, avantage précieux pour les formations sanitaires de l’avant. Mais l’expérience en a montré quelques inconvénients, qui ont été étudiés par Daufresne. Un des produits utilisés dans la préparation, le chlorure de chaux, étant d’une composition très inégale, sa teneur en chlore actif peut varier du simple au double. Sous l’influence de l’humidité il se prend en masses assez compactes qui, lors de l’agitation avec la solution de carbonate de soude, sont incomplètement dissociées et n’abandonnent qu’une partie de leur hypochlorite. C’est pour ces raisons que parfois des solutions ^défectueuses ont été obtenues en suivant consciencieusement la technique décrite précédemment.
D’autre part, Daufresne fut amené à attribuer certains phénomènes d’irritation à l’acide borique employé pour neutraliser la solution. En effet, sans que l’on puisse se rendre un compte exact des réactions chimiques qui entrent en jeu, chaque fois
(') Dakin, Presse Médicale, loc. cit.
technique de DÀUFRESNE. 61
que pour arriver à la non-coloration, lors de l’essai à la plitaléine, la quantité d’acide borique employée dépassait 4 grammes par litre, la solution devenait instable et douloureuse.
De plus, les solutions d’hypochlorite préparées en employant l’acide borique, même en quantité correcte, se conservent mal.
It — SOLUTION DE DAKIN PRÉPARÉE PAR LA TECHNIQUE DE DAUFRESNE
Ayant eu plusieurs fois l’occasion d’observer de semblables solutions, Daufresne a cherché un remède à ces inconvénients par un mode de préparation encore plus sûr et d’un rendement constant. Après de nombreux essais, il s’arrêta au procédé suivant.
A. Préparation de la solution de Dakin par le procédé de Daufresne. — 1“ Pour préparer 10 litres de solution, peser exactement : -
- Chlorure de chaux (à 25 pour 100 de chlore actif). . 184 grammes
Carbonate de soude sec (carbonate de soude Solvay). 02 —
(ou à défaut : carbonate de soude cristallisé ;
262 grammes.)
Bicarbonate de soude. ... • •
2“ Introduire dans un flacon de 12 litres les 200 grammes de chlorure de chaux et 5 litres d’eau ordinaire ; agiter fortement à deux ou trois reprises et laisser en contact une nuit ;
3“ Faire dissoudre à froid dans 5 litres d’eau le carbonate et le bicarbonate de soude ;
4" Verser en une seule fois la solution des sels de soude dans le flacon contenant la niacération de chlorure de chaux, agiter fortement pendant une minute, et laisser reposer pour permettre au carbonate de chaux de se déposer.
5» Au bout d’une demi-heure, siphonner le liquide clair et le filtrer avec un double papier pour obtenir un produit parfaitement limpide, qui devra être conservé au frais et à l’abri de la lumière. ,, i •’
La solution antiseptique est alors prête pour 1 emploi chirurgical. Elle doit contenir 0,47S pour 100 d’hypochlorite de soude, avec de petites quantités de sels de soude neu-
SOLUTION DE DAKIN.
très. Elle est sensiblement isotonique au sérum sanguin (*).
B. Chlorure de chaux et son titrage. — 1» Ee chlorure de chaux du commerce est obtenu par l’action du chloregazeux sur la chaux éteinte pulvérulente. 11 présente de grandes variations dans sa composition, et notamment dans sa teneur en chlore actif. Sa constitution chimique, malgré les nombreuses discussions dont elle a été l’objet, n’est pas encore établie d’une façon satisfaisante. Quoiqu’il en soit, nous savons qu’il abandonne à l’action dissolvante de l’eau, trois corps ; de l’hypochlorite et du chlorure de calcium et de petites quantités de chaux; le, résidu étant constitué par un excès de chaux partiellement carbonatée.
L’action de l’eau sur le chlorure de chaux n’est pas instantanée, te produit contient souvent des grumeaux desquels l’hypochlorite diffuse difficilement. L’expérience suivante de Daufresne (*) est très démonstrative :
10 grammes de chlorure de chaux titrant 28,25 pour 100 de chlore actif sont introduits dans un ballon avec 1000 c c. d’eau distillée. On agite vivement le tout pendant deux minutes et on titre la solution :
De semblables titrages sont effectués de temps en temps.