VI. — DES ERREURS DE TECHNIQUE
A. Pénétration insuffisante du liquide. — Lorsque l’examen de la courbe de stérilisation tnontre que, avant l’obtention de l’asepsie chirurgicale, le tracé devient horizontal, on peut être sûr qu’une faute de technique a été commise. Nous savons, en, effet, que la diminution du nombre de microbes contenus dans une plaie doit se faire de façon progressive, lorsque le liquide antiseptique est porté dans toute la région infectée. Si la stérilisation ne se produit pas, il faut d’abord s’assurer que la solution de Dakin contient bien la quantité nécessaire d’hypochlorite, et ensuite examiner les causes qui ont pu empêcher la pénétration du liquide dans la plaie. Ces causes sont généralement les suivantes.
1“ L’adduction du liquide dans la plaie n’a pas été réalisée par suite du glissement ou de l’arrachement d’un des tubes adducteurs, par suite de l’oblitération d’un tube par des caillots sanguins, par suite des coudures du tube dues à une mauvaise application, ou bien parce qu’on a oublié de placer un tube adducteur dans un diverticule de la plaie. Si un tube est placé dans un trajet trop étroit, le liquide ne peut pas refluer entre la paroi du tube et celle de la plaie, et, par suite, l'instillation ne se produit pas. L’examen attentif de la plaie permet de se rendre, compte de l’existence d'une de ces causes d'erreurs.
2° Une faute a été commise dans l’installation de l’appareil irrigateur. La faute la plus fréquente consiste à mettre un appareil” compte-gouttes en communication avec plusieurs tubes. Comme le débit est très faible, le liquide obéissant à la pesanteur passe par un des tubes tandis que rien ne passe dans les autres. 11 peut en être de même dans l’irrigation intermittente si le calibre du tube principal ou de l’orifice inférieur de l’ampoule est trop petit. Dans ce cas le débit est insignifiant et si le liquide doit être réparti dans quatre ou huit tubes, il ne s’échappe que par quelques-uns d’entre eux et par conséquent
. DES JiRHEURS DE TEGUNIQUE. Il'j
loute une partie de la plaie est privée de liquide. Cette erreur sera évitée si l’on suit exactement les indications que nous avons données plus haut au sujet du calibre relatif des différents tubes et de l’installation des appareils irrigateurs.
3° La quantité de liquide est insuffisante. L’insuffisance de l’instillation s’observe surtout lorsque, au lieu d’employer des appareils irrigateurs, on se sert d’une seringue. Comme les tubes sont multiples, il faut beaucoup de temps à rinfirmière pour injecter la quantité nécessaire de liquide. Aussi, lorsqu’on emploie celte technique, la quantité d’antiseptique est souvent insuffisante. Il en est de même lorqu’on se sert d’appareils irrigateurs et que, par négligence, les irrigations sont arrêtées ou faites à de très longs intervalles pendant la nuit. 11 se peut aussi qu’un tube introduit dans un trajet trop étroit, obture complètement la lumière de ce trajet, et que la circulation du liquide ne puisse pas se produire (fig. 48). C’est en examinant attentivement la plaie qu’on peut soupçonner l’insuffisance de la quantité de liquide. Deux symptômes permettent de s’en rendre compte. L’un est l’apparition de l’odeur de pus, tandis qu’une plaie bien irriguée doit être complètement inodore. Le second est l’absence des modifications caractéristiques des sécrétions. Les sécrétions d’une plaie bien irriguée doivent être filantes et plus transparentes que les sécrétions normales. La présence de sécrétions non modifiées dans une plaie permet d’affirmer que, ou bien le liquide ne contient pas la quantité suffisante d’hypochlorite, ou bien que l’instillation n’a pas été pratiquée de la manière prescrite.
B. Quantité exagérée de liquide. — Lorsqu’on laisse couler le liquide pendant trop longtemps à la surface des plaies ou en quantité trop abondante, le coton du pansement et l’évaporation ne suffisent plus à débarrasser le blessé de l’excès de fluide. Le lit est inondé, le membre baigne dans la solution de Dakin et la peau s’irrite. Une quantité trop grande de liquide n’a aucune action nuisible sur la plaie, mais elle fait souffrir le blessé. II est dans un état inconfortable et des ulcérations plus ou moins douloureuses de la peau peuvent se produire. Il est donc nécessaire que les infirmières apprennent à régler la quantité de liquide de telle sorte que les plaies soient humectées et cependant que le malade ne soit pas mouillé.
Dr Carrel. 8