‹ Le Traitement Du Bubon Vénérien notamment Par l'hyperhémie au moyen de la ventouse de BierChapitre 10 sur 17 · LA METHODE DE BIER · texte numérisé non relu

LA METHODE DE BIER

L'hyperhémie est le grand moyen de défense de l'organisme. Il se produit une hyperhémie physiologique dans tous les actes de croissance, de défense, de régénération. Cherchant à provoquer ou à augmenter cette réaction, le professeur Bier, qui a écrit en tête de son 7raité sur l’'hyperhémie et son action thérapeutique « onne commande à la nature qu’en suivan! ses voies » a cherché les conditions dans lesquelles elle se produit, les agents qui la proyoquent, et les applications thérapeutiques qu'on en peut tirer.

Ii distingue tout d'abord deux sortes d’hyperhémies : une hyperhémie active, artérielle, provoquée par la chaleur,le mouvement, les frictions, les agents chimiques, qui résulte d’une irrigation sanguine plus abondante ; et une hyperhémie passive obtenue par

stase veineuse.

Cette dernière seule trouve son emploi dans les cas qui nous occupent.

On peut produire cette stase sanguine à l’aide d'une bande de caoutchouc enroulée à la racine d’un membre ei comprimant son réseau veineux, ou bien à l’aide de ventouses sèches lorsque l'application de la bande est impossible ou lorsqu'on veut localiser l’action hyperhémiante.

Ces ventouses de toutes tailles, de toutes formes peuvent s'adapter à toutes les régions et recouvrir toute la surface de peau que l’on désire ; elles sont munies de poires en caoutchouc ou s'adaptent à un appareil aspirateur de facon à produire le degré d’aspiration que l’on veut. Celles qui peuvent servir au traitement des bubons sont munies d’une poire tantôt fixée directement sur la ventouse, tantôt reliée à elle par un tuyau de caoutchouc: ces dernières sont préférables car elles peuvent se démonter plus facilement pour être lavées et bouillies.

Quelle est l’action de l’hyperhémie et comment agit-elle ? |

Le D Bier reconnait une action analgésique, une action bactéricide, une action résolutive, une action nutritive.

Des hypothèses très nombreuses ont été émises sur ces modes d'action, le D' Bier ne se prononce pas, se bornant à exposer les diverses théories émises à ce sujet. Quoi qu’il en soit, l’hyperhémie possède : une action analgésique que nous avons cons-

tatée,qui n’est malheureusement pas de longue durée,

a AE, expliquée soit par la dilution des produits toxiques (Bier), soit par l’imbibition séreuse des tissus influant

sur la sensibilité nerveuse (Ritter) ;

Une action bactéricide produite soit par l’action directe ou indirecte des leucocytes, directe par phagocytose (Bier), indirecte par production d’enzymes (Buchner) ; soit grâce à l’augmentation de l’alcalinité du sérum, et à sa plusriche teneur en acide carbonique, ce qui augmenterait considérablement son pou-

voir bactéricide (Hamburger).

Une action résolutive et une action nutritive pro- .duites probablement par des phénomènes vasculaires

mécaniques.

Dans le Traite sur l’hyperhémie, nous n'avons trouvé qu’une fois le mot bubon ainsi mentionné : « Les furoncles, anthrax, bubons, mastites, piqûres d’insectes,onyxis, etc.,etc., au total plus de 1000 cas ont été influencés favorablement ; nous n’avons jamais été obligés de suspendre le traitement et nous avons toujours obtenu la guérison sans pratiquer les grandes incisions que nous faisions précédemment; nous avons toujours employé l'aspiration ou de petites

incisions peu nuisibles. »

Si le D' Delagenière parle plus longuement des adénites en général, il ne s’étend pas spécialement sur les vénériennes, dont cependant l’évolution et le pronostic sont assez particuliers. À défaut de renseignements plus précis, nous nous sommes appliqué à suivre les instructions générales que donnent le

Fournier 3

professeur Bier et le D° Klapp pour Île traitement des inflammations el suppurations aiguës.

Les ventouses dont nous nous sommes servi se composent d’une simple cloche de verre reliée à une poire de caoutchouc par un simple tuyau de eaoutchouc long de 7 à 8 centimètres.

Les ventouses ont des dimensions variables, celles qui ont 5 centimètres de diamètre sont généralement suffisantes, mais il peut être utile d'en posséder de dimensions supérieures, 8 centimètres environ pour les gros bubons formant à l’aine une longue tumeur saillante. Leur bord épais, afin d’éviter la compression de la peau, est incurvé de façon à pouvoir s’adapter à l’aine.

La poire peut produire un vide suffisant pour provoquer des ecchymoses et des suffusions sanguines; il est bon qu’elle puisse produire de fortes aspirations, car elle peut servir à traiter d’autres lésions où ces aspirations seraient nécessaires ; mais dans le traitement des inflammations aiguës, l'aspiration ne doit pas être, d'après le D' Klapp, assez forte pour rougir fortement la peau.

Inutile de dire que dans cette méthode comme dans toute autre les précautions de propreté doivent être prises : toute ventouse, avant et après son usage, doit être lavée et bouillie.

Le malade également sera préparé, la région sera rasée et lavée avec une solution antiseptique, sublimé ou oxycyanure. Il sera bon d’oindre la région de vase-

line, ainsi que les bords de la ventouse, autant pour

faciliter l’adhérence de celle-ci, que pour protéger la peau rasée contre les inoculations possibles, par écoulement de pus, dans le cas de bubon ouvert ou ponctionné.

Ceci fait on applique la ventouse, il faut ne faire qu'un vide très modéré, la peau ne doit être que peu attirée dans l'intérieur, elle doit à peine rougir ; si elle devenait d’un rouge foncé, il faudrait lever la ventouse et la replacer en faisant l'aspiration moins grande. Cette application ne doit pas être douloureuse et le malade ne doit accuser qu'une impression de tension. La région ne doit pas se congestionner, aussi le D° Klapp conseille-t-il, de ne pas laisser la ventouse en place plus de cinq minutes, puis de la la lever pendant trois minutes pour laisser aux tissus le temps de se décongestionner ; on replace ensuite la ventouse cinq nouvelles minutes et ainsi de suite pendant tout le temps de la séance quotidienne qu’il veut de trois quarts d’heure.

Le D' Delagenière préfère des séances un peu plus longues ; il a obtenu de meilleurs résultats avec une séance d’une heure ou deux d’une demi-heure par jour.

Comme le D' Klapp il recommande d'interrompre l'application de la ventouse cinq ou six fois pendant les séances ; ayant voulu faire des applications d’une heure consécutive, il à trouvé les inconvénients suivants : les ventouses ne restent pas fixées assez longtemps ; l'aspiration devient rapidement insuf-

fisante, l'air passant sous les bords de la ventouse,

MINS

ou le pus des abeès venant la remplir ; d’autres fois l'aspiration étant trop forte, l’application de lappareil devenait douloureuse et il se produisait des ecchymoses et des suffusions sanguines.

Nous avons fait sur nos malades deux applications d'une demi-heure chacune, matin et soir ; au début nous les interrompions ainsi qu’il nous était recommandé. Puis dans le cas de bubons non ouverts ou suppurant peu, nous avons laissé la ventouse en place pendant la demi-heure entière sans y avoir jamais trouvé d’inconvénients.

La pression se maintient parfaitement grâce à la vaseline ; et ayant toujours fait grande attention à ne pas faire d'aspiration trop forte, levant la ventouse sitôt que le patient s’en plaignait, nous n’avons pas vu une seule fois la plus petite ecchymose succéder à l’application de l’appareil.

Au contraire, dans le cas de bubons ouverts ou ponctionnés donnant issue à une quantité relativement considérable de pus, il faut chaque fois que la cloche emplie ne donne plus une aspiration suffisante, relever l'appareil, enlever le pus, laver la région, laver la cloche et la replacer, manœuvre qu'il faut faire quelquefois cinq ou six fois. |

La séance terminée, on fait sur le bubon un pansement antiseptique légèrement compressif et l'on ordonne au malade le repos au lit.

Dans aucun cas de bubon succédant au chancre mou, nous n'avons vu l'application de la méthode de Bier enrayer la marche de l'affection; tous les

bubons ont suppuré et il ne semble pas que la suppuration ait éléretardée. Il ne faudrait pas d’ailleurs incriminer la méthode; Bier déclare qu'il faut traiter les inflammations tout à fait à teur début pour avoir des chances de les voir avorter, et ce cas ne s'est présenté pour nous qu'une fois.

Les bubons syphilitiques n’ont pas paru influencés par le traitement, ou du moins le furent peu.

La péri-adénite disparaissait sous l’influence de la ventouse en peu de temps, mais les ganglions durs, roulant sous le doigt, ne reprenaient pas le volume normal qu'ont les ganglions des adénites syphilitiques en pléiade.

Quand le bubon est arrivé à suppuration, il faut donner issue au pus ainsi que dans n'importe quel autre traitement. Nous avons fait des ponctions capillaires aux points fluctuants, én prenant tous les soins indiqués d’antisepsie.

Il est nécessaire d'employer de grosses aiguilles ; au début des suppurations, le pus est quelquefois tellement épais qu'ilpeutobstruer une aiguille moyenne.

Les premières fois nous placions la ventouse sur l'aiguille enfoncée dans le bubon; l'écoulement du pus était lent et difficile ; il est préférable de se servir de l'aiguille comme d’un trocart, simplement pour créer un orifice de sortie au pus.

La ventouse donc étant appliquée sur le bubon ponetionné, on voit le pus sourdre ‘de la piqûre et s’accumuler dans la cloche. Les premiers jours il

est généralement peu abondant; mais bientôt il jaillit

en telle quantité qu'il est nécessaire de lever la ventouse pour l'enlever ; peu àpeu on le voit diminuer de quantité et s'éclaircir, ce n’est à la fin qu’un écoule-. ment de sérosité citrine qui cesse bientôt.

Généralement il n’est pas utile de faire des ponctions répétées. Les applications de la ventouse aspiratrice sont assez rapprochées pour que l’orifice de la piqûre ne se cicatrise pas, le pus s’en écoulant à chaque aspiration. Rien d’ailleurs ne serait aussi facile que d’enlever une croûtelle qui obstrue l’orifice, ou de faire une seconde ponction à la place de l’ancienne. |

Ces piqûres ne laissent aucune cicatrice ; chez les malades qui sont restés dans le service jusqu’à guérison complète on n’en trouvait rapidement plus la trace.

La guérison a demandé pour les malades traités seulement par les ventouses et par la ponction simple, une moyenne de quinze jours, a partir du début du traitement,

Avec l'aspiration seule, la durée du bubon est de vingt-quatre jours (Le Pileur). La ventouse ferait donc gagner plus d’une semaine. L’effet semble surtout se produire à la dernière période de l’affection ; il est remarquable de voir à ce moment avec quelle rapidité la réparationse fait ; en deux ou trois jours la tumeur se résout, s’affaisse, pâlit et se sèche.

Nous ne doutons pas qu'avec plus d'expérience

nous n’eussions obtenu de plus belles guérisons.

Ch Et GE

Bier répète, et il insiste sur ce point, qu'il faut une grande habitude de sa méthode pour arriver à des résultats vraiment bons.

On croirait même à le lire que seul un spécialiste puisse en obtenir des succès. Cependant cette méthode est appliquée maintenant en Allemagne par tous les praticiens et quelque inexpérimenté que nous soyons, les résultats que nous avons obtenu sont encourageanis.

Sur 10 bubons suppurés consécutifs au chancre mou, traités par la méthode de Bier seule, la durée moyenne du traitement a été de 15 jours.

4 est devenu chancrelleux.

3 ont duré 10 jours.

2 — — de 10 à 15 jours. 4 — — — 15 à 20 jours.

1 — — 22 jours.

3 bubons syphilitiques traités par la même méthode respectivement pendant 10, 25, et 26 jours ont été peu améliorés.

M. le D° Queyrat nous ayant donné le conseil d’allier le traitément par la méthode de Bier à celui des injections médicamenteuses, nous avons fait, sur sesindications, à cinq bubons arrivés à suppuration, une ponction aspiratrice suivie de l'injection d’un centimètre eube d’une solution d’oxycyanure de mercure à 4 0/00, tout en continant matin et soir les applications de ventouses. Les résultats obtenus sont excellents. |

L’injection de la solution d’oxycyanure donne

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