PONCTION AU BISTOURI
Devant les mauvais résultats donnés par l’ineision large on chercha à la remplacer par de simples ponctions au bistouri.Celles-ci en effet facilitent aussi bien l'évacuation du pus qui peut être drainé facilement à l’aide d’une fine mèche ; la chancrellisation secondaire a beaucoup moins de chances de se produire, surtout quand la méthode est alliée à celle d’injections antiseptiques ou modificatrices ; les cicatrices qu’elles laissent sont très limitées et-à peine apparentes.
La peau est rasée, savonnée, lavée à l’éther et à l’alcool,anesthésiéeaubesoin avec lechlorure d’éthyle; avec la pointe d’un bistouri étroit on fait au centre de la région fluctuante, non pas perpendiculairement mais parallèlement à l’arcade crurale, une incision longue d’un demi centimètre environ ; par compression ie pus est exprimé, la plaie est recouverte d’un pansement humide antiseptique et d’un bandage
compressif. Le repos au lit est ordonné au malade.
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Malheureusement ce procédé si simple n’abrège guère la durée du mal; on peut voir la suppuration durer trois semaines, un mois, les ganglions voisins se prenant et suppurant à leur tour ; et, sans parler des bubons virulents qui sont, on le sait, relativement rares, on peut toujours voir la plaie se chancrelliser.
Le D' Cordier allie à cette ponction la méthode des injections médicamenteuses et donne ce traitement comme procédé de choix : La ponction doit être la plus hâtive possible au risque de ne pas trouver encore de pus ; après la ponction, le pus étant évacué, une injection modificatrice d’un centimètre cube d’une solution de nitrate d'argent à 1 pour 50 est poussée dans le bubon où elle est laissée.On fait par dessus un pansement iodoformé, recouvert luimême d’un bandage légèrement compressif, le repos absolu au lit est exigé du malade.
Il se produit à la suite de eette injection, pendant trois ou quatre jours, une suppuration abondante qui devient rapidement séreuse ; on renouvelle le pansement tous les jours ; la guérison est obtenue dans les deux tiers des cas en dix à douze jours.
D'autres injections modificatrices ont été essayées, aucune n’a donné ces résultats.
La ponction suivie de badigeonnage au chlorure dezinc à 1 pour 10 ne peut pas être aussi précoce que celle suivie d’une injection au nitrate d’argent ; il faut attendre pour la pratiquer que le pus soit col lecté ; l'incision doit être prolongée pour pouvoir
badigeonner les parois de la cavité avec un tampon
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d’ouate imbibé de la solution de chlorure de zine : on draine et on fait un pansement humide tant que la suppuration est abondante, sec lorsqu'elle commence à se tarir.”
Ce procédé est certainement inférieur au précédent ; d’abord il est plus douloureux, puis au point de vue de la durée, si l’évolution du bubon est immédiatement arrêtée, la cicatrisation complète est plus
longue et il persiste assez longtemps une induration de la région.
On peut également combiner l'injection de nitrate d'argent à l'application de chlorure et d’oxyde de
zinc sous forme de pâte de Socin en pansements.
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pour donner au mélange la consistance d’une pâte.
Cette pâte est généralement employée affaiblie, une quantité moitié moindre de chlorure de zinc dans sa composition est préférable.
On fait une injection de nitrate d'argent qu'on laisse ressortir avec le pus ; tant que la sécrétion purulente abondante produite par ce contact n'est pas devenue séreuse, on applique sur la plaie un pansement composé de lamelles d’ouate recouvertes de pâte de Socin qui, en séchant se fixe à la peau. Ce pansement est renouvelé tous les matins.
Ce procédé n'offre aucun avantage sur les précédents, l'application de la pâte est très douloureuse
ét peut produire de lœdème de la région, de plus il est quelquefois nécessaire de faire au bout de trois ou quatre jours une nouvelle injection de nitrate d'argent.
Les injections phéniquées ont également été employées. |
MM. Arnozan et Vigneron se servent simplement d’eau phéniquée à 40 0/0.
M. Gamel emploie la formulé suivante :
Acide phénique cristallisé ." -— 108Tr:
CAMPOTE CT NSP ONE RESTE
Ces injections ont le défaut de laisser à leur suite des indurations persistantes. |
MM. Otis et Fontan ont beaucoup vanté en 1895 les bons résultats que leur a donné la méthode des injections de vaseline iodoformée.
Après ponction du bubon suppuré, expression com: plète du pus et lävages repétés de la cavité avec une solution tiède de sublimé à 1 pour 2000, on emplit la poche, en évitant soigneusement de la distendre, avec une injection de vaseline iodoformée à 1 pour 10, liquéfiée au bain-marie. |
Si l'injection tendait à refluer par l’ouvertüre, on l’arrèterait par l'application de compressés imbibées d’une solution antiseptique faible. Puis avec de a gaze iodoformée on fait un pansement occlusif fixé par du collodion.
Le malade rapidement soulagé peut se lever,
l’évolution du bubon est immédiatement atrètée, en
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quelques jours les phénomènes inflammatoires dis-
paraissent et l'ouverture de la cavité se fermé après
avoir quelquefois laissé suinter de la vaseline pendant quelques jours.
. Sur 183 bubons observés par le D' Fontan en 1889:
123 ont guéri en moins de 15 jours ;
30 — 10 à 15 jours; 8 — 15 à 20 jours; (9 — 20 à 30 jours;
16 rechutes ont nécessité un autre traitement.
Ces résultats sont très beaux, malheureusement le D' Fontan parle de suintements prolongés de vaseline et cite deux cas de fistules interminables, consécutives à l’emploi de cette méthode, qui ont dû être traitées chirurgicalement.
D'autre part que devient la vaseline injectée dans le bubon après la guérison? peut-être n'est-il pas indifférent de laisser ainsi dans une région aussi facilement inflammable une substance étrangère.
De tous ces traitements celui du D' Cordier paraît être certes le préférable, bien que le nitrate d’argent comme toutes les solutions antiseptiques ou modificatrices concentrées, donne lieu à une réaction vive et douloureuse, qui peut même quelquefois occasionner un peu de fièvre. Quant à la cicatrice laissée par la ponction elle est insignifiante. Ces procédés, comme durée el comme résultat esthétique,
sont très supérieurs à l’incision.
PONCTION ASPIRATRICE
Lorsqu’en 1873 parut le Traité de l'aspiration des liquides morbides de M. le professeur Dieulafoy, dans tous les services hospitaliers on pratiqua la ponction aspiratrice toutes les fois qu’on lui trouva quelque indication.
Jullien, dès 1873, Femploie dans le traitement des bubons suppurés. Bien auparavant, Crocq avait pratiqué la ponction simple des adénites inguinales à maturité ; les résultats n’avaient pas été très bons et sa méthode avait été complètement abandonnée. M. Le Pileur recommande en 1874 dans sa thèse sur le traitement des bubons l'emploi de la ponction aspiratrice. Il la pratique encore aujourd’hui systématiquement dans son service, en ayant toujours obtenu les meilleurs résultats ; il à seulement abandonné l’usage de l'aspirateur de Dieulafoy, il se sert d’une seringue, instrument plus simple, bien suffisant pour
la quantité de pus contenue dans un bubon.
Voici sa pratique :
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La peau rasée, savonnée, lavée avec une solution antiseptique, il enfonce dans la partie la plus fluctuante du bubon une aiguille assez grosse pour que le pus, quelquefois fort épais,n’en bouche pas l’orifice; à l’aide d'une séringue, il vide le bubon par aspiration, retire l’aiguille et introduit dans l’orifice de la piqûre une fine mèche de coton imbibée d’une solution de nitrate d'argent à 1 pour 30; il fait par dessus un pansement antiseptiqueet un bandage compressif. Les malades doivent garder le repos au lit. La ponction est répétée au fur et à mesure que le pus se reforme dans le bubon, tous les deuxoutrois jours en moyenne, en pratiquant la nouvelle piqûre à la place non cicatrisée encore de l’ancienne. A la guérison l’orifice de la ponction se referme sans laisser de cicatrice.
Dans les cas de bubons virulents, il est nécessaire de compléter ce traitement, complètement indolore et très bien accepté des malades, par l'injection d'un centimètre cube d’une solution de nitrate d’argent à 1 pour 50. On pourra ainsi enrayer la virulence du bubon, sinon il faudrait avoir recours à son traitement nécessaire, l’incision.
Nous emprunterons au D’ Le Pileur ses conclusions ; la méthode de l’aspiration :
1° Convient à toutes les adénites suppurées quelles que soient leur origine et leur nature ;
2 La guérison est obtenue avec des cicatrices invisibles ou du moins insignifiantes ;
3° La durée de la maladie est plus courte, vingt-
DÉS quatre joürnéesen moyenne depuis le jour de l’opératiof ;
he Celle-ci doit être pratiquée quand le pus est bien collecté et la fluctuation bien évidente.
M. Le Pileur a appliqué son traitement à toutes les adénites inguinales, mais il cite dans sa thèse une statistique de M. Libermann qui a traité par la inéthode de l'aspiration 36 bubons vénériens et a ‘obtenu les résultats suivants :
9 adénites virulentes : succès dans 5 cas ; insuccès dans #.
Dans les cas de réussite la moyenne du traitement a été de 22 jours, et lamoyennedes aspirations de 10.
27 adénites lymphathiques parmi lesquels
10 adénites à la suite de çhancres mous :
4 guérisons en 4 à 8 jours ;
CR ONE) a AOUrs
14 adénites à là suite de chancre induré :
9 guérisons en 15 jours ;
b) — — 3 semaines à 1 mois ;
3 adénites d'emblée:
2 guérisons au bout de 8 jours ;
1 — — de 1 mois.
Cette méthode si simple, complètement indolore donne des résultats excellents au point de vue esthétique, mais il faut attendre, que le bubon soit arrivé à la suppuralion, aussi a-t-on cherché à l’aide
d’injections médicamenteuses à abréger la durée du
traitement, en faisant avorter le bubon.
INJECTIONS MEDICAMENTEUSES
Les injections médicarenteuses les plus diverses ont été employées dans le but de perfectionner la méthode de la ponction aspirairice. Avec les unes, il faut attendre que le bubon soit suppuré pour porter le médicament dans sa cavité, les autres permettent de chercher à devancer cette suppuration par des injections intraganglionnaires pratiquées dès le début de l'affection.
Hanse publia vers 1830 deux observations de bubons suppurés guéris en dix jours par des injections composées de deux parties de vin aromatique pour une de teinture d’iode.
Von Eischstorff rapporte treize observations de bubons vénériens traités par la ponction suivie'd’injection d’éther iodoformé; la guérison a été dans tous les cas complète au bout de peu de temps, sans trace de cicatrice.
Après avoir pris toutes les précautions antiseptiques
de règle, la tumeuür est ponctionnée au point le plus
fluctuant avec un trocart à hydrocèle,le pus est évacué et la cavité lavée avec de l’eau phéniquée au 1/20 ; puis on injecte une petite quantité d’éther iodoformé à 10 pour 100.
Il faut faire attention à ce que l’éther,évaporé par la chaleur, ne distende pas la poche ; dans ce cas on le laisse s’évaporer par la canule maintenue dans la plaie ; puis on retire la canule en laissant dans le bubon une petite quantité d’éther. Enfin on fait un pansement à la gaze iodoformée, une compression
légère, et on ordonne au malade le repos au lit.
Le pansement doit être enlevé au bout de quatre Jours,on évacue par l’ouverture laissée par le trocart le liquide séreux quiemplitla cavité et l’on fait un autre pansement que le malade garde huit jours. Dans le cas de bubon chancreux, on est quelquefois obligé
de faire une seconde injection d’éther iodoformé.
Le D' Gamel, médecin de l’hôpital de Marseille, a légèrement modifié cette méthode, il injecte une fois par semaine dans les bubons suppurés, un centimètre cube d’éther iodoformé.
Cette méthode n’abrège guère la durée du bubon, M. le D' Queyrat après avoir employé les injections d’éther iodoformé y a renoncé n’en ayant obtenu aucun bon résultat.
En 1882 le D' Taylor, en 1885 le D' Armstrong ont cherché à faire avorter le bubon avant sa suppuration en faisant dans le ganglion enflammé une injec-
de 15 à 20 gouttes d’eau phéniquée à 1 pour 50,
après ils mettaient le malade au repos avec une vessie de glace en permanence sur le bubon.
Leur procédé a été généralement abandonné pour celui de Welander qui donna de meilleurs résultats. La peau étant préparée comme dans tous les autres procédés, on enfonce dans le ganglion enflammé une aiguille creuse stérilisée, puis au moyen d’une serin- . &ue également stérilisée on injecte un centimètre
cube de la solution suivante :
Benzoate de mercure. . . . . 1 gr.
Ghlôrure de sodium: 2 +: n 4. 0 gr. 50 BAUER NS ne LOU AT
On applique un pansement compressif et on ordonne le repos au lit.
Tout d’abord pendant deux ou trois jours les phénomènes inflammatoires redoublent puis il se calment.
Dans les cas favorables la guérison est obtenue en une dizaine de jours, mais dans les deux tiers des cas le bubon continue son évolution.
Welander a formulé ainsi les indications de sa méthode :
4 Si le bubon est virulent, il évolue malgré l’injection ;
> Si la fluctuation est prononcée, l’incision est nécessaire ;
3° Si la fluctuation est peu marquée il y a quelques chances d’abortion ;
4° S'il n’y a pas de fluctuation la guérison est obte-
nue dans 90 0/0 des cas.
Spietchka dans la clinique de Pieck a employé la méthode de Welander sur 62 bubons et a obtenu les résultats suivants :
Sur 62 bubons 23 ont été guéris par l'injection seule ;
Dans 13 cas la ponction a été nécessaire ;
: Dans 26 cas l’incision large a été nécessaire.
L'application de cette méthode est donc assez restreinte ; ce traitement ne s'applique qu'aux bubons non suppurés, en minorité dans la clientèle hospitalière ; il n’empèche pas l’évolution virulente et n’est pas toujours inoffensif, car les D" Brousse et Bathezai de Montpellier ont vu à la suite de ces injections se produire des phénomènes généraux assez graves, fièvre à 3%, céphalalgies, vomissements, douleur vive du bubon injecté.
Le D' Balzer qui a essayé de remplacer le benzoate de mercure par une solution de sublimé à 1 pour 200 dont il injectait 15 à 20 gouttes dans les bubons au début, n'a pas obtenu des résultats meilleurs que
ceux de la méthode précédente.