LES RESULTATS PRATIQUES DU SYSTEME DE LA REGLEMENTATION
Quels que soient les soins apportés à l'examen et au traitement de la catégorie des femmes soumises à la réglementation, les occasions de contamination sont pour ces femmes tellement fréquentes, qu'une sécurité absolue ne peut être obtenue.
Le docteur Weissembach déclare le 10 janvier 1936, à la Société de Dermatologie :
« Nous n'avons pu relever que 106 cas de syphilis « masculine primo-secondaire, dont l'agent contami- « nateur à pu être reconnu.
« Dans ce nombre, dix-neuf doivent être mis sur « le compte des maisons publiques, ce qui fait une « proportion de 17,9 %. »
Mais la contagion ne vient pas toujours des filles publiques.
En recherchant l’origine de 135 cas de syphilis récente, le docteur Alain Spillmann arrive aux résultats suivants :
15 cas : Femmes de maisons de tolérance.
5 cas : Contamination conjugale.
3 cas : Femmes cartées en ville.
32 cas : Inconnues des malades.
18 cas : Divers.
50 cas : Prostitution clandestine.
(Prophylaxie antivénérienne, juillet 1935.)
Il résulte de ces constatations et d’autres concordantes que dans 12 % des cas seulement la syphilis est donnée par des filles se trouvant sous une surveillance médicale, évidemment plus ou moins effective, mais qui de toute façon, ont des chances de voir leur activité arrêtée dans un délai assez rapide.
Mais que deviennent les 88 autres agents contaminateurs ?
Se soigneront-ils ? pas toujours. Citons seulement ces quelques exemples :
A V... en P.., non loin de Paris, un dispensaire antivénérien a été récemment fondé. Un malade s’y présente un jour atteint d’un chancre induré et déclare à l’assistante sociale qu'il a été contaminé par une demoiselle N..., couturière ; quelques jours plus tard un autre malade, également porteur de chancre. accuse la même couturière.
L’assistante sociale se décide alors à aller trouver la demoiselle N... et n’a pas de peine à apprendre que celle-ci, en effet, ajoute à son salaire insuffisant, les subsides de quelques amis de passage.
Mademoiselle N... consent à se laisser examiner au dispensaire et même à se faire soigner. Malheureusement, la première injection de novarsénobenzol entraîne des accidents d’intolérance, qui font que la malade ne retourne plus au dispensaire.
À une démarche de l’assistante sociale, elle répond qu'elle ne veut pas se laisser assassiner, et qu'un de ses amis, avocat, l'ayant renseignée sur ses devoirs et ses droits, elle refuse catégoriquement de se faire traiter.
Fallait-il laisser la couturière continuer impunément et librement à contaminer ses amants éventuels ? Un stratagème seul, le chantage, par menace d'une plainte pour contamination volontaire, amena la demoiselle à composition, et elle se fit traiter au dispensaire, sans accident cette fois.
Autre exemple :
Le docteur Milian parle des filles qui viennent consulter à l'hôpital.
« Quelques-unes sont raisonnables et se font hos- « pitaliser, y restent le temps nécessaire à leur blan- « chiment ; mais combien sortent dès qu'elles sont « devenues présentables et cessent de venir au traite- « ment. J'essaie bien dans mon service, quand elles « y viennent, de les retenir, mais les influences exté- « rieures sont plus fortes que la mienne, et j'ai beau « les menacer de les dénoncer à la Préfecture de po- « lice, elles s’en vont de l’hôpital encore contagieuses, « car elles savent bien que je n’ai sur elles aucun pou- « voir et que je n’ai aucun droit à leur dénonciation. »
« Il v a quelque temps une femme couverte d’acci- « dents secondaires est reçue par la grande consulta- « tion de l’hônital. Elle entre à midi dans la salle. A « une heure son « ami » vient la visiter et lui ordonne « de reprendre ses habits et de sortir. La surveillante
En
mn =
ue
s'interpose et essaie de faire comprendre à l'ami que cette malade contagieuse doit avant tout se soigner. Il faut bien que je mange, a répondu l'ami et ils sont partis tous deux sans qu'aucune personne ait eu le pouvoir de les retenir. »
Relatant une histoire aussi lamentable, le docteur
Alain Spillmann s'exprime ainsi :
« Nous avons eu. malheureusement à déplorer la sortie de l’hôpital de trois malades en cours de traitement, deux femmes et un homme.
« Nous ne pouvions que nous incliner et constater que la femme, syphilitique contagieuse, est libre de donner sa maladie sous prétexte qu’elle travaille ou qu'elle est mariée.
« Le malade homme est resté deux mois et demi sans traitement et est revenu couvert d'accidents secondaires, après avoir contaminé la femme avec qui il vivait.
« Envisagée du point de vue social, cette liberté qui permet à des êtres sans morale de contaminer en toute connaissance de cause nous paraît odieuse. « C’est un acte abominable que le législateur ne devrait pas laisser impuni. I] faudrait vraiment peu de chose pour nous donner satisfaction, sans qu'il soit porté atteinte à la liberté individuelle : et si cette liberté de chacun devait être un obstacle à la sauvegarde de tous. nous dirons avec Thiry et T. Barthélemy : « la liberté qui permet l’empoisonnement de toute une population ne mérite plus le nom de liberté. »