LA CONTRAINTE EST-ELLE LEGITIME
Un simple regard jeté sur les statistiques officielles suffit à convaincre de l'étendue du mal. Quelles mesures paraîtront trop sévères si elles doivent être efficaces
En France, le dixième de la population est atteint par la vérole (trois millions neuf cent vingt mille Français des deux sexes).
Vingt mille enfants sont tués chaque année dans le sein de leur mère.
Quarante mille avortements, chaque année, sont le fait de la syphilis.
Mortalité en France : quatre-vingt mille décès par an.
Dans les hôpitaux, 40 % des malades en traitement pour des affections chroniques doivent leur mal à la syphilis.
(Statistiques de la Commission de prophylaxie du ministère de l’Hygiène.)
« La question de l'obligation du traitement — dit « le Docteur Cavaillon — ne peut, en principe. être « discutée. Il est inadmissible, il n’est pas admis qu'un
« malade à peine convalescent de variole se proinène « dans la rue, qu’un enfant à peine convalescent de « diphtérie aille en classe. I n’est pas possible d’ad- « mettre qu'un malade atteint de syphilis puisse libre- « ment avoir des rapports sexuels, alors qu'il est en « période contagieuse, et puisse refuser de subir un « traitement. »
La réglementation de la prostitution est, en fait la première tentative d'application du traitement obligatoire.
On s’est empressé de remédier au cas le plus urgent. Des femmes vivent de leur métier de prostituées : jusqu'à cinquante fois dans la journée elles ont l’occasion de contracter ou de communiquer la maladie. !T faut les mettre à part de la société, les examiner, les soigner de gré ou de force. Ici le danger est si évident, si pressant, si considérable, que l’on ne tient plus aucun compte des principes de la liberté de l'individu. et si la loi a trop de pudeur pour y attenter ouverte: ment, les règlements de police ont moins de scrupule devant la nécessité d'intervenir. Ces femmes sont repérées et classées, des médecins sont chargés de les examiner à date fixe ; suspectes, elles sont isolées ; malades, elles sont séquestrées et soumises au traitement jusqu'à disparition des accidents contagieux.
Voilà donc admis le principe du traitement obliga toire, mais appliqué seulement à une catégorie de femmes que leur métier met au ban de la société.