OSSEUX
20 Points DE CONTRE-ASCENSION. — Les régions ou saillies osseuses qui empêchent un corset plâtré de remonter glisser par en haut) sont au nombre de trois : les ischions, le torse et la base de la tête.
Les ischions, excellents points de contre-ascension en théorie, sont négligés en pratique, car ils exigent des sous-cuisses impraticables pour un appareil plâtré et difficilement supportés par le malade.
Le Zorse, large cône à grande base supérieure, forme un large butoir empêchant le corset de remonter. Il forme un assez bon point de contre-ascension dans son ensemble, sa large surface compensant en partie sa mobilité. «
La base de la tête, enfin, constitue par ses régions occipitale et sous-maxillaire un excellent point de contre-ascension absolument rigide.
Les points de contre-ascension n’ont pas besoin de posséder la même exaclitude que les points de support, la pesanteur de l’appareil s’opposant elle-même, dans la position verticale, à l'ascension
du corset.
3° PoiNTS DE CONTRE-ROTATION. — C’est encore le bassin et les épaules qui s'opposent à la rotation du corset. En effet, le bassin, de forme ovalaire, constitue un point de contre-rotation excellent, les épines iliaques antéro-supérieures servant de points de butée ; et les épaules aplaties d'avant en arrière empêchent naturellement toute rotation d’un appareil plâtré autour d'elles.
B. — Points d'appui
Nous avons vu que dans le mal de Pott la fracture du rachis étant constituée par perte de substance osseuse, il se produisait une inflexion en avant. C’estcontre cette inflexion que doivent lutter les appareils orthopédiques rigides, en agissant en sens inverse.
Pour cela ces appareils devront utiliser au moins trois points
d'appui, un en arrière au niveau de la gibhosité conséquence dé l'inflexion, et deux en avant, un sur le segment supérieur, et un sur le segment inférieur du rachis fracturé.
Mais tandis qu'on peut prendre un point d'appui direct sur la colonne vertébrale en arrière, il ne sera possible d'agir en avant sur les segments vertébraux que par l'intermédiaire du bassin, de la ceinture thoracique et de la tête.
Le bassin, dans lequel est comme encastrée la partie inférieure du rachis, constitue une ceinture osseuse très résistante et indéformable.
Par son intermédiaire on peut donc agir puissamment sur la colonne vertébrale, d'autant qu'il présente des éminences osseuses, facilement accessibles sous la peau, et formant des points d'appui de premier ordre.
En avant, il y a trois points d'appui de grande importance: les deux épines iliaques antéro-supérieures que l’on peut modeler dans un appareil plâtré sur trois de leurs faces et la symphyse pubienne qui peut être recouverte par les faces supérieure et antérieure.
En arrière, on trouve également trois points d'appui disposés en triangle, d’ailleurs simples éminences osseuses sur lesquelles le plâtre ne peut être qu'appliqué : les deux épines iliaques postérosupérieures et l'angle saïllant du sacrum.
En haut, les deux crêtes iliaques ou dôme des hanches orment deux larges points d’appui s'étendant du sacrum à l'épine iliaque antéro-supérieure.
Plus prononcées chez l'adulte et surtout chez la femme, mais toujours modelables, les crêtes iliaques ont une énorme importance pour les corsets orthopédiques. |
En bas enfin, les ischions forment des points d'appui théoriquement intéressants, mais pratiquement inutilisables, surtout dans les appareils plâtrés.
C'est grâce à tous ces points d'appui qu’on peut fixer presque rigoureusement un bassin par un appareil plâtré, et par le bassin agir sur l'extrémité inférieure de la colonne vertébrale.
La ceinture thoracique ne-permet pas d'agir autant sur le rachis, loin de là, étant en elle-même très mobile. Cependant les côtes unies d’une part au sternum et d’autre part à la colonne vertébrale
H. Lelièvre 7
nous permettent une certaine action sur le rachis. On peut repousser en arrière la colonne vertébrale en pressant sur le séernum et la partie antérieure des côtes, l’action étant d'autant plus marquée qu’on se rapproche davantage des premières côtes qui sont ne longues et dont la courbure est plus prononcée.
A la partie toute supérieure du thorax la c/avicule fournit un point d'appui intéressant à condition que l'omoplate Vienne buter contre un plan résistant en arrière (ce qu’on réalise dans le corset plâtré), car alors la clavicule étant fixée en dehors sur l’omoplate qui ne peut plus reculer, une pression sur elle repousse en arrière le sternum et par suite le rachis.
La tête enfin offre par sa base (nugue et maxillaire inférieur} un point d'appui de grande valeur, puisqu'elle est solidement reliée à la colonne cervicale.
IT. — TECHNIQUE GÉNÉRALE A. — Bandes plâtrées
Ao AvanraAGEs. — Les appareils plâtrés étaient, il y a quelques années surtout, confectionnés avec des attelles constituées par la superposition de feuilles de tarlatane d'une forme déterminée et que l’on trempait dans la bouillie plâtrée. Ges attelles étaient maintenues par des bandes de toile enroulées jusqu'à ce que le plâtre soit sec. Quelques chirurgiens y ajoutaient des bandes de plusieurs épaisseurs de tarlatane trempées dans de la bouillie plâtrée.
Mais l’utilisation de l’attelle plâtrée, outre qu'elle demande des préparatifs plus compliqués (préparation de la bouillie plâtrée, de l’attelle, imprégnation et application de l'attelle au moyen de bandes, etc.) ne permet pas de modeler les surfaces osseuses et les segments du corps d’une façon régulière. |
Malgré les échancrures que l’on pratiquera dans l’attelle, on ne pourra empècher qu’elle ne fasse un certain nombre de plis qui peuvent amener des eschares. Or, l’extérieur d'un appareil plâtré ne signifie rien, il faut le regarder en dedans pour voir ce qu'il vaut. On ne doit point y trouver de plis; il doit être uni et lisse
partout, avec des dépressions sans crêtes vives, moulant le plus exactement possible les surfaces osseuses proéminentes,.
A cet égard, la méthode des appareils plâtrés par la bande dome les meilleurs résultats, car, nous le verrons, elle permet de modeler presque exactement les régions que l’on veut recouvrir.
20 PRÉPARATION DE LA BANDE PLATRÉE. — Le système le plus simple et le plus pratique consiste à tremper dans de l’eau (froide ou tiède) au moment de s’en servir des bandes de tarlatane sur lesquelles on a appliqué à l'avance du plâtre sec.
La préparation de ces bandes plâtrées demande deux opérations : confection de la bande detarlatane et emplâtrage.
a) Confection de la bande de tarlatane. — Les bandes doivent toutes avoir de 5 à 6 mètres de longueur, mais leur largeur doit varier suivant l'emploi qu’on en veut faire.
Le plus couramment on emploie des bandes de 8 centimètres et 12 et 15 centimètres de largeur. On peut se servir encore de bandes de 6 centimètres de largeur pour lesminerves de jeunes enfants.
On fabrique ces bandes avec de la tarlatane empesée qui à sept mailles par centimètre (n° 7).
Après avoir coupé la longueur voulue (5 m.) dans la pièce, et enlevé la lisière du bord, on amorce les bandes aux ciseaux à une extrémité de la pièce en comptant 1 centimètre de plus que la largeur désirée pour chaque bande. Puis on les déchire à la main et l’on enlève ensuite trois fils de chaque côté de la bande.
La bande de tarlatane est ensuite roulée à la main ou à la
manivelle.
b) Plätrage à sec de la bande. — C’est le point le plus délicat de la préparation de la bande plâtrée et l’on pourrait presque dire que, suivant que le plâtrage sera bien ou mal fait, l'appareil plâtré sera bon ou mauvais. Avec une mauvaise bande plâtrée qui a trop ou trop peu de plâtre, qui est trop ou pas assez serrée, il est presque impossible de faire un appareil plâtré qui ne casse pas ou qui soit bien moulé. C’est donc avec le plus grand
soin que le plâtrage devra être fait.
On peut dire en général qu'une bande plétrée doit contenir.
uniformément réparti, le maximum de plâtre pour que, trempée dans l'éau, elle s'imprègne complètement, au bout de quelques minutes et que tenue verticalement dans la main elle ne se déroule pas d’elle-même par sa partie centrale en entonnoir. Û
Pour plâtrer une bande on la place en la déroulant un peu par son chef libre, sur une table où se trouve du plâtre sec, et l’on étale dessus une poignée de plâtre en glissant la main vers la partie de la bande encore roulée, puis l'on répartit uniformément ce plâtre sur toute la largeur de la bande avec le talon de la main que l’on ramène vers soi.
Après quoi on enroule sur elle-même la partie plâtrée, et ainsi de suite, en ayant soin de ne pas trop serrer la bande.
3° MANIPULATION DE LA BANDE PLATRÉE. — La bande ainsi plâtrée doit être conservée dans un endroit très sec, et d’ailleurs ne peut guère se conserver plus de huit jours, car, malgré tout, le plâtre, finit par s’hydrater et devient impropre à tout usage.
a) /mmersion. — Une ou deux minutes avant d'utiliser la bande plâtrée on l’immerge complètement dans l’eau froide, ou tiède (1) si l’on craint que le malades ouffre du froid et l'on attend, pour l’employer, qu’elle ne laisse plus échapper de bulles d'air : à ce moment elle est suffisamment imbibée d’eau. Mais il faut avoir soin de ne pas y toucher, une fois mise dans l’eau.
Une bande ne doit pas rester trop longtemps dans l’eau avant d’être utilisée (cinq minutes environ au maximum) et l’on ne doit pas mettre trop de bandes dans la même eau, car l’eau saturée de plâtre n’imbiberait pas suffisamment les dernières bandes immergées. Il est bon de ne mettre dans l’eau, au moment de commencer l'appareil, que trois bandes, et l’on remplace seulement dans l’eau chaque bande que l’on enlève par une autre.
b) Æxpression. — Quand on retire la bande de l'eau il ne faut pas la tordre Sur elle-même, mais seulement la presser légèrement entre les deux mains ou la prendre à chaque extrémité et l'infléchir un peu pour expulser l’excès du liquide.
4. ne faut pas mettre de sel dans l’eau pour faire prendre le plâtre plus vite, car cela le fait casser plus facilement,
c) Application de la bande plâtrée. — Les règles de l'application dela bande plâtrée ont été très bien déterminées et fixées par Ducroquet (1).
Pour dérouler régulièrement une bande plâtrée, le chef initial ayant, été appliqué bien à plat, on doitse laisser diriger par la bande elle-même, une main déroulant le globe (2) (comme un rouleau de pâtisserie) en l’appliquant sur la partie du corps à revêtir, tandis que l’autre lisse la bande déroulée. On ne doit pas prendre le globe à pleine main et tirer sur la partie de la bande appliquée : on risquerait ainsi de faire un appareil trop serré, ce qui pourrait avoir de graves conséquences ; et, de plus, les bandes plâtrées passant directement sur les saillies osseuses en formant des ponts ne seraient pas appliquées dans les dépressions d’où mauvais modelage et eschares possibles. La bande bien roulée doit suivre exactement la forme du corps et ne former ni plis, ni brides.
On ne doit point chercher à faire avec la bande plâtrée des renversés comme on en fait avec la bande de toile, cela aurait pour résultat la formation de brides et de plis qui pourraient blesser le malade. On doit diriger sabande d’une autre manière. Si l’on avait à recouvrir une surface cylindrique on pourrait facilement le faire en déroulant à plat la bande sans en changer la direction. Mais le corps humain représente plutôt une série de troncs de cône ; or. quand une bande est enroulée à plat sur une surface conique, elle se trouve toujours ramenée vers la grande base du cône. Ducroquet a décrit une manière simple et pratique de diriger une bande plâtrée : elle consiste à « faire revenirla bande en retour du chemin qu’elle vient de parcourir ». C’est le « retourné ». Il y a quatre facons différentes de pratiquer le retourné : on peut faire :
Le retourné simple :
Le double retourné en deux lemps ;
Le retourné à la volée ou de main libre ;
Le double retourné en un temps.
Ces retournés, qui ne sont pas employés indifféremment (ainsi