ET DE LA MORT APPARENTE QUI EN RÉSULTE
Je dois à mon collègue et ami, le docteur Deje- RiNE, professeur agrégé à la Faculté, la connaissance d'un fait de rappel à la vie par les tractions linguales, à la suite de l'état asphyxique, avec mort apparente, déterminé par l'action sur Phomme de forts courants électriques.
La relation de ce fait est donnée dans le Journal de Genève du 2 novembre 1893, dans le feuilleton ayant pour titre : « Revue industrielle », les courants électriques aériens et souterrains, et portant la signature Ed. Lulltn.
L'auteur de l'article, après avoir insisté sur les dangers des conducteurs électriques aériens à forts courants, destinés à Téclairage électrique des villes (il s'agit, en ce cas, de la ville de Besançon), et placés au-dessus des toits à une hauteur insuffisante, et non isolés, et après avoir rappelé le cas d'une victime foudroyée par un de ces contacts accidentels, et qui, malgré toutes les tentatives, ne put être rappelée à la vie, ajoute les réflexions suivantes, qu'il fait suivre de la relation d'un second cas, dans lequel les tractions linguales ont eu un résultat absolument efficace.
Nous reproduisons textuellement le récit d'autant plus intéressant de l'auteur, qu'il paraît peu
familiarisé, on s'en aperçoit facilement, avec les •choses de la médecine :
« Ceux qui sont ainsi foudroyés par le courant électrique sont dans le même état que les noyés, c'est-àdire dans un état d'asphyxie, et le traitement à leur faire pour essayer de les ramener à la vie consiste à provoquer une respiration artificielle, qui, quelquefois, finit par faire revenir la respiration naturelle. Mais il faut persévérer longtemps dans ce traitement, car chez M. B. il avait fait disparaître la couleur noire de la peau produite par l'asphyxie du foudroiement, et lui avait rendu une teinte de vie et même une légère transpiration, mais il n'avait malheureusement été fait que trop tardivement, et malgré ces phénomènes la mort a été bien dûment constatée le troisième jour par le seul critère souverain, la décomposition organique.
Mais les effets des forts courants électriques sur l'homme sont encore si peu connus que nous tenons à citer encore ici un cas récent et spécial dans lequel un ouvrier de notre connaissance a eu la vie sauvée par un traitement qu'on peut taxer de bizarre, mais qu'il peut être utile de connaître.
Obs. XXVI. — Cet ouvrier avait été foudroyé, au haut d'un poteau-support, et par suite de circonstances particulières, par un courant alternatif de plus de 2,000 volts, et il avait été emporté dans la pharmacie voisine, la main brûlée par le câble, le corps tout noir, et pour ainsi dire à l'état de cadavre.
Le pharmacien, plein d'initiative et d'énergie, eut l'inspiration de chercher à produire une respiration artificielle, en prenant avec une forte pince la langue du malheureux et en la tirant dehors de la bouche, puis en la refoulant au fond, et cela alternativement pendant plus d'une heure, grâce au concours de quelques aides faisant relai.
La respiration artificielle ainsi énergiquement provoquée finit, à la grande joie de tous, par ramener
enfin, en mettant en action les centres nerveux que nous possédons dans la région centrale de notre buste, la respiration naturelle, et l'ouvrier ainsi sauvé a repris aujourd'hui sa vie ordinaire: sa main seule,àdemicarbonisée par le câble, reste en traitement, car les blessures faites par le courant électrique sont, chose singulière, particulièrement longues à guérir. »
Le traitement taxé de « bizarre » et qui a opéré, encore ici, une véritable résurrection, après une heure de manœuvre persistante, dont il convient de féliciter hautement le pharmacien, que nous regrettons de ne pouvoir désigner par son nom, n'est autre, comme on vient de le voir, que le procédé des tractions rythmées de la langue.
C'est une nouvelle extension de ses indications et de son application dans le champ des asphyxies de toute nature et de toute provenance ; et cette extension est loin d'être sans importance, quand on songe au développement progressif des applications pratiques de l'électricité, sans parler des accidents assez fréquents du foudroiement naturel, également tributaires de la nouvelle méthode de traitement.
LE PROCÉDÉ des TRACTIONS RYTHMÉES de la LANGUE DANS L'ASPHYXIE DES NOUVEAU-NÉS
Parmi les asphyxies, celle du nouveau-né, si fréquente, et si souvent fatale, ne devait pas tarder à attirer l'attention sur l'application possible et facile du procédé de la langue.
Nous venions à peine de le faire connaître que M. le docteur Ch. Péronne (de Sedan), dont nous avons, depuis, à regretter la perte, réalisait cette application, avec un plein succès, dans trois cas d'asphyxie chez des nouveau-nés, dont il nous donnait lui-même la relation dans les termes suivants :