‹ Le Traitement Post-Opératoire de la Luxation Congénitale de la HancheChapitre 9 sur 23 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

De la luxation congénitale de la hanche. La réduction non sanglante par la méthode de Lorenz : ses résultats anatomiques immédiats.

Avant d'entrer dans le cœur de notre sujet, il nous a paru indispensable, pour la clarté de ce qui va suivre, de dire un mot de la luxation congénitale de la hanche, et d’exposer la technique opératoire actuelle de Lorenz, et les modifications anatomiques immédiates qu'elle entraine.

Si l'on venait à examiner, ainsi que l’a fait lui-même le professeur de Vienne, un très grand nombre d'enfants à la naissance (un millier environ), on ne découvrirait chez aucun d'eux de traces de luxation dite congénitale et cependant plusieurs en seront fatalement atteints plus tard.

La luxation est donc postérieure à la naissance et semble résulter, ainsi que le démontre la radiographie, d'un arrêt de développement, portant sur une ou plusieurs parties du squelette du bassin, et détruisant ainsi l'harmonie des différentes pièces de l'articulation coxo-fémorale.

Devons-nous voir là, avec Fournier, l’action éloignée de quelque diathèse dystrophique, la syphilis en particulier, ou le résultat de causes encore mal définies, parmi lesquelles l'hérédité et la faiblesse constututionnelle semblent jouer les rôles principaux ? Nous voyons en effet fréquemment des familles, dans des régions déterminées (pour la France du Sud-Ouest, les départements de la Charente et du Lot-et-Garonne en particulier) où l’on compte des boîteux de naissance à chaque génération.

Les filles, en raison de leur faiblesse constitutionnelle, sont

toujours plus souvent atteintes que les garçons dans la proportion de 70 p. 100. Sans pouvoir en donner la raison, nous constatons que dans les affections unilatérales le côté droit est le plus souvent luxé dans la proportion de 80 p. 100, et dans les affections bi-latérales c'est également le même côté qui présente le plus de gravité.

Quelle que soit la cause efficiente, dès que l’enfant commence à marcher (en général assez tard), et seulement à ce moment, le premier symptôme de luxation se manifeste : la claudication, d’abord incertaine et difficile à déceler, mais devenant de plus en plus manifeste à mesure que l'extrémité fémorale s'élève audessus du rebord cotyloïdien.

A ce symptôme capital, et du fait de son aggravation, viennent se joindre d’autres signes : Le raccourcissement des adducteurs et du couturier, limitant les mouvements d’adduction, l'élévation du grand trochanter au-dessus de la ligne de Roser- Nélaton, l’atrophie de tous les muscles de la cuisse, et souvent une scoliose lombaire compensatrice.

Si la luxation est bi-latérale, les symptômes symétriques se compliquent d’une lordose exagérée, d’une ensellure.

Ainsi se manifeste à nous cette affection tributaire de l’intervention de Lorenz.

Si le professeur de Vienne a puisé, dans les expériences de ses prédécesseurs, l'idée première de la cure des boîteux de naissance, il a toujours eu en vue, véritable innovateur, la réduction de la luxation et non la simple transposition de la tête fémorale.

Ainsi comprise, cette méthode ne peut s'appliquer qu'aux enfants : la destruction du rebord cotyloïdien ou de l'extrémité fémorale par la marche, l'épaississement de la capsule, le développement musculaire exagéré, toutes choses qui ne manquent d'arriver, rendent en effet souvent impossible, à l'âge adulte, la réduction.

D'après les statistiques les plus récentes, l’âge de prédilection pour pratiquer l'opération de Lorenz varie entre deux et huit ans. Passé cette période, les chances de succès diminuent

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considérablement, pour devenir à peu près nulles vers treize ans.

Exceptionnellement, il nous a été donné de voir des luxéscongénitaux d’un âge plus avancé, en particulier une jeune fille de dix-sept ans, opérés avec succès, mais après un examen radiographique des plus favorables.

On ne saurait donc opérer les boiteux de naissance trop Jeunes.

Actuellement, la réduction s'oblient, d'après le procédé de Lorenz, sans traitement préparatoire.

Le sujet étant profondément anesthésié, et le bassin maintenu par un aide, l'opérateur détruit, avec le bord externe de la main, par des pressions répétées, la corde tendue des adducteurs; c’est le myorrhexis adductorum.

La cuisse est ensuite amenée progressivement, par des mouvements combinés de flexion et d'adduction de plus en plus étendus, dans une position parallèle au plan frontal du corps.

A ce moment, si la capsule n’est pas trop résistante, et si le rebord cotyloïdien est mousse, la réduction peut se produire.

Sinon, l'opérateur devra augmenter la pression qu’il exerce sur le genou, au moyen d'un appui sous la région trochantérienne, fait à l’aide du poing fermé ou d’un billot, et déterminer, sous l'effet de ce puissant levier du premier genre, le passage de la tête fémorale en avant.

Dans Les cas de malformations du col, d'antéversion en particulier, on devra imprimer des mouvements de rotation interne au fémur pour favoriser la réduction.

Ainsi conduite, l'opération de Lorenz aboutit à un résultat anatomique : la tête fémorale occupant l'emplacement de l'acétabulum.

Ce résultat est-il toujours suffisant ?

Si la reluxation provoquée se produit au moindre mouvement d'adduction, l'opérateur devra faire saillir fortement l'extrémité fémorale dans le triangle de Scarpa, faire une antéposition, c'est à ce prix-là seul qu'il obtiendra un bon résultat

final.

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