‹ Le traitement pratique de l'épilepsieChapitre 20 sur 57 · LES ACCIDENTS GÉNÉRAUX DU BROMURE · texte numérisé non relu

LES ACCIDENTS GÉNÉRAUX DU BROMURE

Considérons d’abord les accidents généraux qui peuvent survenir sous l’influence de l’administration longtemps prolongée du bromure, donné à la dose suffisante.

J’en ai déjà parlé, pour dire qu’il fallait chercher à les produire dans une mesure atténuée au moment de la troisième semaine, lorsque le patient prend la plus forte dose de bromure. Ils consistent, nous le savons, en un peu d’aflaiblissementgénéral, moral et physique, de la tendance au sommeil, de la diminution de l’appétit et de la constipation. Je dois ajouter, cependant, que cette dernière peut être le plus souvent évitée par un régime que je décrirai bientôt.

Dans les limites que je viens d'indiquer, ces accidents sont parfaitement supportables et n’entravent en aucune façon la vie physique et morale des sujets en traitement. Mais il n’en est pas toujours ainsi, et, même au cours d’une cure soigneusement surveillée, des accidents généraux, sinon graves, du moins assez sérieux pour faire interrompre l’administration du bromure, ce qu’il faut toujours éviter, peuvent parfois se montrer. J’ajoute que leur apparition est le plus souvent de la faute du médecin.

Il est incontestablement des épileptiques qui sont très sensibles aux faibles doses de bromure, alors que d’autres en absorbent, comme je l’ai observé, les quantités invraisemblables de 14 grammes par jour, sans notables inconvénients.

• Chez les premiers, la dose suffisante est difficile à atteindre. On peut observer dès le début du traitement l’exagération de tous les phénomènes généraux que j’ai déjà signalés. Il en résulte un trouble de l’économie qui peut ressembler à un embarras gastrique avec affaissement très marqué, comme chez le malade dont

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j’ai rapporté l’histoire. L’appétit est nul, la langue sale, très élalée, l'haleine « sent le bromure », la constipation est opiniâtre, le sommeil presque constant, les pupilles dilatées au maximum sans réaction lumineuse ni accommodative. Ces phénomènes, dans quelques cas, peuvent être précédés d’une sorte d’excitation toujours passagère, caractérisée par de la congestion des conjonctives et par un état d’irritabilité. Dans certains cas graves, on voit survenir parfois un peu de fièvre et même de la diarrhée, qui pourraient faire penser à la fièvre typhoïde.

11 est extrêmement rare, j’y insiste, de voir apparaître ces complications générales, qui indiquent une forte intoxication, au début d’un traitement bien conduit. Je laisse de côté les sujets réfractaires au traitement habituel par le bromure, celui que je décris, chez lesquels ce médicament produit parfois de véritables indigestions. Même chez ceux qui sont très sensibles au bromure, en prescrivant de faibles quantités progressivement augmentées, on arrive assez souvent et assez vite à fixer la dose suffisante sans la dépasser, sans provoquer les accidents généraux de l’intoxication.

Ceux-ci ne se montrent guère que chez les malades en traitement depuis assez longtemps, chez lesquels il faut peu de chose pour changer l’imprégnation déjà ancienne -en intoxication. Ces patients ont été mal ou insuffisamment surveillés, ou bien ils prennent d’euxmêmes de trop fortes doses de bromure, dans le but d’arriver à une guérison plus rapide.

Je pourrais citer des exemples dans chacune de ces catégories. J’ai parlé du malade qui s’en fut faire un traitement très modéré dans un village de l’Est, à mimontagne, où le médecin ne sut pas reconnaître l’intoxication bromurée et l’arrêter à temps en diminuant la dose. J’ai traité une jeune fille qui, dans un déplacement, changea sa cuillère à soupe pour une cuillère à salade en bois, beaucoup plus grande que celle qu’elle employait habituellement, et s’intoxiqua d’une façon assez grave. J’ai vu récemment une jeune femme qui, au moment de diminuer la dose, après être restée plus d’un an sans accès, la porta d’elle-même à un taux trop élevé dans l’espoir de guérir plus vite et présenta des

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phénomènes toxiques assez sérieux. Enfin, il importe que la préparation soit toujours rigoureusement dosée. Il faudra de ce fait, si possible, la faire exécuter constamment dans la même officine.

C’est dans ces conditions que l'intoxication générale se produit le plus souvent, à part certains cas d’intolérance excessive dont je reparlerai. En somme, elle est facile à prévenir et à éviter si le malade est soigneusement surveillé par un médecin expérimenté. 11 est possible, toutefois, qu’elle se montre, même dans ces conditions, si les malades, trop désireux de guérir, je l’ai dit, ont forcé la dose, si la préparation a été préparée à trop haut titre. C’est alors que les symptômes que j’ai décrits, et qu’il doit connaître, mettront- vile le praticien sur la voie du diagnostic et lui feront prescrire un traitement approprié.

Si, malgré toutes les précautions prises, les accidents généraux existaient un peu graves, le traitement consisterait en la suppression immédiate du bromure, en une purgation avec régime lacté absolu combiné à l’administration, pendant trois ou quatre jours, de 30 gouttes de teinture de scille et de digitale mélangée, pour exciter les fonctions cardiaques et la diurèse et favoriser ainsi l’élimination du bromure. On devra essayer d’établir exactement la dose à laquelle le médicament a produit les accidents généraux, et aussitôt la convalescence établie, c’est-à-dire au bout de quelques jours, — cela dépend de l’époque où le médecin a été averti de l’apparition des accidents toxiques, — redonner de petitesdoses afin d’interrompre, le moins longtemps possible, le traitement, surtout si celui ci a déjà été assez longtemps prolongé. Puis on reviendra peu à peu à la dose suffisante. Le praticien se basera sur ce qui s’est passé pour multiplier les recommandations et exiger que le sujet reste sous sa direction immédiate et soit entouré de personnes sûres qui ne permettront plus de semblables irrégularités. 11 s’assurera que le patient absorbe désormais des préparations rigoureusement dosées.

On pourrait, peut-être, juger préférable de ne pas supprimer brusquement toute la dose, de crainte de faire ainsi reparaître les accès. Cette suppression absolue est pourtant la meilleure méthode à employer : c’est elle

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qui le plus rapidement fait cesser l'intoxication. Nous savons, en outre, que lorsque la dose suffisante est remplacée par une dose trop forte ou toxique, les accès peuvent aussi bien revenir que si le malade ne suivait plus aucun traitement. S’il prend une dose trop faible, ce qui est le cas lorsqu’on lui conserve 1 ou 2 grammes de bromure au cours d’une intoxication par G ou 8 grammes par exemple, les accès peuvent également reparaître. Dans ces conditions, il vaut mieux supprimer, d’emblée, complètement le médicament et le reprendre le plus vite possible, aussitôt la convalescence qui, dans la suppression brusque, est beaucoup plus rapide que lorsqu’on maintient des doses inférieures, lesquelles, je l’ai dit, n’ont qu’une action à peu près nulle sur les crises.

Je le répète, de pareils faits d’intoxication sont assez rares. Il faut cependant bien les connaître, de façon d’abord à les éviter, et ensuite, lorsqu’ils se produisent, quelle qu’en soit la cause, à parer le plus vite possible aux éventualités que les accidents généraux entraînent avec eux et dont l’interruption d’un traitement, depuis longtemps prolongé, n’est pas la moindre. L’apparition d’un nouveau paroxysme, soit sous l’influence de l'exagération, soit sous l’influence de la suppression de la dose suflisante, est ce qu’il y a de plus à craindre, car elle fait perdre presque tous les bénéfices obtenus par une cure déjà prolongée.

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