LES ACCIDENTS LOCAUX OU CUTANÉS DU BROMURE
gnation. De ce fait, ils peuvent coexister avec les accidents généraux, mais, le plus souvent, ils en sont indépendants. Ils sont beaucoup plus directement liés à l’absorption du bromure qu’à l’intoxication réelle par ce médicament. On ne peut toujours se baser sur une dose plus ou moins élevée, la diminuer ou l'augmenter pour en prévenir l’apparition ou les faire disparaître.
Ce qui le prouve, dans une certaine mesure, c'est que M. Féré « a vu plusieurs fois que les accidents de bromisme cutané, sous forme d’acné disséminée, qui se manifestaient avec des doses moyennes de 4 à 5 grammes, disparaissaient sans aucune intervention lorsqu'on atteignait des doses plus considérables ». Ces derniers cas sont certainement rares, et, pour ma part, je ne les ai jamais observés; mais ils pourraient, le cas échéant, entraîner des hésitations. Le bromure n’est certainement pas seul en cause dans ces faits particuliers, car sa diminution devrait atténuer ces accidents ou les faire disparaître, et c’est le contraire qui se produirait. Il faut tenir compte de la prédisposition dite individuelle, qui sert surtout à masquer notre ignorance. Pour toutes ces raisons, quelles qu’elles soient, les accidents cutanés ou locaux, lorsqu’ils existent, rendent plus difficile que les accidents généraux l’établissement de la dose suffisante de bromure.
En effet, je l’ai dit, à part certains cas exceptionnels d’intolérance individuelle, le plus souvent c’est par défaut de surveillance, par ignorance, par supercherie parfois involontaire, que surviennent les accidents généraux. Une fois reconnus, il est en général facile de les faire rapidement disparaître, et quand le traitement est repris, il devient permis d’espérer qu’on pourra revenir assez vite à la dose suffisante, étant donné qu’on aura déjà en main tous les éléments de sa fixation.
Il n’en est plus de même en ce qui regarde les accidents locaux qui empêchent parfois par leur précocité, leur intensité ou leur multiplicité, d’atteindre cet état général un peu particulier de la troisième semaine qui est l'indice le plus certain, avec le signe de la pupille, de la dose suffisante. En réalité, ce sont les accidents locaux qui entravent le plus souvent le traitement.
L’acné bromique. — Ils consistent principalement en
LES ACCIDENTS DU BROMURE
manifestations cutanées qu'il est parfois possible de prévoir à l’avance el de prévenir. Us surviennent surtout, en effet, chez les épileptiques à peau habituellement grasse, sujets à l’acné. C’est donc l’acné qui se montre le plus souvent, et il est bien rare que le malade le plus tolérant n’en présente pas quelques manifestations plus ou moins discrètes au cours du traitement.
Qu’il existe quelques éléments éruptifs sur le tronc, sur les bras, entre les épaules et sur la poitrine, lieux d’élection habituels de l’acné bromique, cela n’a qu’une importance relative. Mais qu’il survienne, comme il arrive parfois, une éruption confluente de la face avec prurit, non seulement cela compromet l’esthétique du visage chez les femmes, mais encore les boutons d’acné peuvent s'agglomérer, devenir croûleux, suintants et, de ce fait, entraver les occupations habituelles et mettre, de façons différentes, un obstacle absolu au traitement.
J’ai soigné pour des accidents épileptiques assez espacés un jeune étudiant ès lettres qui gagnait sa vie en donnant des répétitions dans un certain nombre de familles. Lorsqu’il en arrivait à la dose de 4 grammes de bromure, qui arrêtait au plus juste ses accès, il survenait chez lui une éruption acnéique du visage qui le défigurait au point qu’on refusait de le recevoir dans les maisons qui lui assuraient le pain quotidien. Il essaya à plusieurs reprises de divers moyens pour conjurer ces accidents et dut se maintenir à une dose inférieure de bromure, suffisante, à la vérité, pour calmer les accès dans une certaine mesure, mais incapable d’assurer la guérison. Les conditions sociales jouent donc, on le voit, un certain rôle dans le traitement des épileptiques.
J’ai soigné, par contre, une jeune fille de dix-huit ans qui, plus fortunée, prit le parti de se retirer à la campagne loin de tous et resta sans sortir pendant près d’un an. Elle cacha ainsi son visage couvert d’acné aux regards indiscrets et eut, par son courage, le bonheur de triompher complètement de son mal. 11 lui resta quelques cicatrices marbrées qui ponctuèrent d’abord son visage, mais s’effacèrent à la longue; en fin de compte, le résultat fut des plus satisfaisants.
Mais il n’y a pas que les conditions esthétiques à con-