‹ Le transformismeChapitre 23 sur 74 · H^ECKEL · texte numérisé non relu

H^ECKEL

Programme de l'œuvre de Hxckçl ; le monisme ; la théorie du carbone ; les Monères ; le rëgne des Protistes. — La forme animale primitive. — Les principes de la généalogie du Règne animal ; importance capitale de l'embryogénie. — Généalogie haeckélienne du Régne animal. — Les vingt-deux degrés de la généalogie humaine. — Théorie de l'individualité animale.

Programme de V Œuvre de Hceckel; le monisme ; les Monères; le règne des Protistes, -. — Le grand eflfort de Darwin s'est principalement porté sur la démonstration de la variabilité des espèces, sur la mesure de leur variabilité, sur la détermination des causes de la division des races en rameaux qui deviennent plus tard incapables de se mêler et que nous nommons désormais les espèces. Il a ensuite étudié quelques points particuliers, aptes à bien faire comprendre la portée de sa doctrine et la puissance d'explication qu'elle était capable d'atteindre, ou à frapper l'imagination, comme le problème de l'origine de l'Homme. 11 laissait à ses successeurs une œuvre immense, celle de coordonner, à l'aide des principes de l'Ecole nouvelle, les faits innombrables recueillis par les

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zoologistes et les botanistes, d'en dégager les rapports, la signification et les conséquences.

A peine le livre sur V Origine des espèces était-il paru, que d'innombrables travailleurs entraient dans Tarène. Le plus enthousiaste et le plus hardi fut sans aucun doute Ernest Haeckel, professeur à l'Université d'Iéna. En dehors de nombreux travaux de détail tous inspirés par la doctrine de l'évolution, Haeckel a tenté, dans trois ouvrages généraux, de renouer les fils qui ont relié entre elles dans le passé toutes les espèces vivantes, et qui se montrent presque toujours rompus quand on ne considère que les formes actuelles. Ces trois ouvrages, la Morphologie générale^, V Histoire de la création des êtres organisés d'après les lois naturelles ^ et Y Anthropogénie ^ ont fait, au moment de leur apparition, une profonde sensation dans le monde philosophique. Ils constituaient tout un système de philosophie naturelle pour lequel Haeckel lui-même réclame le nom de monisme; ils étaient le premier exemple d'une entreprise aussi vaste, se donnant comme programme de ne fournir aucune explication qui ne fût une déduction rigoureuse de faits scientifiquement établis.

Philosophe, Haeckel ne pouvait guère tenir les- promesses du naturaliste. Son monisme, nous l'avons vu apparaître timidement dans les écrits de Lamarck, de

. 4 Haeckel, G enerelle Morphologie der Organismen, Berlin, 1866, G. Reimer.

2 Naturlîche Schôpfungsgeschichie (Histoire de la création des êtres organisés, d'après les lois naturelles), trad. par Letourneau. Paris, 1874.

3 Anthropogénie ou Hi.'t:irede l'évolution humaine, trad. par Letourneau.

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LE MONISME 12^ n

GeoflFroy Saint-Hilaire; on le retrouve dans les entretiens de Napoléon Bonaparte en Egypte. Il est proche parent du panthéisme que Cuvier croyait caché derrière les conceptions de Geoffroy et contre lequel il luttait plus encore . que contre les doctrines anatomiques de son illustre collègue. Le monisme n'est pas seulement un système de philosophie, c'est presque une religion. Haeckel ne voit dans le monde que des forces émanant de la matière et la pétrissant suivant les lois d'une inéluctable fatalité. ^|

Qu'il y ait derrière les phénomènes une Intelligence agissante, Haeckel ne s'embarrasse pas de résoudre cette question. Si cette Intelligence existe, elle ne saurait être distincte des forces qui mènent les choses, elle ne fait qu'un avec l'activité même du monde. Ces forces régissent à la fois le monde minéral et le monde vivant. Bien que nous ignorions encore complètement comment la vie a pu apparaître et si on est en droit d'assimiler comme on le fait si souvent les protoplasmes à des composés chimiques S Haeckel ne doute pas un seul instant que ces protoplasmes ne soient issus de la matière inerte. L'histoire des êtres vivants n'est en somme, pour lui, que l'histoire d'un certain ordre décomposés du carbone. La génération spontanée des êtres vivants n'a jamais été observée, mais on ne saurait se refuser à admettre son existence : c'est une conséquence nécessaire du système dont elle devient ensuite une pierre angulaire. Les premiers êtres vivants n'ont dû avoir ni forme, ni dimensions

1 Voir E. Pcrricr, Lf s Colonies animales, p. 38, G. Masson, 1881.

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