GENEALOGIE DU REGNE ANIMAL I4I
Les Articulés ne seraient eux-mêmes que des Vers annelés munis d'une carapace et démembres; les Articulés à branchies ou Crustacés auraient une forme ancestrale commune analogue au Nauplius (fig.28,p. i42)quireparaîtdans tout ce groupe comme l'une des premières formes larvaires; les Articulés à trachées (Arachnides, Myriapodes, Insectes) pourraient être nés d'une autre souche de .
Vers annelés.
Enfin Haîckel s'empare de la belle découverte de Kowalevsky montrant les ressemblances imprévues du développement des Ascidies (fig. 7 et 8, p. 114 et 115) et de VAmphioxus (fïg, 9, I ^î!
p. 1 16) pour rattacher les Verte- 1 ^
brés et les Tuniciers à un ancêtre \ ^
hypothétique commun qui vien- \
drait prendre place naturellement pio. is ~ cnno^e ffiiivocr&w dans le groupe des Vers. Logmimisj.
De formes analogues à l'Amphioxus seraient sortis les premiers Poissons qui auraient donné naissance aux Poissons actuels et aux Batraciens. De ces derniers seraient issus les anciens Vertébrés pourvus d'un amnios qui auraient eux-mêmes fourni deux souches: l'une conduisant aux vrais Reptiles, parmi lesquels se classe l'ancêtre des Oiseaux; l'autre conduisant aux Mammifères
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dont le double condyle occipital ne se retrouve chez
Fio. aj. — HcMImria Intulou.
aucun Reptile, mais se montre chez les Batraciens. Les
'IG. »8. - Nwplius grmtau ctph.liqu A, âppendit» ânl.
formes intermédiaires entre ies Batraciens et les Mammifères ont toutes disparu.
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L'Ornithorhynque et l'Echidné actuels, de l'Australie et des terres voisines, sont proches parents des types primitifs de Mammifères. De ces types seraient descendus les Marsupiaux, qui auraient eux-mêmes fourni deux séries : i° celle des Herbivores ou Ongulés et des Cétacés d'une part, ou Mammifères marins tels que les Dauphins, les Cachalots et les Baleines ; 2** celle des Lémuriens ou Singes de Madagascar, des Insectivores, des Chéiroptères, des Carnassiers, des Singes et des Rongeurs. Les Insectivores, les Singes et les Rongeurs seraient issus directement des Lémuriens; les Insectivores auraient ensuite produit les Chéiroptères ou Chauves- Souris et les Carnassiers. Les Singes forment eux-mêmes deux séries, ceux du Nouveau Continent et ceux de l'Ancien Continent. L'ancêtre de l'Homme faisait partie de ces derniers.
Les 22 degrés de la généalogie humaine. — Les preuves de l'origine animale de l'Homme, les preuves de son, origine quasi simienne sont, en grande partie, celles que donne Darwin lui-même. Nous n'y reviendrons pas. Il n*est pas sans intérêt cependant de faire remarquer combien sont peu nombreuses les étapes qui, d'après Haeckel, conduisent des Monêres à l'Homme, combien rapide est l'évolution qui conduit à la forme humaine les types les plus inférieurs.
Les stades de l'évolution humaine seraient, suivant lui, au nombre de 22\ l'Homme compterait parmi ses ancêtres, dans Tordre chronologique : i° une série de Monères, — 2° une série d'amibes, — y une série de
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morules, — 4"* une série de planules, — ç** une série de gastrules, — 6° une série de Vers acœlomes, — 7** une série de Vers à cavité générale conduisant aux Ascidies, — 8*" une série de formes intermédiaires entre les Ascidies et l'Amphioxus, — 9" une série des Vertébrés analogues à VAmpbioxus, — 10** une série de Vertébrés analogues aux Lamproies, — 11° une série de Vertébrés analogues aux Requins, — 12** une série de Poissons dipneustes,
— i3'*une série de Batraciens à branchies persistantes,
— 14** une série de Batraciens urodèles, tels que les Salamandres, — 1 5° une série de Vertébrés analogues aux Reptiles conduisant des Batraciens urodèles aux Mammifères monotrèmes, — 16° une série de Monotrèmes, — 17** une série de Mammifères marsupiaux, — 18** une série de Lémuriens, — 19*" une série de Singes à queue analogues au Nasique, — 20° une série de Singes anthropoïdes, — 21" une série d'Hommes à attitude verticale, mais inaptes à parler, — 22** une série d'Hommes aptes à parler, mais à intelligence peu développée.
Ainsi, contrairement à une opinion très répandue, Haeckel exclut de la généalogie de THomme tous les Zoophytes, tous les Vers annelés, tous les Echinodermes, tous les Arthropodes, tous les Mollusques, tous les Poissons osseux, tous les Reptiles proprement dits, tous les Oiseaux, tous les Mammifères herbivores, insectivores, carnassiers ou rongeurs, tous les Singes de l'Amérique ; il passe directement des Lémuriens aux Singes de l'Ancien Continent, aux Singes anthropoïdes et à l'Homme. Comme son arbre généalogique est monophylétique,
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c'est-à-dire que dans les vingt-deux séries de formes qui se succèdent, un seul couple ou même individu a chaque fois produit la forme qui devait s'élever d'un degré vers l'Homme, il arrive, bien involontairement , sans doute, à ce singulier résultat que les choses se sont passées comme si de tout temps un être vivant déterminé avait recula glorieuse mission de conduire la vie jusqu'à sa forme la plus élevée, à travers toute l'échelledes formes animales, mais sans compromission avec les formes destinées à demeurer inférieures et aVec qui elle se serait bornée à compter des ancêtres communs et des collatéraux. Cette remarque est de nature à rassurer toutes les consciences, et à permettre à tous les systèmes métaphysiques de se mettre d'accord avec la doctrine de l'évolution qui ne doit, elle, rechercher ses bases que dans des faits scientifiquement établis.
En dehors de la part considérable d'hypothèses qu'elle contient, la phylogénie de Haeckel laisse de côté bien des faits qui étaient déjà définitivement admis en 1877, date de la publication de l'édition française de l'Ânibropogénie, dont les principes avaient été professés dès 1873 à 'é^^- Haeckel, dans ses leçons, s'était, en effet, peut-être un peu trop préoccupé des formes embryonnaires, pas assez des formes adultes que celles-ci doivent, en définitive, réaliser. 11 avait négligé, dans ses études, un certain nombre de données importantes, les unes relatives aux rapports des organismes avec les conditions physiques dans lesquelles ils se développent, les autres relatives à la façon même dont ces organismes
E. Perrier, Le Transformisme. lO
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arivent à se constituer d'après leurs propriétés biologiques. Dans sa Monographie des Éponges calcaires, l'enthousiaste auteur de la Morphologie générale était cependant entré le premier dans une voie qui pouvait être féconde, s'il l'avait suivie jusqu'au bout. 11 n'est pas sans intérêt de déterminer ici jusqu'à quel point il avait conduit la question.
Théorie de l'individualité animale, — Depuis les recherches de Trembley et de Peyssonnel, la détermination de la véritable nature des Zoophytes avait introduit dans la science Tidée qu'il existe des animaux simples et des organismes formés par l'association d'autres animaux. On peut appeler ces organismes des animaux composés; on les appelle plus fréquemment des colonies. Moquin- Tandon, Dugês, Durand de Gros*, avaient successivement étendu cette notion aux animaux dont le corps est composé de segments placés bout à bout et même aux Vertébrés qu'ils considéraient comme des colonies d'animaux plus simples représentés par chacun des segments de leur corps. Afin d'affirmer nettement l'autonomie qu'ils attribuaient à ces segments, ils les désignaient sous le nom de Zoonites, Dans ses belles études sur les Métamorphoses de l'Homme et des Animaux, M. de Quatrefages pousse plus loin encore la comparaison entre ces Zoonites et les Polypes composant une colonie d'Hydraires ou de Coralliaires]; il en tire
1 Voir E. Perrier, La Philosophie 7;pologique avant Darwin, Paris, 1884, Félix Alcan.