H. MILNE EDWARDS
sèment dans la coordination des phénomènes morphologiques la méthode qui a si bien réussi aux physiciens, et d'arriver ainsi à des explications analogues aux leurs. Il ne suffit pas, pour cela d'exposer, comme on Ta fait depuis longtemps, rhistoire morphologique des animaux en commençant par les formes inférieures ; il faut avant tout déterminer le phénomène élémentaire qui peut être considéré comme un facteur essentiel de la complication organique, qui peut permettre de remonter des formes simples aux formes les plus élevées par une suite ininterrompue de stades, conséquences nécessaires les uns des autres. Cest la détermination de ce phénomène élémentaire, sans cesse répété, dans des conditions diverses qui donne à la méthode d'explication que nous allons essayer de présenter $on caractère essentiellement scientifique; c'est par cette détermination préalable qu'elle diflFère des méthodes de coordination des phénomènes qu'on pourrait en rapprochera certains égards : la doctrine de la division du travail physiologique de H. Milne Edwards et la doctrine de la conformité organique de Dugès, propres surtout à comparer entre eux des organismes d'égale complexité.
La doctrine de la division du travail physiologique^ qui a rendu de si grands services aux naturalistes dans leurs comparaisons méthodiques des formes vivantes, fut énoncée en 1827 par Henri Milne Edwards. L'illustre zoologiste français considère les organismes comme constitués de partie fondamentalement identiques les unes aux autres, maiscapablesde présenter des modificationssecon-
daires qui établissent entre elles des diflférences de détail, et leur permettent de remplir des fonctions diverses, dans lesquelles elles se spécialisent en quelque sorte. Les fonctions qui assurent lexistence de l'organisme, le travail physiologique que représente sa vie, peuvent ainsi se distribuer entre ces parties essentiellement semblables, comme dans une usine se répartit entre des ouvriers, habiles chacun dans sa spécialité, le travail nécessaire à la confection d'un objet donné.
Quels sont les ouvriers qui prennent ainsi part à la constitution de chaque organisme et dont l'association constitue en somme cet organisme? Dugès, dans un mémoire trop oublié*, avait déjà cherché à le déterminer et il avait condensé les résultats de ses recherches dans les quatre lois suivantes :
I** Loi de multiplicité des organismes. — Tout animal supérieur est composé d'un certain nombre d'organismes plus simples ou Zoonites,
2"* Loi de disposition, — Les Zoonites constituant un animal peuvent se grouper soit en une série linéaire unique, soit en deux séries alternes ou symétriques, soit en couronne autour d'un axe, soit d'une façon tout à fait irrégulière. Chez un même animal ces deux modes de groupement peuvent être combinés.
3" Loi de modification et de complication. — Dans un même organisme, les Zoonites peuvent présenter des
i Ant. Dagès, Conformité orga liqus dans l'échelle animale, in-4 avec 6 pi. Paris, 1832.
DUGES 153
formes diverses, se partager, se distribuer le travail nécessaire au maintien de leur collectivité.
4** Loi de coalescence. — Les Zoonites ou les organes qui les composent peuvent présenter divers degrés de fusion, de manière qu'il devient souvent impossible de déterminer leur nombre ou leurs limites.
Défauts de la doctrine de Dugès. — Après quarantecinq ans écoulés et quarante-cinq ans d'une aussi étonnante activité, il n*y a rien à changer à ces lois fort semblables et peut-être supérieures à celles que Haeckel a depuis développées dans sa théorie de l'individualité. Elles devançaient trop leur époque pour que Dugès luimême pût mesurer toute leur fécondité. Le savant professeur de Montpellier croyait d'ailleurs que dans le règne animal les Zoonites étaient toujours semblables entre eux, qu'on pouvait admettre pour eux Tunité du plan de composition que Geoffroy Saint-Hilaire réclamait pour tous les animaux; que les animaux ne différaient entre eux que par le nombre et la disposition des Zoonites associés. Dugès pensait encore que ces Zoonites étaient associés d'après une règle préétablie, un plan préconçu, déterminé une fois pour toutes et non susceptible de modifications. Pour ces raisons sa théorie devenait une théorie purement métaphysique; elle cessait d'être explicative. Mais il suffit d'envisager le Règne animal en se débarrassant de ces idées préconçues, de marcher résolument comme avaient tenté de le faire Lamarck et Haeckel en s'élevant pas à pas du simple au composé, pour faire apparaître toute la valeur des lois de Dugès, pour
fi'-'
rendre intelligible le mode graduel de constitution des -animaux sous Tempire des conditions extérieures, pour expliquer tout à la fois le mode d'évolution des formes animales dans le temps et jusqu'aux phénomènes embryogéniques les plus importants.
Les cinq séries indépendantes du Règne animal. — On peut admettre réellement que la plus simple forme sous laquelle se soit présentée la vie a été autrefois, comme de nos jours, celle d'une masse gélatineuse non pas informe et sans limite, comme le pense Haeckel, mais globuleuse, <ie dimensions déterminées et cependant d'aspect homogène, ne contenant que ces productions spéciales qu'on nomme les noyaux, La masse contenant les noyaux est elle-mêmeun />ro/o/)tow^. Les seules formes simplescapablesd'uneévolution supérieure sont celles dans lesquelles la masse protoplasmique se divise en particules contenant <:hacune un noyau. Ces particules, désignées d'abord sous le nom impropre de cellules, ont reçu depuis les dénominations préférables à^ éléments anatomiques ou Atplasiides.
Ces plastides repoduisent, par des procédés de division variés, des plastides plus ou moins semblables à eux, suivant les conditions dans lesquelles s'accomplit leur multiplication. Les plastides nés les uns des autres peuvent s'isoler immédiatement, comme cela arrive, par -exemple, chez la plupart des Rhizopodeset des Infusoires, •ou demeurer associés en conservant tous la même forme, les mêmes propriétés. C'est le caractère des êtres composant le premier embranchement du règne animal, celui des Protozoaires. Les plastides nés les uns des autres
LES CtNa SERIES t>U REGNE ANIMAL l^ç
peuvent aussi demeurer unis. Tous les organismes supérieurs ou HisTiozOAiRES soHt aiosî formés de plastides associés, ayant revêtu des formes différentes, acquis des propriétés diverses, caractéristiques d'autant de tissus. Ces associations n'atteignent pas d'emblée à un degré de complication considérable .
Tous les embranchements nettement séparés du Règne animal commencent, en effet, par des formes simples, permanentes dans lès embranchements inférieurs, transitoires et constituant des formes larvaires dans les embranchements supérieurs.
On peut considérer comme types de ces formes, les formes suivantes, bien connues fig. j^. — oiynu^s primordùni. de tous les zoologistes :
1° V Olynthus primordialis (fig. 29) de Haeckel pour les Eponges ; 2" la Prolobydra Leucharti, d'Anton Schneider, ou l'Hydre d'eau douce de Trembley (fig. 16, p. 1J5), pour les Polypes; 5° les Cystidés, tous fossiles, mais dont les très jeunes Comatules encore sans bras (fig. 30, C) peuvent donner une idée, pour les Echinodermes ; 4* le Nauplius, forme actuellement larvaire, pour les Arthropodes (fig. 2, p. 5? et 28, p. 142).
1^6 THÉORiE'DE LA FORMATION DES ORGANISMES