‹ Le transformismeChapitre 30 sur 74 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

La méthode des naturalistes et celle des physiciens. — Henri Milne Edwards : la division du travail physiologique. — Dugès : les lois de la constitution des organisme. Défauts de la doctrine de Dugès. — Les cinq séries indépendantes du Règne animal. — Importance fondamentale du bourgeonnement. — Les phénomènes d'association dans le Règne animal. — Les Eponges. —Les Polypes. — Les Echinodermes. — Constitution des Arthropodes et des Vers annelés. — Le corps des Vertébrés est annelé.

Les sciences physiques possèdent depuis longtemps déjà des méthodes rationnelles de coordination qui ont joué un rôle important dans leurs progrès et que les savants ne cessent de perfectionner : des phénomènes simples sont d'abord rigoureusement définis, et Ton s'élève graduellement de ces phénomènes à des phénomènes de plus en plus complexes, résultant de la combinaison de phénomènes déjà connus. Expliquer un de cts phénomènes complexes, c'est dégager les divers phénomènes simples dont il est la combinaison. C'est ainsi qu'en prenant pour point de départ un simple mouvement vibratoire périodique se propageant avec une immense

vitesse et s'exécutant dans un plan perpendiculaire à la direction de propagation, on arrive à expliquer tous les phénomènes de l'optique .

La façon même dont s'est constituée la morphologie animale lui a imposé une méthode différente. On a tout naturellement d'abord étudié l'Homme, puis les Vertébrés; on a été frappé de leur ressemblance et de cette étude trop exclusive est sortie la théorie de l'unité de plan de composition du Règne animal. La vive et juste opposition de Cuvier a empêché cette théorie de prendre en quelque sorte officiellement possession de la science, mais elle est si bien dans la tournure de TespHt humain qu'elle se retrouve à l'état latent dans la plupart des spéculations des zoologistes. L'étude des animaux inférieurs est venue révéler une foule de phénomènes absolument imprévus : on s'est tout d'abord préoccupé de chercher quels rapports ils pouvaient offrir avec les phénomènes plus ou moins différents observés déjà chez les Vertébrés et les animaux qui s'en rapprochent le plus. Une pareille comparaison suppose implicitement que les animaux inférieurs sont construits sur un modèle approchant celui des animaux supérieurs. En admettant quelle soit légitime, elle peut sans doute fournir des conclusions intéressantes, mais elle ne constitue pas une explication proprement dite. C'est pourtant à de semblables comparaisons que les morphologistes ont longtemps borné ce qu'ils appelaient bien à tort des explications.

On peut, au contraire, se proposer de suivre rigoureu-

Page 1