INDIVIDUALITE DES COLONIES
pour les plastides, à une dissociation des mérides désignée, suivant les conditions dans lesquelles elle s'accomplit, sous les noms impropres de reproduction par division, reproduction par bourgeonnement f scissiparité, gemmiparité, etc. Cette prétendue reproduction, commune dans tous les groupes inférieurs du Règne animal, ne semble disparaître chez les animaux supérieurs que parce qu'elle est justement employée à les constituer. Lorsque les mérides nés les uns des autres par bourgeonnement se séparent aussitôt formés, Torganisme reste simple. Ces mérides dissociés peuvent se ressembler tous ou différer les uns des autres. Lorsqu'ils diffèrent, il^embteque les lois ordinaires de la génération qui veulent que les descendants ressemblent à leurs parents aient subi atteinte; on ne s'est pas rendu compte qu'il y avait là non des phénomènes de génération, mais des phénomènes de croissance accompagnés de différenciation et de dissociation, et on les a distingués avec quelques autres sous le nom de phénomènes de génération altertuinte. Mais les mérides successivement engendrés demeurent souvent unis. S'ils se ressemblent presque entièrement,, leur association est ce qu'on est convenu d'appeler une colonie. S'il se fait entre eux une division du travail poussée à un certain degré, les mérides associés deviennent solidaires les uns dés autres au point de ne pou- . voir plus être séparés sans mourir, et sans exposer à la mort l'association tout entière. A ces colonies solidarisées on applique d'ordinaire le nom d'individu. Ce mot n'a qu'une acception philosophique; au point de vue mor-
phologique il est mal défini, car les mérides et les plastides isolés sont aussi des individus. Il est donc nécessaire de donner un nom à cette sorte d'individus où la complication est portée à la troisième puissance de même que nous avons appelé mérides les associations de plastides, nous appellerons ^oîdes toutes les associations de mérides^ solidarisées ou non.
On trouve dans les zoïdes tous les degrés de solidarisation, de sorte qu'il n'y a aucune différence essentielle entre leur forme coloniale et leur forme individuelle. L'œuf produit dans une colonie de Polypes représente lau::ûlûxii^ tout entière aussi bien que Tœuf d'un Insecte représente cet Insecte. Ce point est de première importance, car le développement de la plupart des «colonies » est lent; nous pouvons le suivre pas à pas et l'étude de ses diverses étapes nous donnera la clef du mode de développement plus rapide des organismes supérieurs. Le vieil antagonisme entre les animaux simples et les animaux composés disparaît ainsi. Les animaux composés étaient jadis un embarras ; de notre point de vue, ils sont, au contraire, l'explication des animaux prétendus simples, dont l'organisation est quelque peu élevée.
Les zoïdes peuvent croître, bourgeonner et « se multiplier par voie agame » comme les mérides. Si les zoïdes nés les uns des autres se séparent et diffèrent entre eux, il y a « reproduction par division», souvent encore compliquée de « génération alternante ».Si les zoïdes demeurent unis, ils constituent ce que nous appellerons un dème. Les dèmes peuvent se présenter, comme les zoïdes, sous
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la forme coloniale ou sous la forme individuelle. Dans ce dernier cas, les diflférents zoïdes composant un animal ne sont autre chose que les régions de son corps.
Le corps d*un Insecte, par exemple, est composé de trois zoïdes : la iétey le thorax, Vabdomen. Chacun de ces zoïdes comprend plusieurs mérides qui sont les anneaux du corps. C'est là le degré le plus élevé de complication organique : nous y arrivons par une série de transitions ménagées, par la répétition d'un même phénomène, le bourgeonnement, compliqué ou non de division du travail et de différenciation.
La division du travail entraîne la solidarité entre les éléments associés; cette solidarité fait à son tour l'individualité de rassociation, et comme elle se produit graduellement, toute démarcation s'efface entre ce que l'on nomme une colonie et une association solidarisée du même ordre. La notion de l'individu, si confuse quand on veut descendre de l'Homme aux colonies de Polypes, devient tout à la fois simple et claire quand on remonte de ces colonies aux formes solidarisées qui s'échelonnent entre elles et les animaux supérieurs. Les zoologistes ont longtemps discuté pour savoir si certains animaux, les Eponges, les Pennatules, les Siphonophores, étaient des colonies ou des individus ; les botanistes se sont posé la même question pour les végétaux pourvus de feuilles et de bourgeons. Ces discussions sont uniquement basées sur une fausse conception de la colonie : Toute colonie dont les membres sont en continuité de tissu est y en réalité, un individu, La meilleure preuve qu'on
E. Perrier, Le Transformisme. I l
puisse donner de cette proposition est qui dans une colonie représente non pas l'un dela colonie, mais la colonie tout entière. Dans sur les Colonies animales et la formation à j'ai à plusieurs reprises insisté sur ce prin appelé le principe de la reproduction totaL (p. 726). Il a reçu une remarquable conf recherches de divers auteurs, notamme accomplies par M, de Varenne, à Roscoff, ratoire de M. de Lacaze-Duthiers. Ces re montré que, le plus souvent, dans une ce lypes les œufs ne se forment pas dans u une Méduse déterminés, mais dans les pa nés de la colonie, celles qu'on ne peut ■< individu plutôt qu'à un autre.
Ainsi, de ce fait élémentaire du bourgeor déduisons, sans le secours d'aucune hypotbè groupant les faits dans leur ordre logique
r Un enchaînement naturel, en quelque sorte mécanique, des formes les plus simples de chaque embranchement aux formes les plus élevées;
2° Une classification morphologique des divers degrés de complication organique, ou, si l'on veut, des divers degré d'individualité.
3° Une conception toute physiologique de l'individualité animale, conséquence de la division du travail physiologique et de la solidarité qui en résulte ;
4° La suppression des distinctions inextricables entre les colonies et les individus, distinctions qui ont rendue
l'association dans le règne animal 163
si confuse la notion simple de l'individualité animale que beaucoup de naturalistes la considèrent comme une des questions les plus ardues de l'histoire naturelle.
Un coup d'œil sur l'histoire des Protozoaires, sur celle des Eponges et surtout sur celle des Polypes va nous permettre de préciser nettement la signification des propositions qui précèdent.
Les phénomènes d'association dans le règne animal, — L'association directe d'êtres protoplasmiques ou monocellulaires est facile à observer ; ses causes sont faciles à déterminer. M. Schneider, professeur à la Faculté des sciences de Poitiers, a décrit sous le nom de Monobia confluens des sociétés d'êtres réduits à un simple grumeau de protoplasma homogène, frangé de longs pro-longements mobiles et temporaires. Les sociétés résultent simplement de ce que ces êtres, après avoir grandi, se partagent en deux moitiés qui demeurent plus ou moins unies par leurs pseudopodes. Dans ces sociétés, dont les membres peuvent se dégager temporairement et s'unir de nouveau, il y a égalité absolue de tous les individus associés, et la nourriture absorbée par l'un peut profiter à l'autre, les matières nutritives passant facilement d'un individu à l'autre par l'intermédiaire des pseudopodes confondus. Dans les sociétés d'organismes monocellulaires, les individus associés sont généralement plus indépendants, tantôt ils demeurent fixés à un pédoncule commun, tantôt ils produisent des exsudations qui leur servent de maison, et qui, s'accolant entre elles, les maintiennent rigoureusement unis. On donne, nous
un général de colonies à ces sociétés entre eux, où chacun garde son indéparticipant à la vie commune.
Élevons-nous de quelques degrés dans Considérons cet organisme en forme il a désigné sous le nom d'Olvntbus.
e son corps (fig. 29, p. 155) nous disches principales : l'une, extérieure, est es vivantes dont les mouvements sont IX du protoptasma de la Protomyxa; est constituée par un revêtement de es sont, jusque dans les moindres dédes Infusoires de forme très spéciale, <iga, les Codotiocladiiim et autres, qui gane locomoteur qu'un long filament ia base d'une sorte de collerette hyaitte n'existe que dans ce groupe bien )ires dont beaucoup d'espèces vivent :uses. On peut dire que la couche in- : est une colonie de Codosîga, la coulonied'Amibes.L'histoire des Monades bre de Champignons inférieurs montre nés d'êtres vivants peuvent être projtre ; nous n'avons pas a nous étonner ;s.
iation présente quelques parlicuiarités )tre attention : d'abord sa forme par- ;; puis l'existence d'un véritable squeants corpuscules c:ilcaires étoiles. Un