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LES ÉPONGES

courant d'eau s'échappe incessamment par l'ouverture moyenne de l'urne; cette eau pénètre par les pores circulaires de la paroi, et n'est éliminée qu'après avoir abandonné dans Turne la plus grande partie des matières alimentaires et de l'oxygène qu'elle contient. Notre colonie d'Infusoires, par toutes ces particularités, s'élève au rang d'organisme, et, de fait, elle produit à de certaines époques de véritables embryons dont chacun devient une colonie nouvelle.

L'organisme que nous venons de décrire n'est autre chose qu'une Eponge. Les êtres associés dans une colonie de Monobia ou de Codosiga se ressemblent tous ; chacun d'eux séparé de la colonie vit comme auparavant, sans souci de ses semblables, et devient le point de départ d'une colonie nouvelle; les divers individus associés ne sont pas solidaires. Chez l'Eponge, ces individus cessent d'être semblables entre eux; les uns par les battements de leur long filament vibratile produisent le courant d'eau qui traverse l'Eponge ; les autres digèrent, formentle squelette, produisent les œufs; non seulement ces deux catégories d'individus ne se ressemblent pas, mais encore ils ont des fonctions différentes. Ces individus sont, par cela même, solidaires les uns des autres, et c'est pourquoi il est inexact de dire comme Carter ( 1 848) que les Eponges sont des colonies d'Amibes, ou comme James Clarke ( 1 868) et Saville Kent (1878) que ce sont des colonies d'Infusoires flagellifères. En raison de la diversité des formes de plastides associées dans leur économie les Eponges constituent un typespéciald'organisme. Nous trouvons chez elles un pre-

mier exemple de la division du travai pris, comme il arrive souvent dans nés, la figure de son emploi. A la ve sont pas encore nombreux, mais les tarder à se compliquer, et nous ; mode de constitution fondamental sociation de plastides de plus en plu< les types les plus élevés du régne a

Les Polypes. — Les Polypes hydraires, presque tous marins, mais dont quelques-uns habilent nos eaux douces, ne sont pas des organismes très supérieurs aux Éponges ; les Polypes ont à leur s;)iTimet une véritable bouche, et des espèces de bras, susceptibles de s'allonger beaucoup, entourent cette bouche ; ces bras sont des organes de. préhension qui saisissent au passage les petits, animaux dont le Polype se nourrit, et les portent à la bouche.

Leur corps est d'ailleurs forme de deux couches de cellules, comme celui des Éponges, mais il n'existe entre ces deux couches ni corpuscules, ni filaments solides, de sorte que les Polypes hydraires jouissent d'une mobilité qui manque aux Éponges, et peuvent témoigner d'une activité qui ne laisse aucun doute sur leur qualité d'organismes autonomes.

Ces Polypes partagent avec les Éponges et la plupart des organismes marins peu compliqués une importante propriété. De même que les grumeaux de protoplasma vivant ne peuvent dépasser sans se diviser certaines dimensions, de même les Polypes parvenus à une cer-

taine taille produisent, par une sorte de bourgeonnement analogue à celui des végétaux, de nouveaux individus semblables à eux. Ces individus grandissent peu à peu, partagent la nourriture de leur parent, puis se détachent et vont finalement mener une existence indépendante. Diverses circonstances peuvent hâter ou retarder leur séparation. De même que les habitants d'un pays riche et plantureux sont peu disposés à l'émigration, de même les descendants d'un Polype placé dans des conditions d'existence exceptionnellement favorables ne quittent que tardivement leur progéniture. Trembley a pu obtenir une famille de dix-sept individus de notre Hydre d'eau douce, appartenant à trois générations, et qui, demeurés dans la position où ils avaient poussé les uns sur les autres, constituaient un véritable arbre généalogique vivant. La famille était tellement unie que tous les*estomacs communiquaient ensemble et que chacun mangeait pour tous et réciproquement. C'était le communisme, dans toute l'acception du mot.

Ces colonies, qu'on n'obtient qu'accidentellement chez Tespèce la plus commune de nos Polypes d'eau douce, deviennent le mode ordinaire d'existence de la plupart des Polypes marins. Elles recouvrent souvent les corps submergés d'une sorte de Mousse animale ; il en est qui, par une singulière prédilection, viennent constamment se loger sur les coquilles de Mollusques : les Synhydres ou Hydractinies (fig. 33) qui ont fait l'objet d'un beau mémoire de M. de Quatrefages S ont même un

A De Quatrefages,y?wwrt/«.i« sciences naturelles, y série, t. XVIII, 1842.

de produire les individus sexués qui sont, comme d'habitude, de deux sortes; sur le bord de la colonie, des individus grêles, allongés, explorent les environs, saisissent les animaux qui s'approchent de trop près, et se

comportent comme des agents de police chargés de veiller à la sécurité de la colonie, ce sont les individus préhenseurs; il y en a de deux sortes ; enfin, parmi les Polypes se dressent des épines défensives que leur mode de développement doit aussi faire considérer comme des

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individus spéciaux; chaque colonie tient donc sept sortes d'individus, chargés chacun d'une fonction particulière. Chaque individu contient une cavité centrale qui communique avec le fond de l'estomac d'un individu nourricier; ceux-ci prép;irent donc )a nourriture pour tous et chacun lui en demande ce qui est nécessaire à ses tissus. Nous sommes en présence d'un phalanstère où chacun « produit suivant ses forces et consomme suivant ses besoins ». C'est d'ailleurs un phalanstère sans chef : tous les individus y sont indépendants.

Ce n'est déjà plus cependant l'égalité absolue. Une certaine prédominance appartient aux individus producteurs par excellence, à ceux qui nourrissent les autres. Cette prédominance s'accuse dans d'autres colonies de Polypes, telles que celles des BoitgaiiivilUa, des Cladonema (fig. 35), des Podocorytie, des Syncoryne. Là, à certains moments, en même temps que les bourgeons qui se forment isolément et qui deviendront plus tard chacun un Polype, naissent des bouquets de bourgeons semblables aux bourgeons ordinaires, mais enfermés dans une enveloppe protectrice. Généralement ces bourgeons sont au nombre de cinq : un bourgeon central et quatre bourgeons rangés en cercle autour de lui. Le bourgeon central devient un individu nourricier un peu modifié ; ceux qui l'entourent n'acquièrent pas de bouche; ils grandissent et s'élargissent ; leurs parois épaissies, devenues transparentes et gélatineuses, arrivant à se toucher, se soudent. L'ensemble de ces bourgeons.

en tout comparables d'abord aux bourgeons des individus préhenseurs, constitue bientôt une élégante clochette, transparente

s'épanouit. Cest bien aussi une fleur qui s'est formée parmi les rameaux de la colonie de Polypes; mais la limpide corolle de cette fleur animale palpite comme un cœur ; bientôt la fleur s'agite, se détache, se sauve, et, délaissant pour toujours la vie monotone de ses parents demeurés fixés au sol, nage dans l'eau qui l'entoure avec tous les caprices d'un papillon (fig. 35, B). Cette fleur des eaux poursuit et capture les proies vivantes dont elle se nourrit ; elle fuit et s'échappe quand on cherche à la saisir, se laisse mollement flotter, accélère son allure, la ralentit, s'élance en avant ou retourne en arrière au gré de ses impressions ; c'est bien un véritable animal, ayant sa volonté, sa conscience, possédant tout ce qu'il lui faut pour vivre et vivre longtemps, et cet animal, désigné sous le nom de Méduse, bien avant qu'on ait découvert sa parenté avec les Hydres, n'est lui-même qu'un bouquet de Polypes, — son mode de formation vient de nous le démontrer. Ces Polypes sont de deux sortes : il y a des polypes nourriciers et des polypes préhenseurs ; ces derniers, dépourvus de bouche, reconnaissant, comme le sage fabuliste, la subordination des membres à l'estomac, sont rangés en cercle autour du polype nourricier, comme pour lui faire cortège.

Pour être constituées par un bouquet de polypes, les Méduses n'ont pas perdu la faculté de se multiplier par bourgeonnement, mais une fois qu'elles ont atteint leur forme définitive, elles ne produisent plus que des Méduses, et alors constituent de magnifiques guirlandes flottantes comme celles des Sarsia, des Amphicodon et autres.

Une petite partie seulement d'une colonie de Polypes est, en général, employée à la production des Méduses; la colonie est fixée au sol comme le sont les végétaux, les Méduses seules mènent une existence vagabonde ; elles sont chargées de porter et de disséminer les œufs qui devront constituer de nouvelles colonies. Mais il y a aussi des colonies flottantes de Polypes hydraires, et ces colonies peuvent acquérir une assez grande taille, former, par exemple, des organismes de plusieurs mètres de long. Les Méduses et les Polypes associés peuvent revêtir dans une même colonie des formes très différentes, et ces colonies elles-mêmes ont les aspects les plus étonnants. Les Méduses restent, au moins en partie, attachées à la colonie : entre elles et les Polypes la division du travail s'établit sur les bases les plus variées. Comme exemple de ces organismes d'un nouveau genre nous prendrons une forme relativement simple : le Physophore hydrostatique (fig. 19, p. 136). Tous les individus sont disposés sur une tige commune; un petit flotteur rempli d*air maintient cette tige verticale; au-dessous se trouve une double rangée de Méduses ; mais ces Méduses demeurant unies à la colonie qui contient des individus nourriciers n'ont plus besoin d'individu central, elles sont réduites à leur clochette ; elles n'en ont pas moins conservé le pouvoir de nager comme les Méduses ordinaires; elles entraînent après elles la colonie tout entière, et semblent deux équipes de rameurs aux mouvements harmonieusement cadencés. Les Méduses sont devenues exclusivement des individus locomoteurs. Plus bas sur la tige.

une couronne d'individus protecteuTS recouvre les individus nourriciers pourvus chacun d'un long Jilament pêcheur, et parmi lesquels se développent les deux sortes d'individus sexués. A voir un Physophore saisir sa proie à l'aide de ces longs filaments pêcheurs, appliquer sur elle, pour en humer la substance, les bouches de ses individusnourriciers, évoluer capricieusement dans les eaux calmes où il vit, avancer ou reculer à son gré, on est bien obligé de reconnaître qu'entre lui et ce que nous considérons habituellement comme un individu dans le Régne animal la différence est nulle. C'est bien là un orgauisme autonome, dont toutes les parties semblent faites les unes pour les autres et demeurent étroitement solidaires. Les Méduses, :(oïdes formés de mèrides, les Polypes, constitués euxmêmes de plastides. se sont associées à des Polypes de forme variée, à de simples -mèrides^ pour former un organisme d'ordre plus élevé, un dème. L'humble tribu s'associant a des tribus semblables a formé une véritable confédéiation; mais la confédération a son autonomie tout comme la tribu ; tout y est coordonné, en vue de la conservation de l'existence de l'association, et cette unité de but auquel concourent tous les membres de la colonie, comme tous les organes d'un animal concourent à le conserver, mérite ;i l'un et à l'autre le titre d'individu. Les Méduses issues des Hydraires sont capables, tout en demeurant solidaires, de se modifier dans une autre direction. Dans certaines espèces la colonie de Polypes sur laquelle elles se forment est très peu développée, se réduit même parfois à un seul Polype rudimentaircj en

forme de stolon, comme chez certaines Cunina parasites; on est ainsi conduit au groupe des Trachy méduses, dont les larves se tranforment directement en Méduses sans se fixer ni produire de colonies. Les Qénophores, tels que les Cydippes (fig. 20, p. 1 37) peuvent eux aussi être considérés comme des Méduses à développement direct.

Qu'on imagine que chez les Trachyméduses les quatre canaux qui traversent Tombrelle et représentent la cavité digestive des Polypes latéraux associés, grandissent au point d'envahir toute Tombrelle et de ne laisser entre eux qu'une mince cloison, on aura le groupe des Stauromèduses dont quelques formes telles que les Lipkea et les Lucernaires (fig. 36) se fixent

par le dos aux feuilles des Zostères et autres plantes marines.

Des animaux analogues aux Lucernaires et surtout 2iux Lipkea, les Scyphistomes (fig. 37, i), ont la propriété de grandir beaucoup d^s le sens vertical, puis ils se divisent en une série de disques empilés comme des assiettes; ils portent alors le nom de Strobiles (fig. 37, 2, 3 et 4). Chacun des articles du Strobile se détache et devient une Méduse du genre Ephyra (fig. 37, 5). Les Ephyra se transforment enfin, et donnent peu à peu de gigantesques Rhizostomidés dont quelques espèces sont

Fig. 36. — Lucernaria campanula, vue de face, les tentacules écartés.

Cs.

communes sur nos côtes (fig. 37, 6)etpour lesquels on a créé l'ordre des Discophores. Sars lorsqu'il découvrit le

la plupart des naturalistes après lui constmal ainsi que le Strobile qui en provient

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