CONSTITUTION ET PROPRIÉTÉS DE LA MATIERE VIVANTE
Des corps simples, en petit nombre, peut-être même réductibles à un seul, dont tous les autres ne représenteraient que des états divers d'agrégations moléculaires; des mélanges et des combinaisons de ces corps simples, se produisant en nombre infini toutes les fois que des atomes semblables ou de nature différente se trouvent en présence dans un milieu convenable et dans des conditions déterminées ; enfin, des propriétés inhérentes à ces corps, tels sont les objets que l'univers a offert à notre étude.
Si nous ajoutons que nous ne pouvons concevoir un être quelconque que par les propriétés qu'il manifeste, nous aurons suffisamment montré : d'une part, que la matière, imique principe constituant de l'univers, sans limites, ni dans l'espace ni dans le temps, infinie et éternelle, peut seule constituer le sujet de recherches et de méditations vraiment scientifiques, parce que, seule, elle nous offre un objectif perceptible; et, d'autre part, que
son étude se réduit à l'observation attentive des pro[)riétés que possèdent les différentes formes sous lesquellc» elle se présente à nous.
Parmi ces formes, les unes, celles que nous avons déjà étudiées, ne possèdent manifestement que des propriétés d'ordre physique et chimique, elles ne vivent pas ; h*s autres semblent être douées, en outre, de propriétés spéciales, dites biologiques^ elles vivent.
Il semble qu'en partant de ce point de vue on pui.-so facilement diviser toutes les formes de la matière en
deux groupes bien distincts, et que l'absence ou la présence de la vie établisse entre ces deux groupes des limites infranchissables. Il n'en est rien cependant. La seule différence qui existe entre eux se réduit, en réalité, a une diversité de constitution physique et chimique.
Nous avons vu déjà dans le chapitre précédent, par quelles transitions insensibles on peut passer des corps les plus simples à des corps de plus en plus complexes et enfin ^à ceux qui ont reçu le nom de matières albuminoïdes. Il ne nous reste plus qu'un pas à franchir pour atteindre à la solution du problème que nous venons de poser.^
Les matières albuminoïdes elles-mêmes, en se combinant en nombre variable, en se mélangeant dans de certaines proportions entre elles et avec certains corps minéraux, constituent une substance molle, transpart^nle, très sensible aux excitations extérieures, mobile, susceptible de s'accroître en introduisant dans sa masse et en s'incorporant certains corps étrangers pris dans le milieu ambiant. On a donné à cette forme nouvelle de la matière le nom de Protoplasma,
Cette substance ayant une composition chimique beau-
coup plus complexe que celle de tous les autres corps que nous connaissons et un mode d'agrégation moléculaire tout spécial, présente, par suite , les propriétés inhérentes à toute matière, à un état d'intensité telle qu'on pourrait les considérer comme tout à fait spéciales, d'où l'épithète de biologiques qu'on leur a donné.
Mais, en même temps, le protoplasma se trouve dans un état d'instabilité tel que les influences extérieures les plus légères suffisent pour le modifier profondément. Il suffira, par exemple, d'augmenter ou de diminuer, dans des proportions relativement minimes, la quantité de calorique qu'il contient, pour le modifîerau point de faire disparaître toutes les propriétés qui paraissent lui être spéciales. lien sera de même si on lui enlève une certaine quantité de l'eau mélangée aux substances solides qui le composent et, à plus forte raison , si l'on modifie, même légèrement, au delà de certaines limites, sa composition chimique.
La complexité de composition se montre ainsi toujours accompagnée d'une intensité plus grande de toutes les propriétés de la matière et d'une instabilité très prononcée de la constitution. Les propriétés sont toujours d'autant plus intenses que la complexité de composition et d'agrégation moléculaire est plus considérable.
D'une façon générale, les propriétés des corps inorganiques, dont la constitution est très stable, sont moins intenses que celles des corps organiques. Parmi ces derniers, les corps quaternaires, qui offrent la structure la plus complexe et l'instabilité la plus grande, présentent en même temps les propriétés les plus énergiques. Enfin, le protoplasma, et surtout le protoplasma vivant, étant de tous les corps connus le plus complexe et le plus instable est aussi le plus riche en propriétés actives, c'est-à-
liO LE TRANSFORMISME
dire qu'il est celui de tous qui subit le plus facilement les excitations venues du milieu ambiant et qui réagit le plus énergiquement contre elles.
£n noua élevsmt ainsi du simple au composé, le proto* plasma vivant ne nous apparaît plus que comme un état particulier de la matière , et ses propriétés ne sont à nos yeux que la manifestation de cet état.
Nous sommes donc amenés à définir la vie : Tenscmble des propriétés offertes par la matière dans l'étal de composition chimique et d'agrégation moléculaire le plus complexe que nous connaissions.
Mais, comme toutes les propriétés de la matière vivante ou non vivante, ne sont que des formes d'une propriété unique, inhérente à la matière, le mouvement, on peut dire aussi que : la vie n'est que l'ensemble des mouvements manifestés par la matière dans l'état de composition chimique et d'agrégation moléculaire le plus corn* plexe que nous connaissions.
Cependant si nous comparons la matière vivante, môme dans son état le plus simple, celui qui nous est offert par les organismes les plus rudimentaires, à la matière non vivante, il nous semblera, au premier abords bien difficile de rapprocher les propriétés de la pré*mière de celles de la seconde.
Çlxaminons, par exemple, comparativement, les propriétés d'un cristal de sel marin, et celles de l'être vivant le plus simple qui nous soit connu, la Monère, dont le corps n'est formé que d'une petite masse protoplasmique, homogène. (Voir notre Appendice, note E.)
Très dissemblables vont nous paraître, à un examen superficiel, les propriétés de ces deux corps. Mais si nous en faisons une étude plus approfondie nous ne tarderons pas