‹ Le transformismeChapitre 12 sur 70 · FORME · texte numérisé non relu

FORME

à acquérir la preuve que les différences ne sont que des différences de plus ou de moins et qu'il n'est pas une seule des propriétés de la matière vivante qu'on ne puisse trouver, sous une forme plus ou moins rudimentaire, dans la matière non vivante. C'est cette étude que nous allons faire avec tous les détails qu'elle comporte.

Le premier caractère invoqué pour distinguer la matière vivante de la matière non vivante est la forme.

La matière non vivante, dit-on, affecte volontiers la forme cristalline, tandis que la matière vivante ne se présente jamais sous celte forme ; un cristal de sulfate de cuivre, par exemple, possède une forme constante, caractéristique, régulière, géométrique. Brisez-le, réduisez-le en particules de plus en plus petites, ces particules offriront encore, si minimes qu'elles soient, une forme analogue à celle du cristal primitif, la mesure de leurs angles sera la même. La masse protoplasmique vivante, au contraire, ajoute-t-on, n'offre jamais la forme cristal line et sa configuration change sans cesse ; tout à l'heure elle était sphérique ; h présent elle est ovoïde ; bientôt son contour sera tout à fait irrégulier ; les parties saillantes rentreront dans la masse et seront remplacées par des dépressions, tandis que de nouvelles saillies se produiront sur d'autres points de la surface qui sont en ce moment déprimés.

Mais il nous est flaoile de répondre que la matière inorganique est loin d'offrir toujours la forme géométrique que nous a présenté le sulfate de cuivre. Ce corps luimême peut être obtenu à l'état amorphe, par précipitation dans certaines conditions. Le mercure, le soufre mou, l'acide arsénieux vitreux, le phosphore rouge, etc., sont manifestement amorphes. La forme géométrique n'est

donc pas essentiellement caractéristique des corps inorganiques. D'autre part, il est un grand nombre d'animaux et de végétaux inférieurs qui revêtent des formes géométriques, presque aussi régulières que celles du sulfate de cuivre cristallisé et constantes dans une même espèce ou un même genre.

Dans un grand nombre de cellules, par exemple dans celles de l'albumen du Ricin, des cotylédons du Bertholle lia excelsa, de la pomme de terre, etc., la substance protoplasmique se présente sous une forme cristalloïde, très régulière, ne différant des cristaux véritables que par la variabilité de ses angles. Enfin, les recherches faites par M. Naegeli sur la structure intime du protoplasma l'ont conduit à admettre que toute masse protoplasmique est constituée par la réunion de particules solides, extrêmement petites, séparées les unes des autres par un liquide. La façon dont le protoplasma se comporte vis-à-vis des liquides avec lesquels il se trouve en rapport indique que ces particules solides constituantes ont des formes anguleuses, et il est même permis de supposer qu'elles sont régulièrement cristallines.

Cette première propriété : la forme, ne peut ainsi, en aucune façon, servir à distinguer la matière vivante de la matière non vivante.

On a invoqué encore pour distinguer .les deux formes de la matière le mode d'accroissement. On admet que la matière non vivante n'augmente de volume que par juxtaposition, tandis que la matière vivante s'accroît par intussusception ; c'est-à-dire que les corps non vivants s'accroîtraient uniquement par dépôt à leur surface de molécules semblables à celles qui les constituent, tandis

que la matière vivante s'accroît par pénétration dans sa

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