NUTRITION. — RESPIRATION
En réalité, la nutrition n*est autre chose qu'un accroissement par intussusception de la matière vivante, consis-» tant en un ensemble de phénomènes purement physiques et chimiques qui peuvent se produire également, quoique avec une intensité moindre, dans la matière non vivante* Il est donc, à cet égard, impossible de distinguer l'une de l'autre les deux formes de la matière.
La même analogie existe entre l'oxydation de la matière non vivante et le phénomène désigné sous le nom de «res-> piration » de la matière vivante. Le phénomène intime de la respiration n'est pas autre chose, en effet, qu'une oxydation des principes qui constituent la matière vivante. De même que, placé dans un milieu riche en oxygène, un morceau de fer se combine lentement avec ce gaz, en donnant naissance à un oxyde, de même les principes multiples qui constituent la matière vivante et qui tous sont relativement pauvres en oxygène se combinent avec ce gaz, en donnant naissance à des corps plus oxygénés qui s'oxydent à leur tour et finalement se résolvent en acide carbonique, eau et ammoniaque. Si les produits de la respiration de la matière vivante sont plus nombreux que ceux de l'oxydation du fer, cela tient à la complexité de composition de la matière vivante et non à la diversité du phénomène fondamental. D'autre part, si l'oxydation du fer est superficielle, tandis que celle de la matière vivante est profonde, il faut en voir le motif dans la différence de densité des deux corps, dans la mobilité plus grande des atomes de la substance vivante, mobilité qui permet à ces atomes de se mettre plus facilement en rapport avec le milieu ambiant, et, enfin, dans la complexité de composition chimique et dans l'afQnité plus grande pour l'oxygène des divers principes constituants de
la matière vivante. L'oxydation d'une essence, celle de l'essence de térébenthine par exemple, est plus rapide et plus profonde que- celle d'un morceau de fer ; d'un côté, parce que l'affinité de l'essence pour l'oxygène est plus grande que celle du fer, et d'un autre côté, parce que, les molécules de l'essence étant plus mobiles les unes sur les autres que celles du fer, les molécules du gaz se mélangent plus facilement aux premières qu'aux dernières. L'oxydation de l'essence sera rendue plus rapide encore et plus intime si, en agitant le liquide dans l'air, on mélange ses molécules avec celles de l'oxygène.
Gomme toute oxydation, celle de la matière vivante est accompagnée de production de calorique ; si la quantité de chaleur produite par l'oxydation ou respiration des êtres vivants est supérieure à celle qui résulte de l'oxydation du fer dans l'atmosphère et à la température ordinaire, cela tient uniquement à ce que la rapidité et l'intensité de Toxydation sont plus considérables dans les premiers que dans le dernier.
Une seule considération pourrait nous arrêter dans l'établissement de ces analogies, c'est que la matière non vivante mise à l'abri de l'oxygène ne se détruit pas, tandis que la matière vivante, privée de ce gaz, perd bientôt ses propriétés caractéristiques, puis se décompose en ses éléments constituants. Cette différence n'est cependant qu'apparente. Tout état déterminé d'un corps quelconque est en efl'et caractérisé par une certaine relation de ses molécules les unes avec les autres, par un équilibre moléculaire qui est placé sous la dépendance de la chaleur. On sait, par exemple, qu'il suffit d'enlever une certaine quantité de calorique au soufre mou et amorphe pour le faire passer à l'état cristallin et qu'on