ACCROISSEMENT
masse et incorporation intime à sa substance, de molécules qui peuvent différer plus ou moins en apparence de celles qui la composent.
En partant de cette manière de voir on a dit : la matière non vivante croît, lamatière vivante se nourrit.
Cette opposition est-elle aussi absolue dans les faits que dans les termes ? Demandons-nous d'abord ce qu'il faut entendre par « accroissement » d'un corps et quels sont les phénomènes physiques et chimiques qui se produisent quand un corps augmente de masse aux dépens du milieu ambiant. Les phénomènes qui se passent alors en lui sont très variables. Montrons-le par quelques exemples : Un cristal de sulfate de cuivre placé dans une solution du même corps augmente de volume par dépôt à sa surface de nouvelles molécules de sulfate de cuivre. Ici l'accroissement se fait bien réellement par juxtaposition et la composition chimique du corps accru n*est pas modifiée. C'est le cas le plus simple que nous puissions concevoir. Voici maintenant une goutte d'eau pure ; je la place dans un milieu saturé de vapeur d'eau; elle ne tarde pas à augmenter de volume par incorporation dans sa masse d'une partie de la vapeur d'eau qui l'entoure. Sa composition chimique n'a pas été modifiée pendant cet accroissement ; mais ce dernier s'est produit à la fois dans tous les points de la goutte d'eau par une véritable interposition, intussusception de molécules dans l'intervalle des molécules préexistantes. Si j'ajoute quelques cristaux de sel marin à une goutte d'eau, distillée, son accroissement s'effectuera encore par intussusception, mais en même temps sa composition chimique sera modifiée. Qu'à de l'eau distillée j'ajoute un fragment d'acide sulfurique anhydre ; il se produit aussitôt, avec l'accroisse-
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ment par intussasception , une combinaison chimique intime des deux corps pour former un corps nouveau. L'accroissement des corps inorganiques, peut ainsi s'effec* tuer : i* par simple juxtaposition de molécules semblables ; â* par intussusception de molécules dissemblables , se mélangeant ou se combinant chimiquement à celles qui forment ces corps.
C'est, d'habitude, à l'aide des deux derniers procédés que la matière vivante s'accroît, se nourrit. Si nous nous rappelons que les principes chimiques constituants de la matière vivante sont à la fois très variés et très instables, si nous ajoutons que leurs affinités chimiques ne sont jamais satisfaites et ne peuvent jamais l'être d'une façon permanente, à cause des oxydations incessantes et des dédoublements dont ils sont le siège, il nous sera facile de comprendre que leurs affinités chimiques s'exerceront sans cesse, avec une intensité remarquable, sur les corps soliibles contenus dans le milieu qui entoure la matière vivante, et que, par suite, l'accroissement de cette dernière s'ffectuera avec une énergie que les corps inorganiques, plus stables, ne peuvent pas présenter. Mais, en même temps que la matière vivante s'accroîtra, sa composition chimique variera d'une façon incessante , en entraînant des modifications corrélatives dans la manifestation de ses propriétés. Dans quelques cas même les phénomènes de nutrition pourront être la cause de la mort de la matière. Quand, par exemple, un poison est incorporé aux principes constituants de la matière vivante, le phénomène d'accroissement est accompagné d'une modification tellement profonde de la composition chimique de cette matière, qu'elle perd, soit provisoirement, soit d'une façon définitive, ses propriétés.