SENSIBILITÉ
que Ton nomme la sensibilité de la matière vivante. Les détails dans lesquels nous sommes entrés au sujet des mouvements nous permettront d'être très bref au sujet d'une propriété qui était autrefois considérée comme l'apanage exclusif non seulement de la matière vivante, mais encore de certaines formes spéciales de cette matière, des êtres auxquels on réserve la dénomination à' animaux. Lorsque nous voyons un animal inférieur, une Monère, par exemple, se mouvoir sous l'influence d'un rayon de chaleur ou de lumière, nous diso s que cet animal est sensible à la chaleur ou à la lumière ; mais il est important de noter que sa sensibilité ne nous est révélée que par les mouvements qu'il accomplit. Des phénomènes analogues ayant été constatés dans les végétaux, on a été, de nos jours, amené à étendre à cette forme de la matière vivante la propriété de sensibilité. Il était, en efl'et,bien difficile de la refuser aux spores des Cryptogames, aux Diatomées, etc., qu'on voit se rendre dans la partie la plus éclairée du vase qui les contient.
On ne pouvait pas non plus se dispenser de l'accorder aux corpuscules chlorophylliens des cellules vertes qui se déplacent sous l'influence de la lumière, qui recherchent les rayons diffus tandis qu'ils fuient les rayons directs du soleil. La sensibilité manifestée par de tels mouvements, a donc fini par être considéré comme une propriété essentielle de toute matière vivante. Mais, pour être logique, ne doit-on pas l'attribuer aussi aux spores de carbonate de chaux de M. Gohn? Ne doit-on pas l'accorder aux parcelles de fer qui suivent l'aimant dans toutes ses directions ; au canard artificiel de J.-J Rousseau ; à l'aiguille qui obéit au magnétisme terrestre ? Ne doit-on pas l'accorder même au bâton de souffre qui se dilate sous
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Faction de la chaleur et se contracte sous Faction du froid ? les mouvements accomplis par ces corps inorganiques ne nous indiquent-ils pas que ces corps sont sen* sibles aux agents dont Faction s'exerce sur eux, c'est-àdire subissent fatalement Faction de ces agents ? et si, comme nous Favons montré, les mouvements dits spoti" tanés d^ la matière vivante ne sont, comme ceux de la matière non vivante, que des mouvements provoqués, ne doit-on pas donner un même nom à la propriété qu'ont également, quoique à des degrés inégaux, ces deux formes de la matière, d'entrer en mouvement sous l'influence des mêmes agents ? Nous pensons qu'il est impossible de se soustraire à cette conséquence logique, et nous n'hésitons pas, pour notre compte, à considérer la sensibilité comme une propriété commune à tous le s corps, qu'ils se présentent ou non sous l'état particulier que nous nommons la vie. Cette propriété, en apparence si mystérieuse, n'est d'ailleurs pas autre chose que celle dont jouissent essentiellement tous les atomes matériels, d'obéir aux impulsions qu'ils exercent les uns sur les autres.
Il est une autre propriété qui semble appartenir exclusivement aux êtres vivants, celle de se multiplier d'une façon en apparence spontanée, par des procédés divers que nous allons passer en revue. Lorsque la Monère, que nous avons prise jusqu'ici pour exemple de la matière vivante constituée en individu aussi simple que possible, est parvenue à un certain degré de développement, on la voit se segmenter en deux moitiés à peu près égales et semblables qui, désormais, vivront isolément çt acquerront peu à peu un volume égal à celui de la Monère qui leur a donné naissance. Il semble, au premier abord,