MULTIPLICATION
qu'aucun phénomène analogue ne se produise dans les corps inorganiques. Si, cependant, on divise en deux parties un cristal de sulfate de cuivre suspendu dans une solution du môrae corps, on ne tarde pas à voir les deux masses nouvelles grandir par apposition de molécules précipitées de la solution, et atteindre rapidement les dimensions du cristal qui les a produites ; après quoi nous pouvons, en les segmentant, reproduire les mômes phénomènes. Mais, peut- on comparer la division nettement provoquée d'un cristal avec la segmentation en apparence spontanée d'une Monère ? Nous n'hésitons pas à répondre « oui », parce que tous les faits connus indiquent nettement que la division de la Monère n'est, en réalité, pas plus spontanée que celle du cristal de sulfate de cuivre.
Ce qui prouve bien que la division de la Monère s'effectue , comme celle du corps inorganique, sous l'influence d'un agent extérieur à elle, c'est qu'en modifiant les conditions du milieu dans lequel elle vit, nous pouvons hâter, retarder, ou même empêcher complètement sa division, et que, dans la nature, nous voyons les corps vivants formés d'une seule cellule, et les cellules des corps vivants pluricellulaire ne se segmenter que dans des conditions déterminées de chaleur et de lumière. On sait, par exemple, que les cellules d'un grand nombre de végétaux ne se segmentent que la nuit, et à une heure déterminée, tandis que celles d'autres végétaux ne se divisent que le jour. On aurait grand tort de croire que le moment de la segmentation soit le résultat d'une sorte de choix capricieux de la part de la cellule ; il suffit d'énoncer cette idée pour montrer ce qu'elle a de ridicule. Il est donc bien évident que le seul fait de la
segmentation se produisant, d'une façon constante, à un moment déterminé pour chaque plante, indique que cotte segmentation est soumise à Finfluence de conditions extérieures à elle. Nous ne sommes plus, en effet, à l'époque où l'on considérait la périodicité diurne ou nocturne comme un phénomène indépendant des conditions de température, de lumière, d'électricité, qui varient, on le sait, aux diverses heures de la journée. Nous aurons bien des fois, dans le cours de cet ouvrage, Toccasion de montrer que la périodicité diurne n'affecte une certaine régularité, que parce que la chaleur ou la lumière varient, dans la même journée, pendant une saison déterminée, d'une façon à peu près régulière.
En ce qui concerne la division des cellules, qui seule, nous occupe en ce moment, bien des faits montrent que la périodicité diurne, dont nous avons parlé plus haut, tient, en grande partie, aux conditions de température. M. Strasburger ayant remarqué, à Tépoque où il faisait ses belles observations sur la division cellulaire, que dans le Spirogyra orthospira, dont il se servait, la segmentation du noyau s'opérait pendant la nuit, et, habituellement , entre dix heures et minuit , au mois d'octobre, se crut d'abord astreint à se tenir à la disposition de la plante : mais, plus tard, il sut s'y soustraire à l'aide d'un procédé bien simple ? il plaçait, à l'entrée de la nuit, ses plantes dans une chambre plus froide que celle où elles vivaient, et il retardait ainsi la segmentation des cellules jusqu'au lendemain matin. Au mois d'août 1877, voulant étudier dans le laboratoire de M. Strasburger, la division des cellules des poils staminaux du Tradescantia virginica^ je ne tardai pas à m'apercevoir que le moment le plus favorable pour l'observation était