MATIÈRE VIVANTE INCOLORE ET CHLOROPHYLLÉE
quaternaires. Ces organismes sont donc fatalement condamnés soit à se nourrir de végétaux, soit à se dévorer les uns les autres.
Le protoplasma incolore ne jouissant pas de la propriété de s'accroître dans un milieu purement inorganique, tandis que le protoplasma vert peut augmenter de masse dans ces conditions, qui correspondent à celles du milieu dans lequel s'est formée la première matière vivante, il semble, au premier abord, que celle-ci ait dû, dès son apparition sur le globe, être munie de pigment chlorophyllien.
Cette opinion a été admise par un certain nombre d'auteurs, mais elle nous paraît fort peu probable. Il n'est guère possible, en effet, de supposer, comme semble l'admettre Glayde Bernard, que toute la matière vivante actuellement répandue sur le globe, soit le produit de l'accroissement « d'une molécule albumineuse primitive et unique y développée à l'origine du monde terrestre, »
Il est bien plus probable que des masses plus ou moins considérables et plus ou moins nombreuses de matière vivante ont dû se former, sous l'influence de conditions semblables, sur des points multiples de la surface du globe. Ces premiers corps vivants, en s'oxydant, ont donné naissance, comme le fait aujourd'hui toute matière vivante, à des principes immédiats ternaires, qui, mis en liberté, ont pu servir, avec les matériaux inorganiques du milieu ambiant, à la fabrication, par le protoplasma, de nouvelles substances albuminoïdes. Les organismes incolores actuels possèdent, en effet, la propriété de fabriquer avec des sels minéraux et des matières ternaires, comme l'alcool et le sucre, des matières albuminoïdes.
Le pigm.ent chlorophyllien, qui se forme actuellement, sans contredit, par oxydation ou dédoublement du proto-
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plasma vivant, a pu 8e produire, à l'origine des êtres par une oxydation semblable. Cependant, comme le pro toplasma ne peut lui donner naissance que sousTinfluence de conditions particulières, notamment sous l'action d'une lumière suffisamment intense, il a dû n'apparaître que dans certaines formes primitives de la matière vivante, formes placées dans les conditions les plus favorables à sa production. Ces formes, devenues vertes, ont transmis par l'hérédité, à leurs descendants, leur qualité nouvelle, tandis que les autres organismes vivants restaient incolores.
Cette manière d'expliquer l'apparition des organismes pourvus de pigment chlorophyllien est conforme au fait, facilement constatable aujourd'hui, que tout protoplasma est d'abord incolore et ne produit de pigment chlorophyllien que sous l'influence de conditions déterminées, dont la disparition ne tarde pas à être accompagnée de la destruction du pigment. Quand on laisse séjourner pendant un certain temps une plante verte dans l'obscurité, elle devient incolore, puis elle meurt, parce qu'après avoir perdu son pigment, elle ne peut plus se nourrir, comme elle faisait auparavant, des matériaux purement inorganiques que lui fournissent l'atmosphère et le sol.
Des considérations précédentes il est permis de conclure que tous les corps vivants primitifs étaient incolores ; mais que, sous l'influence de conditions différentes, certains de ces corps ont produit du pigment vert, tandis que les autres sont restés incolores, le protoplasma étant, d'ailleurs, aussi semblable à lui-même que possible, dans les deux formes de la matière vivante.
Revenons maintenant à la constitution physique des