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II PRÉFACE

homme, si grand qu'il soit, que j'aie xposée ; ce n'est pas un piédestal à une personnalité quelconque que j'ai voulu édifier. J'ai exposé et comparé toutes les doctrines, celle de Lamarck et celle de Darwin, celle de Russel Wallace et celle de Moritz Wagner, celle qui attribue la transformation des êtres vivants au Milieu, celle qui la fait découler de la Sélection, comme celle qui en voit la cause dans la Ségrégation.

J'ai placé toutes les opinions en présence des faits et j'ai déduit de cet examen les conclusions qui m'ont paru conformes à la réalité des choses.

J'ai pensé, j'ai écrit, sans autre préoccupation que celle d'atteindre la vérité. Si j'ai grandi quelques figures trop réduites de nos jours, si j'en ai réduit quelques-unes que mes contemporains ont faites trop grandes, j'ai agi en toute bonne foi, sans passion comme sans intérêt, car la plupart de ceux dont je parle sont morts, en apportant autant de réserve dans la forme de mes opinions que de netteté dans leur expression.

Puisse ce livre contribuer à répandre la connaissance d'une doctrine aujourd'hui admise par la presque unanimité des savants, mais encore enve-

PRÉFACE m

loppée de trop d'obscurité et non moins entravée dans son évolution parles préoccupations personnellesde ceux qui l'ont fondée ou de leurs élèves, que par l'hostilité plus ou moins intéressée de ses adversaires.

J.-L. DE Lânessan.

Paris, le 21 janvier 1883.

LE TRANSFOKMISME

Il y a quelques années, une curiosité bien pardonnable à un homme qui avait vécu jusqu'alors au milieu de peuplades plus ou moins sauvages, m'entraîna à visiter ce que, dans mon ignorance, je croyais être le temple de la science. Je me dirigeai vers le palais de l'Institut et pénétrai dans le sanctuaire de l'Académie des sciences.

C'était en hiver. Dans une grande salle rectangulaire, étaient assis, autour de tables étroites, une cinquantaine de vieillards. Leurs crânes chauves et lisses reflétaient les lueurs vacillantes de bougies placées devant chacun d'eux. A voir cette salle, aussi peu éclairée que mal disposée au point de vue de l'acoustique, il eut été difficile de deviner qu'elle renfermait les plus illustres géomètres et physiciens de la France.

Sur des bancs disposés le long des murailles se tenaient

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