TRANSFORMATIONS DU GLOBE ET SÉLECTION
laturelle qu'est due la formation des espèces nouvelles qui coïncide avec le changement des conditions cosmiques.
Ce raisonnement me parait pécher par la base. Lorsque lous voyons un caractère nouveau apparaître dans une :>lante ou un animal qui se trouve exposé à des conditions louvelles, il semble que nous devons attribuer sa producion à ces conditions. Quand^ par exemple, je vois les euilles d'une Renoncule aquatique se diviser en lanières îtroites toutes les fois qu'elles vivent dans Teau et, au conraire, affecter constamment une forme arrondie quand elles i'élèvent dans Tair, je suis naturellement amené à considérer îes deux formes différentes comme déterminées Tune par .'action de Teau, l'autre par l'action de l'air ; ou bien, il !^audrait supposer qu'elles se produisent sans motif, par liasard, et sous la seule influence des caprices du sort ; il faudrait, en outre, admettre que ce hasard coïncide toujours avec les changements du milieu.
Ce qui prouve bien encore que c'est aux milieux qu'il faut attribuer les caractères dont je viens de parler en les prenant comme exemples de toutes les [transformations le môme ordre, c'est qu'il faut que le milieu nouveau persiste pour que le caractère qui s'est produit au moment ie son apparition ne disparaisse pas. Il faut par exemple, }ue la Renoncule soit constamment noyée dans l'eau pour que les feuilles immergées conservent leurs découpures en forme de lanières; si l'on enlève la plante à la [nare dans laquelle elle vit, ses feuilles ne tardent pas à s'arrondir, et cela se produit sur le pied même qui est .'objet de l'expérience.
Si c'est le milieu nouveau qui détermine les caractères nouveaux, si la persistance de ce milieu est nécessaire à la conservation des caractères acquis sous son influence,
ii c'est lui, en un mot, qui détermine Fadaptation de . plante, il me semble qu'il est naturel de lui attribuer transformation de cette dernière, transformation -î Darwin met sur le compte de la lutte pour l'existence '= la sélection naturelle.
Ces dernières cependant interviennent dans les ph-^:* mènes qui se produisent au sein d'une région qui setn ^ forme au point de devenir aquatique après avoir été ' restrCjOu terrestre après avoir été aquatique. Tous \ organismes qui habitent une pareille région ne fi pas également plastiques et transformables. Le plusgri nombre sont adaptés depuis très longtemps au milieu i cien ; ils sont pourvus de caractères tellement fixes (\i ne résistent pas au changement du milieu, meureoi disparaissent. Supposons, par exemple, qu'on dessécha i étang dans lequel vivent des carpes et des lymnées: i carpes succomberont, tandis que leslymnéeSy dont Ter: nisation rappelle beaucoup celle des escargots terre^': résisteront à la perte d'eau, et môme si cette dernière . s'effectue qu'avec une très grande lenteur se tran.-: meront au point de vivre sans eau. C'est très probat ^ ment de la sorte qu'ont pris naissance toutes les ts^ ' de mollusques terrestres, car les formes les plus ancienr^ de ces organismes trouvées dans les couches géologie sont aquatiques.
Toutes les lymnées habitant l'étang auquel je faisais i lusion tout à l'heure résisteront-elles également à la c^ siccation? N'y aura-t-il pas une partie des individus ^^ succomberont, tandis que d'autres persisteront et se trî" formerontgraduellementpourformerune espèce terresu" Je l'ignore ; mais je ne fais aucune difficulté d'admt " qu'une partie des individus périront, tandis que lesaut-^
Les Amœbiens sont des animaux inférieurs, formés par une ieulecelluledépourvue de membianed'enveloppe, mais pourvue
d'un noyau. Le protoplasma qui forme la masse du corps est plus clair, plus dense 'moins riche en^ granulations k la périphérie
Fig. )1.— Quaimla ijpMtriea.
moins éloignée et plus ou moins différente de celle leur espèce s'est formée et développée.
Les partisans exclusifs de la lutte pour rexislenc^ de la sélection naturelle, Darwin lui-même, ne peu^: faire autrement que d'admettre la formation des esp par la ségrégation et la migration ; mais ils trouvent ^ core moyen d'y introduire a la lutte pour l'existeno' ' C'est ce que fait M. Haeckel dans le passage suivant, ]me parait utile de relever, parce qu'il montre bien, à fois, l'importance de la ségrégation, au point de vue d' formation des espèces, et l'inutilité, dans ce phénom^: de la lutte pour l'existence que, cependant, M. Hau croit devoir admettre. « Les migrations des animaux des plantes, dit le savant professeur d'Iéna {Sût. d-: Créât, nat, p. 325) importent fort à la théorie de IV lution en ce qu'elles peuvent éclairer vivement l'orif des nouvelles espèces. En émigrant, les animaux et plantes, tout comme les émigrants humains, trouvent : leur nouvelle patrie des conditions différentes de '^' auxquelles ils étaient héréditairement accoutumés, conditions nouvelles, insolites, l'émigrant doit les subir* adapter ou périr. Mais, par le fait même de l'adaptât: le caractère particulier, spécifique de l'organisme est r difié, et proportionnellement à la différence entre lesc dilions nouvelles et les anciennes. Le nouveau climat, nouvelle alimentation, mais surtout le voisinage de i velles espèces animales et végétales, tout tend à tran? mer le type héréditaire de l'immigrant, et si celui-ci pas une force de résistance suffisante, tôt ou tard L gendrera une espèce nouvelle. Le plus souvent, cetl^ tamorphose de l'espèce immigrante sous l'influence • changements survenus dans la lutte pour l'existé'
Les fifcures schématiiiaeB ci-jointes suIBronl pour donner au
«leur une Idée convenable des premiers phénomènes qoi se roduisent dans l'œuf fécondé.
NoteXi.
On donne le nom de progression arithmétique à une série de lombres tels que chacun est supérieur au précédent d'une uantité flie et toujours la mSme. Ainsi les nombres^ 2, 4, 6. , 10, 12, 11, 16, 18, 20, etc., sont en progression arithmétique 'un sur l'autre, car 11 s'ufflt d'ajouter le nombre 2 à l'un quelonque d'entre eux pour obtenir le suivant, ex : 2+2=4 ; 4+3=
; 6+2=8 ; elc.
La dénominaUon de proportion géométrique s'applique & une elle de nombres tela,que chacun représente le prêchent mulU-
336 LE TBANSFORHIgMS
Il me parait néceseaire de reproduire ici ce qu'il dr i cet égard. « Parmi les diverses objections très imp- ■ tantes que l'on peut élever contre la théorie de Dam dit-il {Formation des espèces par la ségrégation, Bil/ ' tlièquc biologique, p. 13), il y en a une essentielle, qui 1 1 jamais été réfutée par les partisans de cette doctrine. '.' botaniste Wigand a fait observer avec raison qu'elle 'i:' rait à elle seule à réfuter la théorie de la sélecLion. L . tion absorbante et compensatrice do croisement entre 'i organismes à sexe diPTérencié, aussi bien qn'entre le? i nombrables hermaphrodites qui se fécondent muluil ment, rend tout à fait impossible la constitution '. formes organiques à caractère constant datu le m^ ' habitat. Chaque nouveau caractère morphologique, q" que favorable qu'il soit à l'individu, sera forcément réd. par suite du croisement avec des individus normani ' ramené ainsi au type normal de l'espèce. Dans le crament illimité, c'est toujours le grand nombre qui IV: portera sur le petit.
« Les expériences de sélection artiâcielle, faite* par botanistes aussi bien que par les zoologistes, ont doi: la preuve irréfutable que les variétés qui commencen: " se constituer et ne sont point sufffsamment protégée? ( ' l'isolement contre la masse de l'espèce souche succomb- ' sous l'influence absorbante du croisement. Gomme i' iiijvé les nspfriences décisives des botanistes Kœlr».r et Gœrtner, aucune nouvelle race d'animaux domi^ iques ou de plantes ne saurait ni se constituer ni ^ iinteoir sans l'uide de l'isolement artiflciel. » J'ni aignnlé, dans un chapitre précédent, un cerU" } faits qui mettent hors de doute la réalité de ^ i admise par M. Hœckel. parU. MoritEWa^''
B APPENDIGB 585
B « Cette Techerche est beaucoup trop vaste, pour qu'un seul ^idividu puisse s'y livrer avec succès. L^objet de cet essai est :^rincipalement d'examiner les effets d'une grande cause, intime- :!ient liée à la nature humaine, qui a agi constamment et puisamment dès Torigine des sociétés, et qui cependant a peu fixé l'attention de ceux qui se sont occupés du sujet auquel elle i.ppartient. A la vérité, on a souvent reconnu et constaté les laits qui démontrent l'action de cette cause, mais on n'a pas /a la liaison naturelle et nécessaire qui existe entre elle :9t quelques effets remarquables, quoiqu'au nombre de ces effets il faille probablement compter des vices, des malheurs, i3t cette distribution trop inégale des bienfaits de la nature, que res hommes éclairés et bienveillants ont de tout temps désiré de corriger.
> « La cause que j'ai en vue est la tendance constante qui se manifeste dans tous les êtres vivants à accroître leur espècet plus que ne le comporte la quantité de nourriture qui est à leur portée.
« C'est une observation du Dr Franklin, qu'il n'y a aucune limite ^ la faculté productive des plantes et des animaux, si ce n'est qu'en augmentant en nombre ils se dérobent mutuellement leur subsistance. Si la face de la terre, dit-il, était dépouillée de toute autre plante, une seule espèce, par exemple, le fenouil, suffirait pour la couvrir de verdure. Et, s'il n'y avait pas d'autres habitants, une seule nation, par exemple la nation anglaise, en peu de siècles l'aurait peuplée (1).
« Cela est incontestable. La nature a répandu d'une main libérale les germes de la vie dans les deux règnes, mais elle a été économe de place et d'aliments. Sans cette réserve, en quelques milliers d'années, des milliers de mondes auraient été fécondés par la terre seule ; mais une impérieuse nécessité réprime cette population luxuriante ; et l'homme est soumis à sa loi, comme tous les êtres vivants.
« Les plantes et les animaux suivent leur instinct, sans être arrêtés par la prévoyance des besoins qu'éprouvera leur progéniture. Le défaut de place et de nourriture détruit, dans ces
(1) Franklin, Miseel,^ p. 9.
deux règnes» ce qui naît au delà des limites assignées à chaç. espèce. De plus; les animaux se servent mutuellement de p^-
« Les effets de cet obstacle sont pour Thomme bien plus:.: pliqués. Sollicité par le même instinct, il se sent arrêté p:: voix de la raison, qui lui inspire la crainte d^avoir des en'^ aux besoins desquels il ne pourra point pourvoir. S'il c«: cette juste crainte, c'est souvent aux dépens de la vertu. Su contraire, l'instinct remporte, la population croît plasqu^. moyens de subsistance. Mais, dès qu'elle a atteint ce temc faut qu'elle diminue. Ainsi la difficulté de se noorrir es; j obstacle toujours subsistant à Taccroissement de lapopuu^ humaine ; cet obstacle doit se faire sentir partout où les hoc::' sont rassemblés et s'y présenter sans cesse sous les f(C'^ variées de la misère et du juste effroi qu'elle inspire.
« On se convaincra que la population a une tendance consta: ' à s'accroître au delà des moyens de subsistance, et queb arrêtée par cet obstacle^ si Ton parcourt, sous ce point de t. les différentes périodes de Texistence socisde. Mais, avant dtreprendre ce travail et pour y jeter plus de clarté, essayons . déterminer, d'une part, quel serait l'accroissement natoit. la population, si elle était abandonnée à elle-même sansauci gêne, et d'autre part, quelle peut être l'augmentation 1^ productions delà terre dans les circonstances les plus ÊLVorali.') à l'industrie productive.
« On accordera sans peine qu'il n'y a aucun pays conna, o:: ^ moyens de subsistance soient si abondants et les mœr^ * simples et pures, que jamais la difficulté de pourvoir aux bes:d'une famille n'y ait empêché ou retardé les mariages:; jamais les vices des grandes villes, les métiers insalubres . Texcès du travail n'y aient porté atteinte à la vie. Ain^nooss connaissons aucun pays où la population ait pu croître s»: obstacle.
« On peut dire qu'indépendamment des lois qui étabIisseQ^ mariage, la nature et la vertu s'accordent à prescrire à l'hos:^ de s'attacher de bonne heure à une seule femme ; etqae, s:r. ne mettait obstacle à l'union permanente qui serait la suiteturelle d'un tel attachement, ou si des causes de dépopulatioa: se faisaient sentir ensuite, on devrait s'attendre à voir lapor-
lation s^élever bien au delà des bornes que nous l'avons vue aU teindre.
« Dans les Ëtats du nord de l'Amérique, où les moyens de subsistance ne manquent point, où les mœurs sont pures et où les mariages précoces sont plus faciles qu'en Europe, on a trouvé que la population, pendant plus d'un siècle et demi avait doublé plus rapidement que tous les vingt-cinq ans. Et néanmoins pendant ce même intervalle de temps, on avait vu, en quelques villes, le nombre des morts excéder celui des naissances ; en sorte qu'il fallait que le reste du pays leur fournit constamment de quoi remplacer leur population : ce qui indique clairement que Taccroissement y était plus rapide que la moyenne générale.
« Dans les établissements de l'intérieur, où l'agriculture était la seule occupation des colons, et où l'on ne connaissait ni les vices, ni les travaux malsains des villes, on a trouvé que la population doublait en quinze ans. Cet accroissement, tout grand qu'il est, pourrait sans doute l'être bien davantage, si la population n'éprouvait point d'obstacle. Pour défricher un pays nouveau, il faut souvent un travail excessif ; de tels défrichements ne sont pas toujours forts salubres : d'ailleurs, les sauvages indigènes troublaient quelquefois ces entreprises par des incursions qui diminuaient le produit de l'industrieux cultivateur, et coûtaient môme la vie à quelques individus de sa famille.
«Selon une table d'Euler, calculée d'après une mortalité de 1 sur 36, si les naissances sont aux morts dans le rapport de 3 à i, la période de doublement sera de 12 années et 4/^ seulement. Et ce n'est poi^it là une simple suposition, mais elle s'est réalisée plus d'une fois pendant de courts intervalles de temps.
« Sir W. Petty croit qu'il sera possible, à la faveur de certaines circonstances particulières,que la population double en dix ans.
« Mais, pour nous mettre à l'abri de toute espèce d'exagération, nous prendrons pour base de nos raisonnements l'accroissement le moins rapide, accroissement prouvé par le concours de tous les témoignages, et qu'on a démontré provenir du seul produit des naissances.
« Nous pourrons donc tenir pour certain que, lorsque la population n'est arrêtée par aucun obstacle, elle va doublant tous
588 LB TIUN8F0i»IISlIE
les vingt-oiiiq ans et croît de période en période sdoniiDeiB gression géométrique.
« Il est moins aisé de déterminer la mesure de raoocii ment des productions de la terre. Mais du moins nous sonfl sûrs que cette mesure est tout à lait différente de celle qn applicable & Taccroissement de la population. Un nom}» mille millions d'hommes doitdoubler enyin^rt ansparlei principe de population, tout comme un nombre demiUehom Mais on n^obUendra pas avec la même facilité la nourritoïc cessaire pour alimenter Taccroissement du plus grand nom L^homme est assujetti à une place limitée. Lorsqu^nn aipi été ajouté & un autre arpent, jusqu'à ce qu'enfin toute la fertile soit occupée^ Taccroissement de nourriture dépen Tamélioration des terres déjà mises en yaieur. Cette amél tion, par la nature de toute espèce de sol» ne peut fûi progrès toujours croissants ; au contraire, elle en fera q croîtront graduellement : tandis que la population, parti elle trouve de quoi subsister, ne reconnaît point de bmil que ses accroissements deviennent une cause active d*a( sements nouveaux.
« Tout ce qu'on nous dit de la Chine et du Japon donne I douter que tous les efforts de Ifindustrie humaine p réussir À y doubler le produit du sol, en prenant même la ] la plus longue. A la vérité, notre globe off^ encore de sans culture et presque sans habitants ; mais on peut co le droit d'exterminer ces races éparses, ou de les contra s'entasser dans une partie retirée de leurs terres, insufGi leurs besoins. Si Ton entreprend de les civiliser et de leur industrie, il faudra y employer beaucoup de temi croissement de la population se réglera sur celui de la nou il arrivera rarement qu'une grande étendue de terrain donnés et fertiles soit mise tout à coup en culture ] nations éclairées et industrieuses. Enfin, lors même événement aurait lieu, comme il arrive par Tétablisseï nouvelles colonies, cette population, croissant rapide en progression géométrique, s'imposera bient<^ des b eUe<4néme. Si l'Amérique continue & croître en pop conune on n*en saurait douter, quoiqu^avec moins de :
lation B^élever bien au delà des bornes que nous Tayons vue aU teindre.
« Bans les Ëtats du nord de PAmérique, où les moyens de subsistance ne manquent point, où les mœurs sont pures et où les mariages précoces sont plus faciles qu^en Europe, on a trouva que la population, pendant plus d^un siècle et demi avait doublé plus rapidement que tous les vingt-cinq ans. Et néanmoins pendant ce même intervalle de temps, on avait vu, en quelques villes, le nombre des morts excéder celui des naissances ; en sorte qu'il fallait que le reste du pays leur fournit constamment de quoi remplacer leur population : ce qui indique clairement que Taccroissement y était plus rapide que la moyenne générale.
« Dans les établissements de l'intérieur, où Tagriculture était la seule occupation des colons, et où Ton ne connaissait ni les vices, ni les travaux malsains des villes, on a trouvé que la population doublait en quinze ans. Cet accroissement, tout grand qu'il est, pourrait sans doute l'être bien davantage, si la population n'éprouvait point d^obstacle. Pour défricher un pays nouveau, il faut souvent un travail excessif ; de tels défrichements ne sont pas toujours forts salubres : d'ailleurs, les sauvages indigènes troublaient quelquefois ces entreprises par des incursions qui diminuaient le produit de l'industrieux cultivateur, et coûtaient même la vie à quelques individus de sa famille.
«Selon une table d'Euler, calculée d'après une mortalité de i sur 36, si les naissances sont aux morts dans le rapport de 3 à l, la période de doublement sera de 12 années et 4/^ seulement. Et ce n'est point là une simple suposition, mais elle s'est réalisée plus d'une fois pendant de courts intervalles de temps.
« Sir W. Petty croit qu'il sera possible, à la faveur de certaines circonstances partlculières,que la population double en dix ans.
« Mais, pour nous mettre à l'abri de toute espèce d'exagération, nous prendrons pour base de nos raisonnements l'accroissement le moins rapide, accroissement prouvé par le concours de tous les témoignages, et qu'on a démontré provenir du seul produit des naissances.
« Nous pourrons donc tenir pour certain que, lorsque la population n'est arrêtée par aucun obstacle, elle va doublant tous
590 LE TRAHSfORMISlIE
litiue, osons dMne supposition qui, qaelqa*inezacte qii>. soit, sera du moins manifestement plus favorable à la proc. tion de la terre qu'aucun résultat de rexpérience.
€ Feignons que les additions annuelles, qui pouiraiect^-: foites au produit moyeii, ne décroissent point, et restent c : tamment les mêmes ; en sorte que chaque période de fjl cinq ans ajoute au produit annuel de la Grande-Bretagne u quantité égale à tout son produit actuel. Assurément le s;culateur le plus exagéré ne croira pas qu'on puisse supç.* davantage, car cela sulQiait pour convertir en peudesie. tout le sol del*ile en jardins.
«Appliquons cette suppposition& toute la terre, en sorte v la fin de chaque période de vingt-cinq ans, toute la noairi:/ que fournit actuellement à Thomme la surface entière da g'. > soit ajoutée à celle qu'elle pouvait fournir au commenceiC'-: de la période. C'est plus assurément que tout ce qu'on ad* d'attendre des efforts les mieux dirigés de llndustriehnmi^
« Nous sommes donc en état de prononcer, en paitao; ■ rétat actuel de la terre habitable^ que les moyens de snb^ tance, dans les circonstances les plus favorables à Tindas:: ne peuvent jamais augmenter plus rapidement que selon u: progression arithmétique.
€ La conséquence inévitable de ces deux lois d'accroisseme: comparées est assez frappante. Portons à onze millions . population de la Grande-Bretagne, et accordons que le proi. actuel de son sol suffit pour maintenir une telle population, a bout de vingt-cinq ans, la population seraft de vingt-deux tl lions ; et la nourriture étant aussi doublée, suffirait ena^. son entretien. Après une seconde période de vingt-cinq ans. j population serait portée & quarante-quatre millions et les mov^: de subsistance n'en pourraient plus soutenir que trente-tr.. Dans la période suivante, la population, arrivée à quatre-¥ii: huit millions, ne trouverait des moyens de subsistance ^ pour la moitié de ce nombre. A la fin du premier siècle, h p pulation serait de cent soixante et seize millions, et les moj:: de subsistance ne pourraient suffire à plus de cinquante-::: millions ; en sorte qu'une population de cent vingt et un rlions dlioaunes serait réduite À mourir de iàim.
que dans la premiàre période des établissements qa*on y a formés, les indigènes seront toujours plus repoussés dans l'intérieur des terres, Jusqu'à ce qu^enûn leur race vienne à s^éteindre.
«Ces observations sont, jusqu'à un cQf tain point, applicables à toutes les parties de la terre où le sol est imparfaitement cultivé. Il ne pourrait entrer dans Tesprit, même un seul instant, de détruire et d'exterminer la plupart des habitants de TAsie et de l'AMque. Civiliser les tribus diverses des Tartares et des Nègres, et diriger leur industrie, serait sans doute une entreprise longue et difficile, d'un succès d'ailleurs variable et douteux.
« L'Europe n'est point aussi peuplée qu'elle pourrait l'être. C'est en Europe qu'il y a quelque lieu d'espérer que l'industrie puisse être mieux dirigée. En Angleterre et en Ecosse, on s'est l)eaucoup livré à l'étude de l'agriculture : et cependant, dans ces pays même, il y a beaucoup de terres incultes. Examinons à quel point le produit de cette île serait susceptible d'accroissement dans les circonstances les plus favorables qu'on puisse feindre.
« Si nous supposons que> par la meilleure administration et par les encouragements les plus puissants donnés aux cultivateurs, le produit des terres y pourrait doubler dans les premières vingt-cinq années, il est probable que nous irons au delà de la vraisemblance ; et cette supposition paraîtra excéder les bornes que l'on peut raisonnablement assigner à un tel accroissement de produit.
« Dans les vingt-cinq années qui suivront, il est absolument impossible d'espérer que le produit suive la même loi, et qu'au bout de cette seconde période, le produit actuel se trouve quadruplé. Ce serait heurter toutes les notions que nous avons acquises sur la fécondité du sol. L'amélioration des terres stériles ne peut être que l'effet du travail et du temps ; et il est évident, pour ceux qui ont la plus légère connaissance de cet objet, qu'à mesure que la culture s'étend, les additions annuelles qu'on peut fah?e .au produit moyen vont continuellement en diminuant avec une sorte de régularité. Pour comparer maintenant l'accroissement de la population à celui de la nour-