CHAPITRE XI
COUP d'ceil rétrospectif
Parvenu au terme de la tâche que je m'étais imposée, je crois utile de jeter un coup d'œil rétrospectif sur le chemin parcouru et de grouper dans un tableau d'ensemble toutes les observations qu'il nous a été donné de faire pendant la route.
Nous avbns vu la matière informe des nébuleuses se condenser en astres à forme définies, d'abord, constitués par des vapeurs incandescentes, qui se refroidissent, et se transforment en corps solides dont un seul, la terre, peut faire l'objet d'études complètes, parce que seule nous pouvons l'atteindre avec tous les sens. Sur ce globe refroidi, à surface solide, nous avons vu apparaître, par une transformation nouvelle de la matière infinie et éternelle, les premières molécules d'une substance vivante.
Nous avons comparé les propriétés de cette dernière avec celles de la matière non-vivante, et nous nous sommes
formations d'espèces consécutives aux changements di globe ont été produites par une sélection résultant de ^ lutte pour Texistence et non par les variations du miL cosmique. Darwin s'explique formellement à cet ésàr! « Les habitants de chaque période successive de Thist ..: du globe, dit-il, ont vaincu leurs prédécesseurs dans lutte pour l'existence et occupent de ce fait une place p élevée qu'eux dans Téchelle de la nature, leur confom tion s'étant généralement plus spécialisée ; c'est ce :peut expliquer Fopinion admise par la plupart des paie : tologistes que, dans son ensemble, rorganisation a pr gressé. »
Je ne veux pas discuter actuellement la fin de cette pr position ; je ne m'arrête qu'à sa première partie, c dans laquelle Darwin affirme que « les habitants de ^ que période successive de l'histoire du globe ont vai'. leurs prédécesseurs dans la lutte pour l'existence ». J'aN que je ne comprends même pas comment la lutte dor. parle aurait pu exister. Pour bien préciser nos idées. ^ nous un exemple hypothétique, mais aussi conforme \ possible aux faits qui se sont produits réellement. Je ^/ pose que le climat de Paris subisse un abaissement grad. continu, mais extrêmement faible, comme celui qui -i • se produire avant la période glaciaire. Les plantes e: animaux du bassin de Paris ressentiront, sans aucun dû. les effets de cet abaissement graduel de la température ce modifieront avec une lenteur égale à celle de l'abaL-ment et resteront ainsi sans cesse adaptés à la tempéra:.' ambiante. Si l'on compare à elle-même, tous les dix an5t* espèce donnée de plantes ou d'animaux, on ne constat' aucune différence entre les états présentés au débat e la fin de cette période; qu'on fasse la comparaison au t -
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Nous avons trouvé dans l'hérédité la cause des ressemblances tandis, que celle des variations individuelles se montrait dans faction du milieu cosmique et dans celle du milieu générateur.
Connaissant les causes déterminantes des variations individuelles, nous avons abordé Tétudedes procédés àTaide desquels Thomme, d'une part, la nature, deTautre, transforment les individus et leurs produits et déterminent la formation de races, variétés et espèces nouvelles. La sélection, la ségrégation et l'expatriation étant les procédés dont l'homme fait usage, nous avons vu que la production des espèces naturelles est également déterminée surtout par la ségrégation et l'expatiiation actives ou passives qui exposent les animaux et les végétaux à des conditions cosmiques différentes de celles dans lesquelles ont vécu leurs ancêtres. Quant à la sélection naturelle nous avons montré qu'elle ne fait qu'ajouter son action à celle des conditions cosmiques.
C'est encore dans l'action de ces dernières que nous avons trouvé l'explication des phénomènes que nous avons étudiés sous les noms d'évolution ascendante, évolution descendante et conservation d'état.
Enfin, et c'est par là que je termine, au dessus de tous ces faits, de ces admirables problèmes, nous avons vu planer quelques grandes ombres, Diderot, Gcethe, Buffon, Darwin, et le plus illustre, le plus perspicace de tous, Lamarck.
mation des espèces sous Tinfluence des variations :z globe. Parlant de rabaissement considérable de la trpérature qui se produisit au niveau des pôles eldi:leur voisinage au moment de Tépoque tertiaire, il écn* « Les espèces qui s'adaptèrent et s'habituèrent à Tabaisf^ sèment de la température se métamorphosèrent '' espèces nouvelles par le fait même de cette acclimaUt: sous Tinfluence de la sélection naturelle. Les aut: espèces, celles qui s'enfuirent devant le froid, dur^* émigrer sous des latitudes plus basses, pour y chercher < climat plus doux. De là résultèrent de puissantes mod cations dans la distribution des espèces à cette époque Je ne réponds pas à la première phrase de M. Hœckel : i réponse a été faite plus haut. La seconde vaut la \t^ qu'on s'y arrête. M. Ha3ckel rappelle, comme je l'ai moi-même plus haut, que l'envahissement des pùledes régions polaires du globe par le froid dut prova»:de nombreuses migrations d'animaux. En cela il dans le vrai. Mais, plus bas, il ajoute : « A mesure : le froid polaire progressait lentement vers Téquateur, couvrant d'un manteau de glace les terres et les mer? devait naturellement refouler devant lui la totalité êtres vivants. Émigrer ou périr de froid, telle fut l'a. native offerte aux animaux et aux plantes. Mais com" les zones tempérées et tropicales n'avaient pas vraiv. blablement alors une faune et une flore moins ri^. qu'aujourd'hui, les habitants de ces régions et les im" grants venant des pôles durent se faire une terr.. guerre pour l'existence. Durant cette lutte, qui se cv. nua sans doute pendant des milliers d'années, nom:* d'espèces succombèrent, les autres se modiOèrent el • transformèrent en espèces nouvelles. La distribution c
Les figures ci-jolntes sufQront pour donner au lecteur i 1 dée de rorganisalionEdes cellules Tàgétales .
Fig. 6. — Cellula HgtUi» (dilK.
Nota H.
. Les Foraminifères sont des animaux Tormês d'une masse rotoplasmiqoe en forme de membrane, mais pourvue d'un pyau et cimentant un grand nombre de prolongements proto- Jasmiques grêles, plus ou ihoins confondus les uns avec les utres dans certains points de leur étendue et jouant le rôle e ramesèkl'iUde desquelles l'animal sa déplace dans l'eau et :l\ii de bras avec lesquels il saisit ses aliments et les entndne
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Pour admettre ce dernier fait il faudrait supposer des ri grations rapides, brusques, comme celles dont navons cité des exemples dans le chapitre précédent. ï:^ dans ce cas, ce n'est pas une espèce tout entière c émigré, ce sont des individus isolés, et ils émigrent, t sous rinfluence d'une cause déterminante générale extrêmement lente, comme rabaissement de la tempr ture qui précéda la période tertiaire, mais sous l'ioflur de causes accidentelles et locales. En sorte que To: affaire non pas aux migrations dont parle Hœckel, ma: un simple phénomène de ségrégation avec expatriât! Dans ce cas, évidemment, une espèce nouvelle peut * produite par transformation des individus ségrégés et i leur descendance.
Quant à Témigration en masse du nord vers le midi ' eut lieu pendant la période glaciaire, elle fut néccssa' ment aussi lente que rabaissement de la températur Tenvahissement des régions circumpolaires par le t et, dans ce cas, la lutte pour Texistence n*a rien à v dans la formation des espèces, celle-ci se fait, comme : le cas étudié plus haut, par une évolution graduel! extrêmement lente.
Nous n'avons parlé dans tout ce qui précède qrj.* i transformations produites par le changement du clin de la nourriture et des autres éléments du milieu : mique qui sont sous Tinfluenee de Télévation ou de baissement de la température.
Il est un autre ordre de transformations de la surfa^^ globe qui a dû jouer un rôle plus important dans ! mation des espèces nouvelles: c'est le remplacemer continents par les mers et celui des mers parles conti"-
Nous avons dit plus haut qu'un grand nombn
TRANSt'ORMAttONS bÛ GtOftE fiT SÉLECTION K29
points, aujourd'hui couverts par les eaux, ont été autrefois à découvert, tandis que d'autres, comme la région de Paris, qui sont aujourd'hui plus ou moins éloignés de la mer, ont été jadis des bassins maritimes. Ces changements ont résulté d'un abaissement ou, au contraire, d'un soulèvement de la surface du globe ; ils ont nécessaire^ ment exercé une influence considérable sur les êtres vibrants incapables de se déplacer qui habitaient les régions soulevées ou abaissées.
C'est, sans aucun doute, dans ces phénomènes qu'il faut chercher la cause de la transformation d'un grand nombre le formes aquatiques en formes terrestres. Tout homme ignorant de l'organisation des animaux et des végétaux 3st porté à croire qu'il existe entre les êtres qui vivent dans l'eau et ceux qui habitent la terre des difl'érences profonles et capitales, assez considérables pour établir entre ces leux groupes d'organismes une barrière infranchissable.
Il n'en est rien cependant. Entre les végétaux aqua* iques et les végétaux terrestres, il est possible de trouver les formes de transition possédant à la fois une partie [es caractères des premiers et une partie de ceux des seonds, jouissant par suite de la faculté de vivre tantôt ans l'air et tantôt dans l'eau, et pouvant même, à l*aide e quelques précautions, être soustraits à l'un des deux lilieux et condamnés à vivre constamment dans l'autre, ertains végétaux passent une partie de leur existence ans l'eau et l'autre dans l'air. Enfin, dans quelques roupes, on trouve des espèces très voisines les unes des litres, vivant les unes dans l'eau, d'autres dans l'air. Ces ►rmes intermédiaires ne se trouvent pas seulement dans s groupes inférieurs mais encore dans les plus élevés en r-ganisation. Elles nous permettent de nous rendre compte
de la nature des transformations qui ont dû se prod: en vue de l'adaptation de la plupart des végétaux j au milieu terrestre, soit au milieu aquatique.
Les transformations dont je viens de parler se sonl : talement produites pendant les époques géologique? i» les lieux qui, ayant été d'abord couverts par les eaux. subi une élévation qui les a transformés en conlinectdans ceux qui se sont affaissés après avoir formé des • tinents habités.
Ce que nous venons de dire des végétaux s'app. trait pour trait aux animaux. Dans les deux cas, un?r nombre d'organismes ont dû succomber. Nous en Ir vons les restes dans les couches géologiques; d'autre- ^ contraire, se sont transformés et ont acquis des caract * qui les ont adaptés à leur nouveau milieu.
Je ne veux pas insister; ce serait prolonger outre m^* ' cette étude, sans qu'il me soit possible d'entrer dan* ! les détails qu'elle comporte. . L'exposé des faits de ordre trouvera mieux sa place dans des ouvragesspév que je prépare en ce moment sur révolution des vég"^ et sur révolution des animaux.
Les partisans quand môme de la doctrine de Dar^ appliquent à tous ces faits une explication qui peut résumée de la façon suivante : Lorsque l'eau se r d'une localité qui s'élève, ou envahit une région • s'abaisse, les organismes qui ne se déplacent pas se c portent différemment; certains d'entre eux naissent s des caractères qui leur permettent de résister à la tr formation du milieu et de laisser une postérité ; ceui persistent, tanckis que les autres succombent ààns ' lutte pour l'existence » contre le milieu nouveau; f donc, disent-ils, à la lutte pour l'existence et à la séle^