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CORPS SIMPLES ET CORPS COMPOSÉS

astres incandescents et Ton put s*assurer que toutes les masses matérielles célestes avaient exactement la môme composition chimique que la terre, c'est-à-dire offraient les mêmes corps simples diversement combinés. Cette découverte permettait d'émettre, au sujet de l'origine de ces masses, une opinion plausible, sur laquelle nous reviendrons tout à l'heure. L'univers n'était qu'une unité fractîbnnée.

Dans ces derniers temps,, les recherches spectroscopiques (1) ont conduit à un autre résultat plus important encore. Elles ont permis de montrer que la plupart des corps considérés autrefois comme simples ne sont, en réalité, que des corps composés ; et elles promettent de nous conduire à la vérification d'une hypothèse émise depuis bien longtemps déjà, mais restée jusqu'à ce jour sans fondement, hypothèse d'après laquelle les corps dits simples ne seraient que des états moléculaires différents d'un corps unique , qui seul , serait véritablement éimple.

Tout le monde sait que certains corps simples ou composés sont susceptibles de changer très facilement d'état, c'est-à-dire de se présenter, suivant les conditions, soit à l'état solide, • soit à l'état- liquide, soit à l'état gazeux. Il

(1) On sait que quand un rayon de soleil, autrement dît de lumière Manche, traverse un prisme, il se décompose en rayons diversement colorés qui constituent ce que Ton nomme le spectre. Lorsqu^un gaz ou une vapeur sont portés à Tincandescence, ils émettent de la lumière qui, en traversant le prisme, donne également un spectre ; mais ce dernier diffère plus ou moins de celui qui est fourni par la lumière du soleil. Si, par exemple, on projette un sel de baryte dans une flamme peu vive, celle-ci devient rouge et en traversant le prisme, elle donne un spectre dans lequel se trouvent des raies spéciales, absolument constantes pour un même corps. Gomme ces raies sont produites par des quantités extrêmement faibles du corps que l'on expérimente, elles peuvent permettre de le reconnaître partout où il se trouve. Des instruments spéciaux désignés sous le nom de speclroscopes, sont destinés à faciliter ces observations. C'est par ces procédés qu'on a pu déjà déterminer la composition chimique d'un grand nombre d'astres.

est à peine besoin de rappeler que l'eau peut se présenter à l'état de vapeur, de liquide ou de glace, sans que sa composition chimique soit en aucune façon modifiée ; la plupart de nos lecteurs ont vu le soufre, qui est un corps simple, devenir liquide quand on le chauffe ou môme se résoudre dans certaines conditions en vapeur; on sait auss qu'un 'autre corps simple l'iode, qui est naturellement solide, se volatilise avec la plus grande facilité, sans qu'il soit nécessaire de le chauffer et se dépose de nouveau, à l'état solide, sur les parois du vase qui le contient.

On dit, dans tous ces cas, que le corps change d'état physique et l'on sait aujourd'hui, d'une manière incontestable, que ces changements d'état sont dus, soit à une perte, soit à un gain de calorique fait par le corps. Pour faire passer un corps solide à l'état liquide ou à l'état gazeux il suffit de le chauffer ; pour le faire repasser ensuite de l'état gazeux à l'état liquide et à l'état solide, il faut le refroidir, ou autrement dit lui enlever de la chaleur.

On admettait, il y a peu de temps encore, que certains corps simples comme l'azote, l'oxygène, l'hydrogène, etc. ne pouvaient exister qu'à l'état gazeux sous lequel nous les connaissons, mais les travaux récents de MM. Gailletet et Raoul Pictet, ont montré que, comme tous les autres, ils ne doivent leur état gazeux habituel et seul connu de nous jusqu'à ce jour, qu'à la possession, à Temmagasinement, si je puis m'exprimer de la sorte, d'une certaine quantité de chaleur ; qu*on leur enlève cette chaleur ol on les liquéfie ott même on les solidifie. Les plus permanents de tous les gaz, c'est-à-dire l'azote, l'oxygène et l'hydrogène n'ont pu résister à la liquéfaction. M. Pictet paraît même avoir obtenu l'hydrogène à l'état solide.

Les travaux récents tendent à nous montrer l'univers

comme constitué par un corps unique (1), susceptible d affecter des états moléculaires très divers qui ont jusqu'à ce jour reçu le nom de corps simples, et des corps composés dans lesquels on peut retrouver les divers aspects ou états spéciaux qui répondent aux différents corps simples. Quant aux modifications que subirait, dans cette hypothèse, la matière, pour affecter les formes dites corps simples, elles nous sont absolument inconnues. Il nous est âimplement permis de supposer qu'elles sont dues, comme les états gazeux, liquide et solide, dont il a été question plus haut, à la présence d'une quantité plus ou moins considérable de calorique.

Qu'il existe un seul ou plusieurs corps simples, il importe de savoir quelle est la constitution intime de la matière. Bien des hypothèses ont été émises à cet égard, mais la seule qui parait dans l'état actuel de la science, avoir quelque probabilité est celle qui a reçu le nom de théorie atomique.

D'après cette théorie, tous les corps qu'ils soient simples ou composés, gazeux, liquides, ou solides seraient formés de particules extrêmement petites, indivisibles, sans cesse en mouvement, susceptibles de se rapprocher ou de s'écarter les unes des autres, et suspendues dans un milieu commun, matériel, mais impondérable : l'éther.

Parlons d'abord des corps pondérables. On admet généralement que les atomes des corps simples qui constituent l'univers, s'unissent les uns aux autres pour former des molécules : simples^ si tous leurs atomes

(1) Les études spectroscopiques faites daus ces derniers temps par M. Lockyer, physicien anglais, sur la composiiion chimique des astres, tendent toutes à cette conclusion (voy. la Revue intern . des Sciences^ 1B79, III, p. 82}, Voy. aussi notre Appendice, note A.

constituants sont de même nature ; composées, si leurs atomes sont de nature différente.

« Les atomes, dit le savant chimiste A. Wurtz, qui est l'un des partisans les plus autorisés de cette doctrine, ne sont pas des points matériels ; ils ont une étendue sensible et sans doute une forme déterminée ; ils diffèrent par leurs poids relatifs et par les mouvements dont ils sont animés. Ils sont indestructibles, indivisibles par les forces physiques et chimiques auxquelles ils servent, en quelque sorte, de points d'application. La diversité de la matière résulte de différences primordiales, éternelles, dans Ves^ sence même de ces atomes, et dans les qualités qui en sont la manifestation » {La Théor, atom,, p. 224).

Le lecteur, a sans doute remarqué que M. Wurtz, fidèle à la théorie de la multiplicité des corps simples, considère les atomes constituants de l'univers comme doués « de différences primordiales et éternelles. » C'est là une idée à laquelle il faudra renoncer, le jour, peu éloigné peut-être où il sera démontré que tous les corps dits simples ne sont en réalité que des corps composés et qu'il n'existe qu'un seul corps véritablement simple. La théorie atomique ne serait du reste pas atteinte par ce fait. Il suffirait de considérer nos corps simples comme formés de molécules dans lesquelles les atomes constituants sont toujours identiques, mais affectent les uns avec les autres des rapports différents suivant le corps envisagé, rapports entraînant des qualités différentes. Cette hypothèse n'aurait rien de singulier puisque nous savons que le même corps peut se présenter à nous avec des propriétés très diverses, suivant qu'il affecte tel ou tel état, sans que cependant sa composition chimique ait été modifiée.

Dans l'hypothèse que la matière constituante de l'uni-

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