RÉGRESSIONS ARTISTIQUES APPARENTES
L'évoluUoa artistique moderne manifeste à n'en pas douter certaines tendances vers un retour aux formes primitives ; ces tendances sont en corrélation étroite avec les phénomènes analogues que nous pouvons observer dans toutes les autres fonctions de la vie sociale ; les romantiques en architecture, en peinture eten littérature ; les préraphaélites et les pseudo-primitifs en peinture, sont des exemples de ces régressions apparentes. Le romantisme en réalité n'était régressif qu'en apparence et au point de vue négatif en ce qu'il niait l'absolu artistique classique ; sa fonction positive et progressive fut de restituer au moyen âge la place qui lui revenait et de concourir ainsi à rétablir la grande loi de continuité sociale dont l'école classique était la négation ; le résultat fut non pas un retour vers le moyen âge mais la rupture des fornles artistiques et littéraires, préexistantes et la possibilité pour la vie moderne d'avoir son expression également modierne. A côté de certaines régressions réelles, mais individuelles, chezquelques représentants des écoles réformatrices de l'art, subsiste la tendance prédominante de se dégager non seulement des formes anciennes mais des formes actuelles. Ces tentatives entraînent naturellement des hésitations et des efforts en divers sens. Lorsqu'on essaie de tirer un clou d'un mur, on lui fait subir des chocs et des mouvements dans des directions différentes de manière à rendre l'issue plus facile en agrandissant ou en brisant son enveloppe extérieure. 11 n'y aurait régression artistique réelle que si la musique retournait véritablement à ses modes simplistes primitifs, si les belles-lettres rétrogradaient jusqu'aux images
purement symboliques et représentatives comme les hiéroglyphes ; si la peinture redevenait simplement décorative comme un accessoire de la statuaire et de l'architecture; si la sculpture à son tour cessait d'être une fonction artistique différenciée et indépendante pour ne plus s'appliquer qu'à cette dernière ; si l'architecture ellemême enfin se réduisait à la satisfaction du besoin que l'homme éprouve de s'abriter contre les intempéries et les agressions, sans aucune des améliorations et nul des embellissements nécessités par les progrès de la vie et de la culture sociale. La décadence et la disparition inévitables de la fonction esthétique proclamée par certaines théories modernes est en contradiction même avec l'évolution scienflque sur laquelle on base cette prétendue déchéance irrémédiable ; les propriétés esthétiques sont plus simples et plus générales que les propriétés principalement intellectuelles ; Tart depuis sa forme pratique la plus vulgaire jusqu'à son expression la plus élevée représentée par lés beaux-arts et les belles-lettres est l'antécédent nécessaire de révolution scientifique en tant que la pratique précède la théorie ; la décadence de l'art ne se conçoit qu'après celle de la science et de la philosophie et de tous les autres organes sociaux encore plus spéciaux et plus complexes conformément à notre loi de désorganisation décroissante de la structure et de la vie des sociétés*. Il y a eu des régressions artistiques réelles dans l'histoire de l'humanité par exemple celle qui coïncida avec la fin de la civilisation gréco-romaine, mais nous ne pouvons pas attribuer le même caractère à la période actuelle. Les développements
(1) Pour la disparition progressive de la fonction esthétique: Guyau, E. Renan, Nordau, Herbert Spencer ; contre: Sergi, VVuiidt, Espinas et Grant Allen.
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nouveaux sont toujours précédés d'hésitalions et detâton* nements bien naturels ; il en est ainsi aussi bien dans le domaine de la science que dans cellui de Tart ; ce sont des crises passagères, mais en définitive favorables et même nécessaires, des retours apparents semblables au recul de coureur qui prend du champ avant de s'élancer pour franchir un obstacle. Tant que la science et la philosophie des sciences qui sont les couches supérieures protectrices de Tart ne seront pas décadentes, Tart peut se considérer eomme à Tabri»