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CHAPITRE VII

CONSIDÉRATIONS SUR QUELQUES PHÉNOMÈNES SPÉCIAUX DU TRANSFORMISME SOCIAL

De tout ce qui précède il nous semble résulter que la dynamique sociale est plus complexe qu'on ne croit généralement. Ce ne sont ni les sentiments ni les idées ou les opinions qui gouvernent le monde comme l'ont supposé M. 11. Spencer et A. Comte. 11 n'est pas exact de dire avec M. Novicow que « quand une nation possède moins d'idées que ses voisines, elle finit par produire moins de richesses, puis naturellement la natalité diminue puisqu'un homme ne peut naître et vivre que s'il se peut nourrir1 ». En effet, il ne peut également penser, avoir des idées que s'il peut alimenter son organisme intellectuel. La vie sociale est une correspondance de plus en plus complexe et spéciale avec le milieu physique et social ; elle n'est donc pas le produit d'un régulateur unique ; mais le plus fondamental de tous ses régulateurs est l'organisation économique, les autres ont seulement le privilège d'être plus spéciaux et plus élevés. La sélection sociale n'opère donc pas surtout par les idées et dans le domaine des idées ; elle agit en tenant compte de tous les facteurs sociaux.

(1) La lutte entre les Sociétés. Paris, Alcan.

458 LE l'HOGllÉS ET LE UEGllÈS DES SOCIÉTÉS

Il en résulte beaucoup de cas en apparence extraordinaires, mais en réalité fort explicables et très naturels dans le transformisme des sociétés. Nous en avons déjà rencontré plusieurs. Ainsi la régression, du moins partielle, peut dans certaines circonstances être envisagée comme une condition même du progrès. Il en est ainsi quand un organe ou un organisme se rétractent pour faire place à un organe ou à un organisme plus parfaits. Par exemple, la régression et l'abolition des anciennes corporations, des jurandes et des maîtrises favorisèrent l'apparition de formes nouvelles plus larges bien que la transition des unes aux autres ait été et soit encore marquée par des crises déplorables. Les sociétés peuvent, comme les individus, faire des pas en arrière pour prendre leur élan et sauter des fossés qui sans cela seraient des bornes infranchissables. On prétend que le Christianisme fut une régression de ce genre.

Nous avons aussi signalé des phénomènes sociaux d'hétérochronie où les organes sociaux supérieurs semblent se former avant les plus simples. M. H. Spencer a donné comme exemple la création dans certains territoires des Etats-Unis, de banques, d'églises, d'offices postaux et télégraphiques avant même qu'une agglomération humaine n'y ait formé une cité. Ce sont là, comme dans le cas précédent, des faits plus extraordinaires en apparence qu'en réalité; en définitive, ces institutions ne fonctionnent pas tant que le deuxième élément social, la population, ne leur a pas donné ce qui est indispensable à leur vitalité. Voici des cas plus intéressants : à Sparte, à Athènes, à Rome, nous voyons les mêmes révolutions politiques et sociales : patriarcat, monarchie, aristocratie, démocratie, s'opérer, simultanément en Grèce et en Italie, avec les mêmes péri-

péties ; à la suite de ces révolutions, des exodes se font, des colonies se fondent ; jamais ces colonies ne rétrogradent jusqu'à la forme primitive; bien au contraire, elles adoptent d'emblée la forme la plus avancée de la mèrepatrie. Ainsi Syracuse, colonie de Gorinthe, ne connut pas la royauté ; il en fut de même à Milet et à Samos, qui furent régis par une aristocratie terrienne. Les émigrés anglais et irlandais firent plus, ils réalisèrent assez rapidement aux Etats-Unis cette république qu'ils n'avaient pu établir chez eux, tout en passant très rapidement par certaines formes intermédiaires préparatoires. Ceci semble une application de la loi naturelle de récapitulation abrégée de la phylogénèse par l'ontogenèse.

Les sociétés et les agrégats de sociétés, ou civilisations générales, présentent aussi des phénomènes de régénération, de reviviscence ou de renaissance ; sous ce rapport elles ont des ressemblances incontestables avec les organismes ordinaires. L'ovule et les spermatozoaires ont en commun la propriété de reviviscence ; certaines graines végétales peuvent germer après des milliers d'années. Plus un animal est inférieur, plus il possède la propriété régénératrice ; n'étant pas organiquement différenciés, tous ses éléments histologiques jouissent indivisément des propriétés fondamentales de nutrition, de croissance et de reproduction ; chaque fragment de lombric terrestre, par exemple, peut se compléter et redevenir un animal entier.

Ce sont les parties les plus centralisées, les plus différenciées, chez les animaux inférieurs, qui se refont le plus vite; ainsi, chez le lombric, la tête se refait plus vite une queue que la queue une tête. Tout ce travail de reconstruction s'opère sans que le poids de la partie vivante augmente, par conséquent à ses dépens, aussi en résulte-t-il un

460 LE l'ROGLIÈS ET LE REGRÈS DES SOCIÉTÉS

affaiblissement et l'opération, c'est-à-dire le sectionnement, ne peuvent-ils se renouveler souvent.

La régénération est donc un phénomène consécutif à la nutrition au même titre que la génération ; aussi se faitelle plus facilement chez les individus jeunes. Ceci est en somme toujours conforme à la loi que les réarrangements organiques deviennent d'autant plus difficiles que la structure est plus complète. La régénération est plus active dans le règne animal que dans le règne végétal parce que la solidarité des parties est moindre chez les végétaux. Chez les animaux supérieurs, y compris l'homme, tous les tissus semblent pouvoir se reproduire, mais on ne voit pas de régénération complète d'un organe entier, complexe et composé de tissus divers. La régénération d'un tissu est d'autant plus difficile que celui-ci est plus différencié et affecte des fonctions plus délicates, plus élevées ; cependant, le tissu nerveux, par exception, semble se reconstituer assez facilement; sa régénérescence paraît parcourir les stades par lesquels il a évolué pendant le cours de son développement fœtal. Les centres nerveux et les hémisphères cérébraux réparent aussi, dans une certaine mesure, leurs lésions et leurs pertes de substance.

Ces phénomènes biologiques ne sont pas sans analogie avec les phénomènes sociaux de même nature; les sociétés inférieures cent fois décimées par la guerre, les épidémies ou la famine se reconstituent très rapidement ; que de cités, même au moyen âge et plus tard, ont été détruites à diverses reprises dans le feu et le sang comme en Belgique, et revenaient chaque fois à la vie ! Cela est cependant beaucoup plus aisé pour les sociétés homogènes dont les débris peuvent même se déplacer et se reconstituer ailleurs.

Dans les sociétés inférieures dont la vie est principalement nutritive et génésique, cette régénération se comprend naturellemenl puisqu'elle est un cas de croissance et de développement, et que ceux-ci sont en rapport étroit avec la vie économique et sexuelle, et naturellement les organes supérieurs dans les sociétés inférieures se reforment très vite puisqu'ils sont eux-mêmes des centres inférieurs de coordination. Il paraît cependant en être ainsi aussi pour les sociétés supérieures ; les organes gouvernementaux supérieurs s'y reconstituent très rapidement en vertu des lois d'hétérochronie et de récapitulation abrégée dont nous avons parlé antérieurement et ce phénomène concorde du reste avec la reviviscence relativement facile du tissu, des centres nerveux et des hémisphères cérébraux dans les espèces supérieures.

La loi de la régénération est au surplus la reproduction de celle de l'évolution ; comme dans les maladies de la mémoire, de la volonté, de la personnalité, ce sont en général les fonctions sociales les plus simples qui revivent les premières ; d'abord se reconstitue la vie économique et génésique; avec le progrès du bien-être et de la population, les arts et les sciences refleurissent, la morale s'épure, le droit devient plus humain et la politique plus sociale. Cet ordre naturel ne semble en partie interverti que par la loi d'hétérochronie ; il est aussi obscurci par celle de la récapitulation abrégée. Dans les sociétés aussi il n'y a de régénération complète possible que s'il existait précédemment une forte solidarité des organes et des tissus sociaux; la difficulté de la Pologne et de l'Irlande à se reconstituer, antérieurement aussi celle qu'éprouva l'Italie, sont la conséquence naturelle de la longue anarchie sociale qui y divisait les diverses classes de la société empêchant

toute solidarité dans leur fonctionnement réciproque.

Quant aux faits de reviviscence sociale, même régressive, ils sont incontestables; ainsi la peine de mort, après avoir été abolie en Suisse a été rétablie en certains cantons ; ce sont là des reviviscences malheureuses d'organes qu'on pouvait espérer être définitivement morts.

L'adoption dans la terminologie historique de l'expression de Renaissance et le consensus général d'après lequel certaines périodes de la vie des sociétés sont classées sous cette désignation dénotent que la conscience collective elle-même a tout au moins le sentiment de la réalité de ce phénomène sociologique et ce témoignage, bien que scientifiquement insuffisant, n'est pas sans valeur.

La Renaissance fut une véritable reviviscence. « La Renaissance, dit un savant éminent, ne fut pas seulement le réveil des lettres; les quelques étudiants épars de la nature, à cette époque, ramassèrent le fil conducteur de ses secrets, tel qu'il était tombé des mains des Grecs mille ans auparavant. Les fondements des mathématiques avaient été si bien jetés par eux, que nos enfants apprennent leur géométrie dans un livre écrit pour les écoles d'Alexandrie, il y a deux mille ans. L'astronomie moderne est la continuation, le développement naturel des travaux d'Hipparque et de Ptolémée ; la physique moderne celui des travaux de Démocrite et d'Archimède ; la science biologique moderne a mis longtemps à dépasser la science que nous avaient léguée Aristote, Théophraste et Galien1. »

La tradition philosophique fut pendant plus de trois siècles brisée en ce qui concerne l'Occident par le grand schisme d'Orient. Le retour de l'érudition grecque en Italie

(1) Huxley. Les Sciences naturelles et l'éducation, p. 353.

s'opéra seulement au commencement du xvc siècle. C'est alors enfin que, la conception évolutionniste reprenant vigueur, Pomponace de Mantoue (1462- 1525) put écrire : « Les lois religieuses, comme tout ce qui se trouve nui' la terre, sont sujettes au changement et à la destruction. » Dès lors la science se sépara définitivement de la théologie et le même souffle de vie pénétra successivement tous les organes sociaux depuis les plus profonds jusqu'aux plus élevés.

Il y a donc en sociologie des faits de reviviscence partielle aussi bien que générale. Il s'y rencontre aussi des phénomènes de survivance d'organes sans fonction. Ainsi le veto royal tombé en désuétude en Angleterre depuis environ deux siècles, mais toujours nominalement subsistant, est un cas de survivance ; il en est de même des fonctions purement honorifiques et cérémonielles du lord maire de Londres et de ce nombre encore trop considérable de fonctions largement rétribuées qui survivent dans le même pays à des fonctions autrefois actives mais dont l'anachronisme actuellement frise le ridicule.

II. E.-B. Tylor définit fort bien ces survivances : « des débris de civilisation inférieure et morte enclavés dans une civilisation vivante et supérieure '. » Il faut ajouter cependant qu'il peut y avoir des survivances de civilisations supérieures dans des sociétés dégénérées, de même que par régression l'organisation de certains animaux a rétrogradé tout en contenant des rudiments des organes supérieurs devenus sans utilité par suite d'une adaptation régressive. Ainsi les formes démocratiques survécurent en Grèce et notamment à Athènes à la disparition réelle de la

(1) La Civilisation primitive, ch. m, p. 81-188. Paris, Reinwald, 1876.

démocratie ; c'est ainsi que dans de grandes familles aristocratiques, la conservation de riches bibliothèques persiste après toute culture intellectuelle, comme luxe et comme manie de collectionner.

La survivance de fonctions et d'organes autrefois effectifs se réalise souvent par leur transformation en jeux ; c'est ainsi que l'arc, les flèches, la fronde sont restés en usage dans des sociétés d'agrément et dans les festivités. Les jeux de hasard sont une forme de survie de la divination antique si avantageusement remplacée aujourd'hui par le calcul des probabilités ; de même les proverbes et les énigmes qui jouent un rôle si important dans l'antiquité. L'astrologie survit dans certains almanachs populaires toujours très répandus et imperturbablement consultés.

Les usages qui n'ont plus de sens sont en général des survivances.

D'après Tylor, l'histoire des cas de survivance que nous fournissent les légendes populaires et les sciences occultes ne nous offre guère qu'un phénomène de déclin et d'abâtardissement. A mesure que l'esprit humain subit l'influence du progrès de la civilisation, les anciens usages, les vieilles opinions se fanent, pour ainsi dire, dans cette nouvelle atmosphère qui n'est pas propre à leur croissance, ou prennent des formes plus en harmonie avec le nouveau milieu où ils doivent vivre. Le savant écrivain signale la sorcellerie comme une reviviscence ou renaissance ; elle présente en effet aussi ce caractère. « La sorcellerie triomphante s'est imposée comme un cauchemar à l'opinion publique du xme au xvnc siècle. Loin d'avoir été un produit du moyen âge, elle fut une renaissance des temps reculés de l'histoire primitive. La maladie qui éclata de nouveau en Europe avait été chronique parmi les races

inférieures ; pendant combien de temps? Nous ne saurions le dire. La sorcellerie est une partie intégrante de la vie sauvage... Au xi° siècle, l'influence de l'Église tendait à combattre la croyance superstitieuse à la sorcellerie, mais vint ensuite une période de réaction en sens inverse... Au xme siècle, dès que l'esprit de persécution se fut emparé de toute l'Europe comme une sombre et cruelle folie, la sorcellerie reparut avec toute l'intensité qu'elle avait eue aux temps barbares. > Et Tylor cite comme autorités Grimm, Lecky et l'opinion de Burchard de Worms qui, parlant de la superstition régressive de son temps s'écrie : « In errore paganorum revolvitur ! »

11 invoque également comme exemple de renaissance le spiritisme moderne : « La renaissance en culture, écrit-il, est quelque chose de plus qu'une phrase vide et pédantesque. Notre temps a fait revivre un ensemble de croyances et de pratiques qui ont leurs racines dans les couches profondes de la philosophie primitive où la sorcellerie fait sa première apparition. Cet ensemble de croyances et de pratiques constitue ce qu'on appelle communément le spiritisme. »

Ces appréciations de M. Tylor peuvent être acceptées, pour les périodes et les types particuliers de sociétés et de civilisations qu'il a en vue ; ces cas peuvent alors être considérés comme des reviviscences ; ce sont en réalité des cas régressifs qui se manifestent dans les conditions et conformément aux lois régressives que nous avons exposées; mais quand des sorcières sont assommées en France ou en Russie et en Flandre ou brûlées comme à Camargo, au Mexique, en 1860, et que ces cas et ces croyances ne cadrent plus avec la civilisation générale où ils se manifestent, alors ils revêtent le caractère plus général de survivance ou de De Greef. 30

superstition dont l'expression de survivance est la véritable signification étymologique. Dans le cas où c'est une reviviscence, la loi d'apparition est celle de l'ordre régressif des phénomènes sociaux ; dans le cas où c'est une survivance, la croyance et la pratique sont locales et exceptionnelles, la tendance étant à l'évolution progressive. Ces distinctions sont importantes et ne doivent pas être négligées.

Les phénomènes de survivance sociale sont en rapport étroit avec ceux d'atrophie de certains organes sociaux ou même de sociétés entières par non-usage ou impraticabilité.

Les anciennes corporations, jurandes et maîtrises s'éteignaient par atrophie, même avant leur abolition légale ; les États de l'Église étaient, avant la suppression du pouvoir temporel des papes, un exemple frappant d'atrophie de toute une société particulière. L'atrophie est, à n'en pas douter, un phénomène de régression pour l'organe qui en est affecté ; aussi le phénomène sera-t-il nécessairement soumis à l'ordre de régression des faits sociaux. Un exemple entre mille suffira pour le démontrer.

Moïse avait établi la loi de la prescription de toutes les dettes dans l'année de la Schemitah. Cette loi était devenue impraticable déjà du temps de llillel, longtemps avant la rédaction de la Mischnah. Que fit-on? On commença par substituer à l'observation stricte de la loi une formalité consistant à écrire un prosboul, ou bien le débiteur allait porter l'argent chez le créancier ; celui-ci pour satisfaire à la loi, disait qu'il ne pouvait pas l'exiger à cause de la Schemitah ; le débiteur insistait alors et le créancier finissait par céder, et recevait son argent. Vis-à-vis des païens naturellement le droit était plus large; on exigeait le

paiement de la dette sans aucune formalité. On considérait en effet que la loi de Moïse n'avait été établie que pour le débiteur juif qui n'avait pas de récolte pendant l'année de la Schemitah et non pas pour le païen qui travaillait aux champs cette année comme les autres et ne devait donc pas être exonéré J.

De même Moïse avait défendu aux créanciers juifs de prendre le moindre intérêt du débiteur juif ou païen. Cette loi resta en vigueur tant que les Juifs s'occupèrent surtout d'agriculture, par conséquent, même à l'époque talmudique ; et, en effet, le Talmud reproduit la défense. Mais au moyen âge, les Juifs sont devenus presque exclusivement commerçants; la loi était devenue impraticable ; le crédit ne pouvait fonctionner sans intérêt dans l'organisation sociale des temps. Cette loi civile et économique et non essentiellement religieuse tomba dès lors en désuétude ; elle s'atrophia par non -usage résultant de l'impraticabilité. Cependant d'abord, entre Juifs, on commença par satisfaire en apparence à la loi par la formalité qu'on appelait hether zekoukim ou hether iska, c'est-à-dire qu'on déguisa l'intérêt sous forme d'attribution au créancier d'une part dans les bénéfices de l'affaire et à condition que le créancier payât quelque chose au débiteur pour la peine que cet emprunteur se donnait en s'occupant de la part qui revenait au premier. Le débiteur païen n'étant pas tenu de satisfaire à la formalité nécessitée par la loi mosaïque, on se dispensait même de cette formalité 2.

Les croyances économiques et sociales se déforment et régressent de la même manière par non-usage ou imprati-

(1) Deutéronome, xv, 3.

(2) Dr Israël-Michel Rabbinowickz. Législation civile du Thalmud, t. I, p. lx et suiv. et t. III, p. xxm et suiv.

cabilité dans le milieu qui avait favorisé à un certain moment leur éclosion et qui plus tard s'oppose à leur incorporation. Il en fut ainsi notamment pour les croyances économiques du christianisme primitif; de communistes elles devinrent successivement féodales, propriétaires et capitalistes.

Le transformisme social présente aussi comme le transformisme organique en général des phénomènes régressifs spéciaux plus ou moins en rapport avec les précédents, tels que des arrêts de développement, caractérisés par la conservation ou la persistance d'organes rudimentaires et avortés. Les organes rudimentaires sont, dans bien des cas, le résultat du défaut d'usage ; des modifications dans la structure sont dues à des arrêts de développement; de là, par exemple, les monstruosités. Quand un organe est frappé d'un arrêt de développement pendant l'état embryonnaire, il en reste ordinairement un rudiment; ces rudiments sont parfois héréditaires. Lorsque chez les animaux et les plantes domestiques, un organe disparaît en laissant un rudiment, la perte est en général subite, comme chez les races sans cornes ou sans queue ; ces cas peuvent être considérés comme des monstruosités héréditaires. Parfois cependant la disparition est graduelle et en partie le résultat de la sélection, comme pour les crêtes et caroncules rudimentaires de certaines races gallines. Le défaut d'usage intervient aussi comme chez certains oiseaux.

Ces phénomènes sont en réalité des cas particuliers de la grande loi de variabilité universelle ; la différenciation sexuelle elle-même semble due à un simple arrêt de développement des organes au cours de l'évolution embryonnaire, d'où la production du sexe féminin.

Les organes rudimentaires sont très communs chez les

espèces à l'état de nature. Etant inutiles, ils sont très variables puisqu'ils ne sont plus réglés par la sélection naturelle ; dès lors ils sont aussi plus sujets à des effets de retour. Le passage à l'état rudimentaire paraît graduel ; la suppression brusque n'a jamais pu être avantageuse, car les conditions de l'adaptation ne changent pas non plus d'ordinaire subitement. Par suite de changements dans les habitudes, les organes commencent par servir de moins en moins et deviennent finalement inutiles ou sont suppléées par un autre organe. Le défaut d'usage transmis par hérédité aux descendants à l'époque correspondante de la vie agit alors dans le sens de la continuation de la réduction de l'organe ; seulement, la plupart de ces organes étant sans usage aux premières périodes du développement embryonnaire et ne pouvant être affectés par un défaut d'exercice, seront conservés à cette phase de l'évolution et resteront à l'état rudimentaire. Aux effets du défaut d'usage, il faut ajouter ceux du principe de l'économie dans la croissance qui réduit sans cesse les parties superflues. La domestication peut dans certains cas aussi faire renaître des organes devenus rudimentaires '.

Telle est l'explication naturelle et générale des phénomènes dont s'agit ; elle s'applique aussi aux faits sociologiques du même genre.

M. le docteur Bordier a fort bien montré la persistance d'organes rudimentaires dans les organismes sociaux ; il y voit avec raison la preuve du transformisme de ces derniers. D'après lui, « les superstitions comme les monstruosités dans les autres organes sont dues à un arrêt de développement dans l'organisme social ». Il conçoit du reste le

(1) Ch. Darwin. De la Variation des animaux et des plantes, n, p. 335 et suiv.

corps social comme un organisme individuel vivant dont les éie'ments anatomiques sont constitués par les citoyens. Ces éléments anatomiques se renouvellent dans le corps social comme les cellules se renouvellent plusieurs fois dans la vie de l'individu par un mouvement continu de naissance des tissus, de développement, de dégénérescence ou d'usure, de mort et d'élimination. D'après lui aussi, dans les sociétés l'ontogenèse reproduit la phylogénèse. L'individu dans son éducation reproduit les stades de l'évolution sociale, nutritive d'abord, puis psychique, enfin intellectuelle1. C'était du reste sur le même principe que Gondillac basait sa méthode d'enseignement et A. Comte croyait aussi à la nécessité de cette évolution. Elle peut dans tous les cas être abrégée en vertu de la loi d'accélération du progrès dont nous avons parlé, de même qu'elle peut avorter et être arrêtée ainsi que nous venons de le voir.

Les phénomènes d'arrêt sont, comme on le voit, en rapport étroit avec ceux de survivance sociale avec cette différence cependant que les organes qui survivent peuvent être complets contrairement à ceux qui sont rudimentaires ou avortés. Nos chambres des lords ou des seigneurs sont par exemple des survivances ; certaines gildes actuelles qui ne sont plus que des sociétés d'agrément, sont des organes avortés dont le développement a été arrêté par la civilisation moderne.

Le transformisme organique et social subit également l'action du parasitisme. MM. E. Vander Velde et J. Massart ont consacré une étude du plus haut intérêt à l'examen de ce facteur spécial2.

(1) La Vie des Sociétés, p. 10 et suiv.

(2) Parasitisme organique et parasitisme social. Paris, Bulletin scientifique, publié par A. Giard, t. XXV, 1893.

Le parasitisme agit à la fois sur le parasite et sur le parasité.

Sur le parasite, il produit l'atrophie des organes inutiles; la vie de relation se réduit en raison du degré de parasitisme; le système nerveux tend à disparaître; dans beaucoup d'espèces, le corps finit par n'être plus qu'un sac avec un ovaire ou des glandes séminales. Socialement, la dégénérescence parasitaire est surtout cérébrale; ceci confirme notre loi que la régression affecte d'abord les phénomènes et les organes les plus élevés ; elle finit cependant aussi par agir sur l'organisme entier.

Le parasitisme agit encore sur le parasite en développant dans sa structure des dispositifs nouveaux; des adaptations secondaires au milieu s'effectuent; le conquérant est transformé en noble oisif. Ou bien le parasite acquiert ou perfectionne des moyens d'attaque appropriés au nouveau régime; des différenciations, des spécialisations se développent : le crédit a ses usuriers, le commerce ses malfaiteurs; chacune de ces spécialités a ses méthodes d'opérer d'après lesquelles la police parvient à savoir d'avance de quel groupe de parasites et même de quelle individualité l'opération est le fait.

Enfin le parasitisme tant organique que social agit sur le parasite même au point de vue de la transformation des modes de reproduction de l'espèce. Cette reproduction se fait moins sous l'influence de l'hérédité que sous celle de l'imitation et du milieu social. Les crimes et les délits ainsi que les abus sociaux ne peuvent donc être surtout réduits que par une organisation sociale meilleure, par le progrès.

Sur le parasité, sur l'exploité, l'action transformatrice du parasitisme se manifeste par l'affaiblissement du pa-

tient, par l'obligation pour ce dernier de rendre des services non rémunérés ou insuffisamment rémunérés au parasite; enfin, circonstance avantageuse, par le développement des moyens de défense du parasité contre le parasite.

Ces moyens de défense peuvent être répressifs ou préventifs. Au point de vue social, les moyens répressifs consistent, par exemple, dans la transformation des parasites en non parasites par l'action morale ou législative en leur enlevant leurs moyens d'exploitation; les moyens préventifs les plus efficaces sont l'augmentation de la force de résistance de l'organisme ou de la société et ainsi l'interdiction de l'accès aux parasites du dehors.

Le parasitisme est, dans tous les cas, un facteur régressif; même quand il incite l'organisme individuel ou social à développer contre lui ses moyens de défense ou d'attaque, il entraine une dépense de forces dont l'emploi serait plus avantageux dans d'autres directions.

« L'histoire complète du développement d'un être quelconque constitue un cercle ; on peut par conséquent en commencer l'exposition à n'importe quel point1. » Nous avons vu l'importance considérable que jusque dans les derniers temps la conception cyclique a eue dans l'histoire de l'évolution des croyances et des doctrines relatives à l'évolution des sociétés ; avec la conception d'un âge d'or, d'un paradis primitif et celle d'un progrès nécessaire, continu et illimité, elle a depuis les temps les plus reculés dominé la conscience collective; elle était la synthèse et le schéma à la fois de l'évolution et de l'involution et concordait, à vrai dire, mieux que toute autre doctrine, avec la grande loi de continuité qui est la base du déterminisme sociologique et avec les données scientifiques concernant l'évolution de la vie des organismes individuels. C'était en effet une conception individualiste étendue par déduction à la dynamique sociale.

Nous avons vu que Hegel avait érigé en loi du progrès la ressemblance des formes dernières et futures avec les

(1) F. Balfour. Traité d'embryologie, t. I, p. 15.

formes primitives ; par suite d'une évolution dialectique, l'Idée devenue consciente se repliait sur elle-même. D'après M. de Roberty, cette loi ne s'applique qu'aux erreurs et aux mécomptes de l'esprit humain, dans les circonstances où, reconnaissant qu'il s'était égaré, il rebrousse chemin, revenant à son point de départ pour retrouver sa voie véritable1.

Cette explication ingénieuse est insuffisante; nous savons du reste que plus la structure sociale est devenue complexe, moins les réarrangements et les retours sociaux deviennent aisés; ces réarrangements et ces retours, sauf les cas de régression réelle, n'affectent généralement que les acquisitions sociales les plus récentes ; là en effet, comme nous le constatons dans la législation, nous voyons quotidiennement se faire des pas en avant ou en arrière, suivant l'expérience, mais sans toutefois que ces mutations modifient profondément la direction générale soit progressive soit régressive.

La prétendue loi de retour périodique des mêmes formes de gouvernement qui a tant frappé les théoriciens politiques anciens et même modernes n'est en somme qu'apparente et superficielle; elle n'est pas une synthèse du progrès et de la régression des sociétés ; elle ne s'applique qu'à cette dernière, non pas d'une façon absolue et en ce que les types régressifs représentent exactement les types primitifs, mais en ce qu'ils tendent à les reproduire ; elle reçoit aussi son application, comme nous venons de le reconnaître dans les phénomènes les moins profonds, les moins intégrés, les moins anciens de l'organisme social.

La loi de régression est en somme conforme à la loi

(1) La Recherche de l'Unité'. Paris, Alcan. 1893, p. 6.

dynamique de réaction, soit spontanée, soit méthodique, que nous avons formulée antérieurement.

La conception philosophique ou sociologique d'un retour inconscient ou raisonné aux formes primitives coïncide généralement, au point de vue de son apparition historique, avec certains états de civilisation. Elle apparaît et réapparaît quand les formes sociales existantes et officielles sont ruinées par la critique et par les conditions sociologiques nouvelles du milieu; il en fut ainsi en Grèce du temps des sceptiques, de Socrate et de Platon. Alors l'idéalisme, en l'absence d'une science sociale positive créa des plans de sociétés dont les éléments étaient, sciemment ou non, empruntés à des structures sociales anciennes. Cela concordait avec la conception d'un âge d'or, d'un Eden, d'un paradis originels. Il en fut de même avant et après l'avènement du christianisme. Au bout de peu de temps, ces constructions idéalistes, telles que la République de Platon et le Communisme fraternitaire des Pères de l'Eglise, durent s'incliner devant la réalité.

La conception d'un retour aux formes primaires apparaît ou réapparaît encore, toutes les fois que de grandes civilisations issues de la conquête et de la centralisation monarchiques, telles que la France au xvui° siècle, sont ou croient être sur le point de briser leur structure héréditaire : alors, surtout par l'intermédiaire de publicistes généralement étrangers ou ayant vécu dans des milieux étrangers, on compare la situation de ces grandes civilisations autoritaires à des sociétés plus pacifiques, à formes fédératives, où les anciennes structures communautaires ont persisté. C'est ce qui eut lieu en France avec J.-J. Rousseau et son école qui prêchèrent le retour à la nature, à l'égalité de tous, à la souveraineté des assemblées populaires. Quand

ces vues rétrospectives des penseurs d'une société, alors comme aujourd'hui, ont pour objet les formes propriétaires, et que des tendances se manifestent vers le passé comme nous le voyons par exemple chez de Laveleye et surtout parmi les écoles anarchistes et communistes, le diagnostic est infaillible, les formes actuelles ne sont plus satisfactoires et nous assistons déjà en réalité à leur transformation.

Cette phase est aussi généralement précédée d'une période utopique caractérisée aux xvi°, xvnc et au xvin' siècles, par les constructions socialistes idéalistes de Th. Morus, Bacon, Campanella, etc.

La conception apparaît ou réapparaît enfin dans les états sociaux plus avancés, où, la science sociale étant plus parfaite, on reconnaît que ce retour aux formes primitives n'est et ne peut être qu'un retour apparent, les conditions sociales étant en partie autres et plus complexes. Au xixc siècle, cette croyance d'un retour aux formes primitives apparaît notamment chez E. de Laveleye et dans les écoles socialistes aussi bien anarchistes que collectivistes. Cette phase théorique a du reste coïncidé précisément avec la connaissance plus approfondie et plus exacte des formes primitives elles-mêmes et avec une réaction bienfaisante contre les formes sociales et politiques despotiques. Malheureusement la démocratie est encore beaucoup trop viciée dans sa propre organisation et dans ses propres doctrines par la survivance des anciennes formes et des anciennes idées autoritaires et majoritaires relatives «à la structure et au fonctionnement des sociétés.

Le retour au moins apparent vers les formes primitives se manifeste actuellement, dans la théorie aussi bien que dans la pratique, dans les diverses classes de phénomènes

LE RETOUR ArPARENT AUX FORMES PRIMITIVES 477

sociaux, c'est-à-dire, et c'est ce qui constitue la gravité du phénomène, en somme à propos de chacune des institutions ou organes fondamentaux de la société moderne. Il ne s'agit pas de la transformation d'une partie ou d'un organe quelconque du corps social, mais d'une tendance, réelle et théorique à la fois, vers une transformation d'ensemble, c'est-à-dire vers un Etat qui tout en étant issu de l'Etat actuel et déterminé par lui en différera d'une façon générale de manière à constituer un type nouveau.

Il convient cependant, dans l'intérêt même que nous avons tous à la constitution de ce type progressif, de signaler ici, en finissant notre étude sur le transformisme social et le progrès ou le regrès des sociétés, le faux point de vue, tout au moins général, de ceux qui conçoivent la société à venir comme pouvant rebrousser chemin vers les formes sociales primitives. Quoi que nous fassions, l'état social futur sera toujours déterminé directement par l'état présent et indirectement seulement par tous les états antérieurs; en outre, les uns et les autres seront nécessairement, à moins de régression décadente, appropriés à des conditions spéciales nouvelles, et dès lors ils seront plus complexes et plus différenciés, ce qui entraîne la nécessité de coordinations supérieures inconnues et inexistantes antérieurement.

Examinons maintenant, sous le bénéfice des considérations précédentes, quelques-uns des principaux exemples de retour apparent aux formes primitives dans les principales classes de phénomènes sociaux.

Dans sa Sociologie criminelle et ailleurs, M. E. Ferri, indique fort bien les diverses institutions sociales où ce retour, d'après nous apparent, semble se manifester tout

en impliquant un progrès réel1. « La loi de régression apparente dont je me suis, écrit-il, occupé dans ma Sociologie criminelle pose ce fait constant que le progrès est un retour intelligent aux institutions sociales, aux formes et aux caractères primitifs. » Il cite comme exemples le divorce et le mariage, la revendication de l'égalité économique des femmes devant le travail, la propriété collective, le droit de punir qui ne se base plus que sur la simple défense sociale en dehors de toute prétention théologique, de toute idée superposée au fond primitif, de justice distributive. En politique, il note le principe de la souveraineté de tous, la législation directe, le référendum. Le schéma de la conception de l'évolution progressive des sociétés est pour lui, comme pour Goethe, une spirale : « telle, dit-il, une spirale qui semble toujours revenir sur elle-même et qui en fait avance et monte ; la comparaison est de Gœthe. »

La conception du progrès comme un retour conscient, intelligent aux formes primitives, est hégélienne ; elle ne diffère pas essentiellement de celle de Vico. On sait l'énorme influence exercée par Hegel et Vico sur toute la philosophie et la sociologie italiennes. M. E. Ferri l'a subie comme la plupart de ses contemporains, tels que J. Ferrari dans les sciences historiques et politiques et A. Vera et R. Mariano dans la métaphysique philosophique.

Avouons que si l'on essayait de représenter par une spirale, fût-ce par une spirale « qui monte et avance », l'évolution inorganique et celle des organismes depuis les plus simples jusqu'à celui de l'espèce humaine, on aurait une

(1) Sociologie criminelle. Paris, A. Rousseau, 1893, et un article du même auteur, publié sous le titre de Divorce et Sociologie dans la Scuola positiva également en 1893.

image bien imparfaite de celte évolution; en fait, une représentation schématique, même approximative, de ces corps et de leurs mouvements nécessite des descriptions, des planches, des atlas de planches avec des textes explicatifs qu'une simple spirale, la fît-on monter ou avancer aussi haut que possible, remplacerait difficilement. Comment se fait-il donc que de puissantes intelligences aient pu s'ingénier et s'ingénient encore à essayer de représenter par des figurations aussi simples que le cercle, la spirale, l'hélice, etc., etc., des structures et des mouvements incommensurablement plus complexes encore que ceux des organismes ordinaires? Ce sont là de véritables imageries et imaginations enfantines qui, à force de simplification, en arrivent à ne plus rien expliquer du tout et au lieu de débrouiller les problèmes les embrouillent. Si la société pouvait être représentée par une image, ce serait plutôt par un tissu de plus en plus étendu, aux mailles de plus en plus serrées et enchevêtrées et même inextricables, avec des combinaisons superposées de laines et de soies aux couleurs variées, tissu qui se détériore, se renouvelle, se développe ou se rétrécit toujours, présentant sans cesse des tableaux nouveaux à travers lesquels on continuerait à apercevoir les plus anciens. Mieux encore, pour être plus exact, le schéma social aurait sa représentation la plus fidèle dans l'organisme humain qui en est le mikrocosme, ainsi que l'ont conçu MM. H. Spencer et A. Schàffle, ainsi que tous ceux qui admettent la ressemblance soit réelle soit simplement formelle des organismes sociaux avec les corps individuels.

Ici encore une fois le symbole ne peut tenir lieu des méthodes positives ; celles-ci, en sociologie, doivent avoir pour point de départ des statistiques précises et étendues

de l'état et des mouvements des diverses branches de la vie et de la structure sociales ; cette statique et cette dynamique pourront être représentées par des schémas graphiques linéaires en rapport avec des chiffres ; ces tableaux pourront même représenter les situations et les directions corrélatives des divers ordres de phénomènes sociaux en tant qu'elles sont quantitativement mesurables et appréciables, mais ces graphiques mêmes ne pourront être appliqués ni à la description de la structure ni à celle de la vie des institutions ou organes sociaux particuliers, encore moins à celle des appareils et systèmes d'appareils, pas davantage à celle des systèmes et pas du tout à celle de l'ensemble de la structure et de l'évolution des sociétés humaines, soit isolément soit dans leur ensemble. Ici pendant longtemps et, sans doute même toujours, les descriptions resteront nécessairement qualitatives, par cela même que les institutions et les états sociaux envisagés, soit dans leur ensemble soit isolément, sont des formes limitées dans l'espace et dans le temps, des structures vivantes dont la figure et le fonctionnement ne peuvent être, reproduits et représentés exclusivement par des chiffres ou des représentations linéaires de chiffres. De même que le mètre du progrès est dans le degré d'organisation des structures, de même la structure et la vie ne peuvent être décrites dans leur ensemble que par la description de leur organisation et de leur fonctionnement.

Voyons donc maintenant de plus près si les cas signalés par divers écrivains comme exemples de régression progressive constituent une régression réelle ou seulement apparente et, en la supposant réelle, s'ils peuvent être considérés comme progressifs.

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