INTRODUCTION
Il n’est guère besoin de définir les matières périssables, c'est-à-dire les produits susceptibles d'une détérioration rapide ; mais si l’on veut en donner l'énumération exacte et complète, on se trouve de suite arrêté par une difficulté : tous les articles, quels qu’ils soient, se détériorant à la longue, quelle doit être la rapidité de cette détérioration pour que l’on puisse dire qu’il y a ou non matières périssables ?
Certains auteurs et praticiens donnent un sens large à ce concept, d’autres l’emploient dans un sens très étroit. Ceux-ci ne considèrent comme tels que les viandes, les produits de la ferme (beurre et œufs), les volailles, le gibier, les poissons, les mollusques, les crustacés, les fleurs et certains fruits. Ceux-là ajoutent à cette liste les bestiaux sur pied et d’autres fruits, les pommes à cidre par exemple, les arbustes, etc. Il est toutefois impossible de construire une cloison étanche entre ce qui est périssable et ce qui ne l’est pas.
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Dans ce travail, nous entendons donner à l'idée de matières périssables Le plus d'extension possible et nous mous proposons d'examiner les conditions de leur transport, tant dans le trafic international que dans le trafic intérieur, tant par la voie ferrée que par la voie d’eau (4).
La question du transport des matières périssables présente actuellement un intérêt très vif, plus vif que jamais, pour les trois parties en présence : le producteur, le consommateur et l'intermédiaire chargé du transport (Etat, Compagnie ou particulier).
Le producteur, grâce à une bonne organisation du transport des matières périssables — célérité, modicité du tarif, emballages spéciaux, préservation par le froid ou par le chaud, etc. — est assuré de trouver un écoulement facile de ses produits ; il élargit ainsi le cercle de sa clientèle, il arrive à mieux la contenter et à trouver des conditions de vente plus favorables. Que de fois la mauvaise organisation, voire le manque d'organisation et l’absence de moyens de transport, a obligé le cultivateur ou le pêcheur à laisser ses produits se gâter sans pouvoir les vendre, même à perte ! Nous en verrons des exemples par la suite. Chaque fois que les conditions de transport se sont améliorées, le producteur a vu
s'étendre son rayon d'action et a pu se féliciter des avan-
(1) L'organisation des transports de matières périssables par aütomobiles existe même sur une assez grande échelle en Angleterre. Voir à ce sujet L'Empire Britannique et le Froid, Londres, 1908, p. 27.
tages pécuniaires obtenus. On en trouve un exemple tout à fait récent dans la fête qui vient d’avoir lieu à Rennes, le 4er février dernier, en l'honneur de M, Cla- - veille, le distingué directeur des chemins de fer de l'Etat, pour le remercier et le féliciter publiquement des améliorations apportées sur son réseau au transport des pommes à cidre. M. Perchais, président du syndicat des négociants en grains et en pommes, montra quelle source de richesse le commerce des pommes pouvait être pour la Bretagne, combien les retards et les irrégularités des années précédentes avaient entravé l’exportation vers l'Allemagne et surtout quel résultat merveilleux avaient eu pour les producteurs bretons, au cours de la campagne de 1913, les efforts heureux réalisés sur le nouveau réseau de l'Etat (1). On peut comparer ces louanges aux récriminations parfois violentes dont s’étaient fait l'écho à la tribune de la Chambre des députés, en 1905, M. Galpin, député de la Sarthe (2), en 1906 M. Lefas, député d'Ille-et-Vilaine (3), etc., précisément au sujet de la défectuosité présentée par le transport des pommes à cidre sur le réseau de l'Ouest. Et on à entendu les mêmes protestations, tant pour l'Ouest que pour les autres réseaux, tant au sein des Chambres que dans les sociétés, syndicats, coopératives
et comices agricoles, chambres de commerce, conseils
(1) Voir par exemple Le Journal, du 2 février 1914. (2) Séance du 15 février 1905, p. 351.
(3) Séance du 28 décembre 1906, p. 2425.
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municipaux, etc., pour toutes les autres matières périssables, depuis les bestiaux sur pied jusqu'aux poissons et aux fleurs.
Les consommateurs, eux aussi, ont beaucoup à gagner à la bonne organisation des transports par voie de mer ou par chemins de fer. Sans que le producteur ait à en souffrir, ils bénéficient ainsi d’une diminution du prix parfois considérable. L'exemple des oranges, des bananes et des autres fruits exotiques, si chers encore il y a une vingtaine d'années, le prouve de façon irréfutable. Lors de la crise récente de la vie chère, tous les milieux ont attribué cette grave perturbation économique à la lenteur des trains, à l'élévation des tarifs, à l'irrégularité des horaires, à la prévention qui existe en France contre les produits frigorifiques et aux prohibitions qui en résultent ; on a montré que les bestiaux sur pied étaient anémiés ou tout au moins très fatigués par des voyages de plusieurs jours, que les légumes et les fruits arrivaient gâtés sur les marchés du Nord et du Nord-Est et pourtant à des prix excessifs, et l’on concluait qu'un léger effort de la part de l'administration et des Compagnies concessionnaires apporterait une solution heureuse à cette crise redoutable, susceptible de se renouveler à de fréquentes reprises. On ajoutait d’ailleurs que la France, sur beaucoup de points, n'avait qu'à s'inspirer de l'exemple de plusieurs pays étrangers, parmi lesquels on citait en première ligne l'Allemagne et l'Italie.