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Bref, la bonne organisation des transports de matières périssables permet au consommateur d'acheter à moindre prix : il lui est ainsi loisible d'accroître ses achats de certaines denrées, fruits, légumes, poissons, etc., dont le prix élevé l’obligeait à modérer sa consommation et de se procurer des produits qu’il n’acquérait pas auparavant, tels que les oranges et autres fruits exotiques. Au surplus, le développement du transport de ce genre de denrées et son amélioration, en étendant le cercle d'action, la clientèle du producteur, permettent de mieux adapter la culture au sol et au climat, de procéder à une division intelligente du travail agricole. Du jour où le vin a pu être transporté par chemin de fer, la viticulture a reculé dans tous les départements où, à un grand effort, correspondait un résultat médiocre. La même évolution ne manquera pas d’avoir lieu pour les matières périssables lorsque leur transport se fera suivant des règles scientifiques et dans des conditions rationnelles. Le consommateur bénéficiera de ce fait d’une nouvelle diminution de prix ou d’un ralentissement de la hausse, suivant les cas.
Enfin, le transporteur n’est pas moins avantagé que le producteur et le consommateur. Et, l’organisation du transport dépendant avant tout de lui, on peut trouver extraordinaire que dans beaucoup de pays, eten particulier en France, il n’ait, qu'avec une extrême lenteur, procédé aux améliorations que lui imposait l'opinion
publique ou le gouvernement et que réclamait de lui son
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intérêt bien compris. Comme le montrait M. Fernand David, ministre des Travaux publics, au cours des fêtes de Rennes que nous avons mentionnées plus haut (1) : « fl (M. Claveille) a su prévoir que la récolte des pommes l’année dernière s’annonçait abondante alors qu'elle était presque nulle à l'étranger, et il a voulu que vous profitiez de vos débouchés à l’extérieur. Grâce à cette vision claire, précise, il a su prendre ses dispositions pour acheminer vos produits vers les marchés allemands. Ila fait disparaître les encombrements ; des bascules amovibles ont été mises à la disposition de certaines gares, tout un matériel nécessaire et qui n’existait pas a été réuni, et en trois mois il obtint un résultat merveilleux puisqu'il écoula 74.000 wagons, dont 20.000 sont allés au delà de la frontière. £7, du même coup, en favorisant vos transactions, il fit encaisser par le réseau de l'Etat, pour ces transports, la coquette somme de cing millions » (2). Ceci n'a que la valeur d’un exemple, mais, partout où les Compagnies de chemin de fer et de navigation, l'Etat ou les particuliers ont accru la célérité des transports, les ont régularisés, les ont facilités à tous points de vue en ce qui concerne les matières périssables, les augmentations de recettes ont apparu
sans tarder. Et une fois que le producteur et le consom-
(1) Voir page 3.
(2) Voir Le Journal, n° du 2 février 1914. Voir aussi L'Humanité du même jour, où l’on trouvera un intéressantarticle, de M. Albert Thomas, député de la Seine, sur cette question.
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mateur sont reliés d’une manière pratique et relativement peu coüûteuse, un courant commercial s’établit de plus en plus fort, au grand profit des trois parties en présence.
En somme, tout le monde est intéressé à ce que les transports de matières périssables soient organisés sur des bases rationnelles. Depuis le début du siècle, tant en France qu'à l'étranger, ils ont pris une ampleur considérable, mais cette ampleur est loin d’être satisfaisante, surtout chez nous. Le chemin parcouru est déjà long, mais le chemin qu'il reste à parcourir est encore plus long de beaucoup. Pour ce qui a été fait, les statistiques ne manquent pas, en particulier pour le commerce extérieur. On les trouvera dans les publications officielles du Ministère du Commerce, pour la France, et dans les divers annuaires et documents que publient les pays étrangers (1). Pour l’intérieur, qu’il s’agisse de la France ou des autres pays, on ne dispose que de données éparpillées un peu partout et absolument insuffisantes. Quoi qu'il en soit, Le progrès est notoire, rapide.
Dans ce travail, nous nous proposons une tâche assez limitée ; nous voulons en effet prendre la question sous un de ses aspects : envisager les conditions dans lesquelles peut se faire avec le plus de succès et de commodité le transport des matières périssables, et indiquer à
(1) On en trouvera la synthèse dans un rapport fait par M. Richard Bloch, Ingénieur en chef de la Compagnie d'Orléans, au Congrès de Berne en 1910. Mais ce rapport ne concerne que les entrées et sorties des matières périssables jusqu’à 1907.
pistes in
cet égard ce qui a déjà été réalisé et ce qu'il convient encore de réaliser.
Nous prendrons tour à tour les questions suivantes qui formeront autant de chapitres.
4° Les tarifs, car la possibilité du transport des matières périssables est en fonction inverse de leur élévation.
2° La vitesse, facteur particulièrement intéressant au point de vue de la conservation des articles qui nous préoccupent.
3° L’emballage, dont la défectuosité ou le défaut entraîne la détérioration, accroit la fragilité et écarte la clientèle éventuelle.
4° La mise en service de wagons et de navires spéciaux aménagés, ventilés, isothermes ou calorifiques.
5° L'utilisation du froid ; cette dernière question a pris depuis peu une importance que l’on ne soupçonnait pas autrefois ; nous insisterons particulièrement sur ce dernier point en raison des nombreux congrès, des nom-
breuses mesures et des multiples publications auxquels elle a donné lieu.