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LES EMBALLAGES

Alors que la question des tarifs et que le problème de la vitesse dépendent de la bonne volonté des Compagnies et des efforts de l'Etat, en première ligne tout au moins, les emballages sont entre les mains des expéditeurs.

Le Français qui a le talent de « la montre » — la comparaison des magasins parisiens d’une part, londonais ou berlinois de l’autre le prouve de façon incontestable — a beaucoup à apprendre de ses concurrents étrangers en ce qui concerne la confection des emballages destinés aux marchandises périssables. Leur défectuosité estune des causes pour lesquelles nos exportations et notre trafic de fruits, de fleurs, de primeurs, de produits de la ferme a un développement aussi restreint.

« Le bon emballage doit répondre aux conditions suivantes : être bien conditionné et suffisamment résis-

tant pour protéger efficacement la marchandise pendant

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toute la durée du transport, dit M. Poher; permettre pour certains produits périssables une aération suffisante de l'intérieur tout en évitant la possibilité des spoliations ; être fabriqué avec goût, de manière à bien présenter les produits à la vente, tout en se conformant aux habitudes commerciales des marchés.

« La question du prix de revient de l’emballage est, d'autre part, très importante ; suffisamment réduit, il permet en effet de vendre brut pour net. Mais, même bon marché, il doit être solide. Du magasin de l’expéditeur à celui de l’acheteur, il doit subir de nombreuses manutentions : au départ, au cours du transport, à l’arrivée à destination. Ces manutentions ne se font pas toujours sans heurts plus ou moins violents; sur les voitures, dans les wagons, des tassements peuvent se produire sous l'effet d’un mauvais empilage et des trépidations. Un emballage trop faible ne résiste pas dans ces conditions ; il se brise, s’écrase et son contenu en souffre. Une marchandise avariée, dans un emballage écrasé, ne peut réaliser une bonne vente sur les marchés.

« Les expéditeurs ne se rendent pas toujours un compte exact de l’absolue nécessité d'utiliser des emballages résistants. L'économie qu'ils réalisent en achetant des emballages trop légers est de bien peu de valeur à côté du gain qui leur échappe.

«a S'il est des plus recommandables d'assurer une aération suffisante des produits délicats, surtout pendant

les chaleurs, un emballage bien conditionné ne doit pas

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permettre cependant à des mains indélicâtes de fouiller son contenu par les ouvertures laissées pour l’aération et de se l’approprier en tout ou partie (1). »

L'emballage doit être soigné, par conséquent, au double point de vue de la conservation de l’article durant le transport et de sa bonne présentation sur le marché. Les nécessités du transport requièrent qu'il soit léger, maniable et solide et qu’il présente une certaine résistance aux tentatives de vol. Les exigences légitimes des acheteurs sont telles qu'il doit être présenté avec goût et différer avec les marchés auxquels le colis est destiné. Les expéditeurs doivent toutefois se garder du « fardage », procédé qui « consiste à placer à la partie supérieure de l'emballage les plus beaux produits alors que le reste ne comprend que des produits de qualité moins bonne ou médiocre » (2). Il ne peut non plus être question de tromper le client au moyen d’un garnissage de fond en quantité excessive, ni au moyen de colis dont la forme est susceptible de l’induire en erreur sur le volume réel de la marchandise envoyée.

Au point de vue du transport, le colis doit être, avonsnous dit, solide, léger et maniable ; il doit en outre être fait de façon à pouvoir s’arrimer sans difficulté (3). Il doit être solide, car l’empilage permet alors aux réseaux

(et compagnies de navigation) de remplir normalement

(1) Le commerce des produits agricoles, p. 103-104. (2) Dubel, p. 92.

(3) Sur ces points voir Marcillaud de Goursac, p. 160-162.

leurs wagons (et leurs cales). Une tonne de fruits frais exige en général deux tonnes au minimum de tare. La solidité ne doit pas être acquise aux dépens de la souplesse, qui permet d’amortir les chocs. Elle doit croître en raison directe de la longueur et de la durée dutransport et de la fragilité et de la périssabilité du produit et du nombre des transbordements à effectuer, et enfin de l'état des voies et de l'importance des courbes, causes de trépidation des trains et de dislocation des colis.

Il doit être léger, car tout ce qui est emballage augmente le poids de la marchandise transportée et n’est pas susceptible d’être vendu sur le marché de destination. Ou bien, il sera tellement léger qu'il ne pourra servir qu’une fois et sera considéré comme « emballage perdu », ou bien il sera susceptible d’être utilisé plusieurs fois; on aura alors un « emballage de retour », de nature plus résistante, moins légère que l'emballage perdu, mais cette question des emballages de retour présente une importance assez grande pour que nous lui consacrions un peu plus loin (1) quelques développements particuliers.

Il doit être d'une manutention facile : les anses qui permettent de le saisir donnent satisfaction à ce desideralum.

Il doit enfin avoir une forme qui rende son arrimage

aisé, c’est-à-dire qui permette de l'arranger avec soin,

(4) Voir infra, p. 86 et suiv.

qui l'empèche de se tasser pendant le parcours, sinon les marchandises arrivent meurtries, écrasées et perdent ainsi la plus grande partie de leur valeur commerciale,

La bonne présentation sur le marché de destination, en un mot à la vente, n’a pas une importance moindre. « Les frais supplémentaires que nécessite un emballage soigné, dit M. Blin, sont toujours largement compensés par la plus-value qu’acquiert le produit. C’est ainsi que, de deux envois de fruits de même qualité, l’un fait avec tous les soins voulus, l’autre avec des fruits non triés et seulement protégés par de la sciure de bois, le premier peut être vendu avec une plus-value variant du simple au double ; les frais d'emballage, de transport et de mise en vente étant les mêmes dans les deux cas (4). »

Mieux l'emballage est fait, plus le produit tente la clientèle. [l y a lieu de recommander surtout la pratique du garnissage — sans exagération délictueuse, il est vrai — qui préserve la marchandise de toute souillure par l'emploi de papier dentelé ou de papier transparent.

Le mauvais emballage est un des plus grands obstacles à la diffusion d’un produit, surtout, naturellement s’il est de nature périssable. Quelques exemples nous en convaincront facilement.

Ainsi on peut trouver dans le Bulletin Officiel de Renseignements agricoles, la raison pour laquelle nos

exportations en Autriche de fleurs coupées du Var et

(1) Blin, Vente et débouchés des produits de la ferme, 1906, p. 45.

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