LE SAHARA
Avant d'examiner et de comparer les divers tracés proposés, il importe de recueillir quelques renseignements d'ordre général sur le caractère de la région qu'il s’agit de faire franchir à la voie ferrée.
« Si l’on s'efforce de rassembler les données scientifiques pratiques que nous possédons d'ores et déjà sur le Sahara on trouve ce groupement beaucoup plus considérable qu'on ne le supposerait, à priori; au seul énoncé de ce nom décourageant : le désert.
Il faut d’abord déterminer les limites du sujet. Qu'appelons-nous le Sahara ? (1).
« C’est exclusivement le climat qui confère au Sahara son individualité et les limites du Sahara sont essentiellement climatiques; elles marquent actuellement Ia séparation entre ces pays où il ne pleut qu'irrégulièrement et peu, et les zones de pluies régulières qui affectent au nord l'Afrique méditerranéenne, au sud l’Afrique soudanaise »(2).
A cette définition catégorique on peut opposer celle de M. Gautier (3), plus élastique et plus détaillée :
« Il y a une bande centrale partculièrement azoïque qui a joué à travers les âges le rôle de cloison étanche entre l'Afrique Noire et l’Afrique méditerranéenne. Au point de vue théorique c’est là le vrai Sahara, le désert par excel-
(1) E.-F. GaAuTIER, Professeur de géographie à la Faculté des Lettres d’Alger. Le Sahara peut-il être dompté ? L'aménagement du Sahara, Société d’études géographiques, maritimes et coloniales, 184, boulevard Saint-Germain, Paris, 1929.
(2) Georges Harpy, Directeur de l'Ecole coloniale. Le Sahara, librairie Lemerre, 23-33, passage Choiseul, Paris, 1930, p. 55.
(3) E.-F, GAUTIER. Ouvrage précité.
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lence, le désert des rares oasis et du Tanezrouft (c’est le mot touareg qui désigne les immenses espaces, 300 à 500 kilomètres, sans un seul point d’eau). Cette définition théorique du Sahara n’a rien à voir avec la question qui nous occupe.
« Le Sahara proprement dit est celui où il n’y a pas de saison de pluies. Les rares orages violents qui y tombent, non seulement ne sont pas saisonniers, mais ils ne sont pas annuels. :
« Au nord et au sud, le désert se prolonge par des régions immenses qui ont une saison de pluies. Au nord, c’est l’hiver qui apporte les queues d’orages méditerranéens. Au sud, c’est l’été, et les pluies tropicales, sur leur lisière extrême, prennent la forme de tornades.
« Ces pluies saisonnières sont insuffisantes pour permettre une agriculture régulière. Mais elles alimentent un manicau végétal sur lequel le pâturage se développe. Les résions de pluies saisonnières sont la steppe : Au nord, steppe des hautes-plateaux algériens à alfa et armoise, au sud, steppe à mimosées. Notez que ces steppes méridionales sont particulièrement développées. Elles embrassent la Mauritanie, le coude du Niger et la région de Tombouctou, le — Timetrine et l’Adrar des Iforas, l’Azaouali, l’Aïîr, la région de Bilma, du ‘Tchad, toute la moitié sud-est du Bornou, lPEnnedi. é
« Il est bien entendu que notre sujet embrasse les steppes. S'il s’agit de déterminer les possibilités pratiques du Sahara l’idée de laisser les steppes en dehors serait une absurdité évidente. Imagine-t-on qu’on puisse éliminer d’un sujet pa- - reil le coude du Niger et le Tchad par exemple ? »
A cette opinion d’un partisan aussi convaincu et aultorisé du ‘Franssaharien que l’est M. Gautier, il conviendra de joindre l'avis formel d’un adversaire de ce chemin de fer, M. le Général Calmel (3). « Tandis qu’à la Côte d’Ivoire il tombe 2 m. 50 à 3 mètres d’eau par an, la précipitation pluviométrique diminue au fur et à mesure que l’on s'élève vers le Niger, et, à trois ou 400 kilomètres de celui-ci, elle est pratiquement nulle. En fait, le désert commence à trois ou 400 kilomètres au sud du Niger. »
(3) Général de division Cazmer. Note transmise à l’auteur de la thèse le 22 août 1933.
Ainsi, des opinions, en général contraires, concordent sur ce point. Même la boucle du Niger, point terminus du Transsaharien proprement dit, se trouve dans la zone désertique. Notre chemin de fer mérite exactement et entièrement Sa dénomination et sera ainsi de bout en bout l'instrument de la pénétration réelle du Sahara. On serait plutôt tenté d'écrire des Saharas, car, abstraction faite de massifs monlagneux comme le Hoggar ou le Tademait, il comprend les < ergs », dunes de sable; les « regs », plaines plates couvertes de graviers, les « hammadas », plateaux rocheux avec terre végétale et à peu près horizontaux, les « sebhkas », vastes dépressions, parfois entourées de bords abrupts, sans oublier « les Tanezroufts » déserts maxima dans le désert !
Il apparaît donc que, s’il y a une certaine uniformité dans le climat du Sahara, le relief du sol est, par contre, très varié ! Cette dernière constatation devra inévitablement influer sur Je choix du meilleur tracé de la voie ferrée.