SECTION I
Il apparaît immédiatement que l'influence salutaire du Transsaharien s’exercera le plus intensément en A. O.F., dans tous les domaines.
Il nous a donc paru nécessaire de nous appesantir, en premier lieu et assez longuement, sur cette question que, pour plus de commodité, nous sérierons en quatre parties,
(1) Tel est le titre du beau rapport, annexé à celui de l’Organisme d’études, établi par M. Albert Duchène, Directeur honoraire des affaires politiques au Ministère des Colonies et Président du Conseil d’administration de la Banque de l’A. O. F. Voir renseignements coloniaux du Bulletin de l'Afrique Française de janvier 1930, pp. 25 à 49. Nous lui avons emprunté nos meilleurs renseignements.
selon la division adoptée dans son étude par M. Albert Duchène :
1° Influence de l’ouverture éventuelle du Transsaharien sur la production du pays:
2° Influences réciproques de l’ouverture éventuelle de cette même voie et de l’outillage économique du pays:
3° Influence de l’ouverture du Transsaharien sur le commerce du pays;
4° Son influence sur le sort des populations en A. O. F.
I. Influence du Transsaharien sur la production de l'A. O. F.
Nous ne nous étendrons pas longuement sur cette partie du problème, puisque, aussi bien, nous l’avons déjà presqu’entièrement traitée dans les chapitres précédents. Nous avons ainsi supputé les chances de développement considérables de l’agriculture soudanaise, grâce au Transsaharien.
Mais cette hausse continue de la production sera accélérée par divers facteurs.
1° La population augmentera. Il ne s’agit pas là d’hypothèses, mais de réalités.
Malgré la mortalité restée élevée, la population des cercles voisins du Niger a augmenté d’un tiers en 20 ans. Il suffit que cette proportion se maintienne pour que, en 1945, le nombre des travailleurs disponibles soit sensiblement plus élevé.
Et il n’est pas douteux que cette progression sera accélérée, comme nous le verrons, par le développement des services sanitaires et l’amélioration de la puériculture, dus aux services de colonisation du Niger, ainsi qu’à l’apport d’éléments européens (notamment de médecins) entraîné par l’exploitation du Transsaharien.
Les Européens doivent amener avec eux des indigènes nord-africains déjà évolués, qui aideront puissamment à la mise en valeur du pays.
2° D'autre part, par le Transsaharien, pourront arriver en quantités importantes, engrais (notamment les phos-
Fe, =
LE TRANSSAHARIEN ÉCONOMIQUE ET FINANCIER ar
phates faisant actuellement défaut aux plantations cotonnières du Niger) et matériel agricole susceptibles d’accroitre sensiblement la production.
3° Enfin, ce que l’on sait des sous-sols des territoires de la vallée nigérienne en est « encore à ses débuts ». La construction du Transsaharien facilitera la venue de prospecteurs dans une partie de l’A. O. F. encore mal connue.
Dans le domaine de la production soudanaise, les conséquences de la construction du Transsaharien seront donc incalculables.
II. Influences réciproques de l’ouverture du Transsaharien sur l’outillage économique du pays, et notamment sur les travaux publics de l'A, O.F.
Le réseau ferré de l’A. O. F. avait été -primitivement conçu et s’est, jusqu’à un certain point, développé sans tenir compte de la construction possible du Transsaharien.
Il y aura donc une adaptation de ce réseau à réaliser, qui sera susceptible d’entraîner des travaux d’une certaine importance.
Cette transformation ne saurait, d’ailleurs, nuire aucunement aux ports de l’A. O. F. et aux compagnies de navigation.
La ligne Dakar-Koulikoro, même prolongée jusqu’à Ségou, celle de la Guinée Française, la voie ferrée de la Côte d'Ivoire dont une branche atteindra le Niger tandis que l’autre se dirigera vers Ouagadouga via Dedougou, le chemin de fer du Dahomey, doivent « se relier à une ligne transversale qui leur servira de base commune » (2).
Or, l’examen d’une carte prouve aisément que cette ligne transversale: Ségou, Bobo-Dioulasso, Dedougou, Ouagadougou, Niamey, laissera en dehors de sa zone d'influence, presque tout le Soudan, y compris la zone nigérienne irriguée.
Transsaharien et chemins de fer de l’A. O. F. ne peuvent donc se concurrencer, mais, au contraire, se compléter par un effort réciproque d’organisation.
(2) E. Nersox-Unry. Les chemins de fer coloniaux, étude déjà citée, Dre12;
2° Les travaux de la construction du tronçon soudanais du Transsaharien ne pourront avoir que d’heureuses répercussions sur l’équipement de la colonie en suscitant une activité nouvelle dont bénéficieront les lignes de chemin de fer dites « côtières » obligées de « s’améliorer » pour transporter le matériel nécessaire à l’établissement de la voie ferrée transsaharienne.