Voir Mouvement physiocralique, t. II, p
Beauce, les plus faibles laboureurs ont tout abandonné, tous leurs serviteurs sont devenus mendiants ; on voyait des pauvres, par bandes, le long des haies et des buissons, cueillir quelques fruits sauvages pour s'en sustenter, et maintenant ils n'ont d'autre refuge que la mort i. » Dans la dernière période du règne ces horreurs se renouvelèrent plus souvent : tout le monde connaît l'effrayant tableau tracé par La Bruyère. Au siècle suivant les disettes sont sans doute moins fréquentes ou moins cruelles ; mais vers 1750 la triste condition du manouvrier se marque encore à la pauvreté de ses vêtements de toile ; et son sort, nous le savons, ne s'améhorera pas, bien au contraire, jusqu'à la fin de l'Ancien Régime.
Cette misère du menu peuple des champs est si profonde qu'elle éclate rarement en mouvements révolutionnaires. Le soulèvement des districts situés entre Douarnenez et Concarneau, en 1675, semble bien avoir été l'œuvre des petits cultivateurs plutôt que des journaliers ; le programme de ces insurgés en fait foi : « Les 14 paroisses se disent unies pour la liberté de la province. Elles veulent l'abolition des champarts et des corvées contraires à la liberté armorique. Les filles nobles épouseront des roturiers. Les curés seront gagés et ne prétendront plus à dîmes ni salaires. La justice sera rendue par gens capables élus par les habitants. La chasse sera défendue du 1^^ mars à la mi-septembre. Les colombiers seront rasés. Qui voudra faire moudre son blé choisira son moulin. » La révolte du pays de Garhaix, un peu postérieure, paraît avoir présenté le même caractère ; on sait, par les lettres de M"^6 de Sévigné, avec quelle cruauté elle ,fut réprimée : les troupes, logées chez les paysans, y commirent les plus horribles forfaits, jusqu'à mettre des enfants à la broche ". Au xviii<^ siècle c'est plus nettement encore contre les ser-