Département de l'Eure
232 LE TRAVAIL DANS l'eUROPE MODERKE
des clouteries, y fonctionnent un moment, occupant de trois à quatre mille ouvriers. Au xviii® siècle s'organisent les forges de Lorraine, puis les fonderies de canons pour la marine de Ruelle et d'Indret ^ ; enfin le frère du « roi du fer » anglais, William ^^llkinson, et le maître de forges de Hayange, de Wendel, fondent ensemble au Creusot le premier grand établissement métallurgique du continent (1785). Jusqu'à la fin de la monarchie pourtant, le royaume reste tributaire de la Suède et de l'Angleterre pour sa consommation en fer brut et en fonte. Quant à l'acier, la manufacture de Metz est seule à en produire au xvii^ siècle ; et c'est seulement sous le règne de Louis XVI que les aciéries de Lorraine, d'Alsace, de Nantes, et surtout la manufacture royale d'Amboise, permettent de réduire l'importation traditionnelle des aciers anglais et allemands.
La grande métallurgie française soufîre d'une double infériorité naturelle : la pauvreté du sol national tant en minerais facilement exploitables qu'en combustible. Les forges du Hainaut et de la ]\Ieuse, par exemple, doivent recevoir leur matière première de Belgique. Au temps de Henri IV, on a bien découvert des gisements de cuivre dans les Pyrénées et d'étain dans le Gévaudan : l'exploitation n'en a pas obtenu plus de succès que celle des sables aurifères de l'Ariège, des mines d'or et d'argent du Lyonnais ".Quant aux ressources en bois, dès l'époque d'Henri II on s'alarme du dépeuplement des forêts; vers 1715, redoutant leur destruction totale, beaucoup d'intendants proposent de restreindre le nombre des forges. Toutes les autres industries, d'ailleurs, se ressentent, plus Ou moins gravement, de cette insuffisance des moyens de chauffage.